Review n°34: Dune de Canine (2019)

Pour cette première review après un bien bel été, je vous propose un petit flash-back enCanine février avec le premier album Dune de Magali Cotta, alias Canine, que j’écoute en boucle depuis une semaine. Clairement c’est un superbe opus qui figurera avec fierté dans mon top des meilleurs albums 2019 tant l’univers de Canine est extrêmement séduisant et riche en émotions. Je vous propose de me suivre dans cette découverte sensorielle qui ne devrait pas vous laisser indemmes…

Le morceau d’ouverture Laughing nous offre d’emblée des éléments fondateurs de l’album: la voix grave et androgyne de Canine qui n’est pas sans me rappeler la sublime chanteuse Planningtorock et l’orchestration très soignée avec les violons bien sentis et le piano. Le morceau se déploie majestueusement, les choeurs instaurant un dialogue plein de douceur avec la voix principale clairement mise en avant. Ce titre plein de belles promesses est suivi d’un Fight plus destructuré où les percus viennent appuyer judicieusement un sentiment d’urgence qui vient subrepticement prendre le pouvoir. Vient alors le premier gros coup de coeur de l’album avec Bienveillance qui, comme son nom l’indique, met à l’honneur la langue française. L’orchestration est d’une grande beauté qui m’évoque The Golden Age de Woodkid, la tonalité plus pop et rythmée rappelle la sensualité de La Femme pour un résultat d’une très grande beauté.

Passé le phrasé plus hip-hop de Glow qui déborde d’une énergie viscérale, Dune m’inflige la deuxième claque monumentale de l’album. Orchestration croisant Woodkid et Craig Armstrong, duo sublime de voix et explosion électronique digne d’un Stromae, voilà un titre à faire se hérisser les poils… Une sorte de Emilie Simon extravertie…  Le bel interlude Hill Top et Home qui met parfaitement en valeur la voix androgyne de Canine comme dans Laughing nous amènent en douceur vers le bijou Ventimiglia, mariage tout en subtilité d’une orchestration d’une grande richesse et d’une voix pleine de nuances. Le résultat est d’une beauté assez inexprimable. Un Twin Shadow et un Forgiveness qui me rappellent par certains côtés l’énergie d’Arcade Fire, un Sweet Sway  dans la droite lignée hip-hop de Glow et Fight, la douceur dépouillée de Temps qui laisse place à une urgence électronique aussi surprenante qu’obsédante et la fin énigmatique de Jardin (qui sonne cependant un peu trop comme du Mylène Farmer…) permettent incontestablement de classer ce Dune dans la catégorie des chefs d’oeuvre de 2019, celle où se délassent au soleil Thylacine et Fat White Family. Enjoy!

Sylphe

Review n°33: A Bath Full of Ecstasy de Hot Chip (2019)

Le 21 juin dernier, plus que l’arrivée de l’été c’est bien le septième opus des anglais deHot Chip Hot Chip qui m’a marqué. Nous avions déjà parlé ici de l’excellent clip du non moins excellent single Hungry Child (voir ici ) qui ne laissait augurer que de belles choses de la bande formée autour du duo Alexis Taylor/ Joe Goddard. L’album dont le nom vante « les paradis artificiels » n’a rien d’artificiel et s’impose comme ma bande-son de l’été, tout cela sous l’influence du regretté producteur  Philippe Zdar. Allez, tel un Stéphane Plazza décomplexé, je vous propose un petit tour du propriétaire qui devrait vous convaincre d’intégrer cet album à votre playliste estivale!

Le morceau d’ouverture Melody of Love (#titrepremonitoire) est sans surprise aucune mais d’une efficacité redoutable, la voix d’Alexis Taylor, les synthés et cette montée progressive qui vient nous cueillir et nous amener vers les dance-floors. Soudainement la nostalgie nous prend et nous voilà dans le courant des fluo kids, on bouge notre corps sans prendre conscience que la première flèche de Cupidon vient de toucher son but… Spell vient ensuite contraster avec la légèreté du titre précédent, les sonorités sont plus sombres avant que le refrain lumineux et pop où le vocoder vient nous faire un clin d’oeil prenne plaisir à casser les codes. Un morceau gourmand à souhait, une pop hédoniste savoureuse… Bath Full of Ecstasy s’impose dans la foulée comme le titre pop par excellence, très inspiré par les français de Phoenix, pour un résultat séduisant mais un brin trop classique à mon goût. Clairement la première partie de l’album est dévastatrice avec deux nouveaux bijoux: Echo, morceau dance tout en ruptures qui amène avec brio la pépite house Hungry Child dont le beat de fond est une vraie drogue dure et dont l’ambiance n’est pas sans nous rappeler Cassius.

La deuxième partie de l’album perd un peu en puissance mais permet de maintenir une belle homogénéité à l’ensemble. Positive me donne l’impression que Caribou et Depeche Mode ont fauté en cachette, Why Does My Mind joue la carte de la douceur sucrée pop dans une belle débauche de synthés, Clear Blue Skies fait la part belle aux cordes et à la voix de Joe Goddard pour un instant hors du temps tout en poésie avant que No God ne vienne croiser sonorités dansantes et atmosphère mélancolique comme Hot Chip sait si bien le faire. Voilà en tout cas un bien bel album d’un groupe à l’identité sonore certaine qui sait toujours satisfaire mes sens, cette review 33 m’incite à partir en Gironde (#toutestcalculéafiveminutes) pour recharger les batteries et revenir dans une dizaine de jours avec du bon son à foison. Enjoy!

Sylphe

Review n°32: Serfs Up! de Fat White Family (2019)

J’ai enfin trouvé un concurrent sérieux à Thylacine pour la première place du topFat White Family albums 2019 avec le troisième opus des anglais de Fat White Family! J’étais jusqu’alors passé à côté de la bande loufoque et déjantée menée par les frères Saoudi et Saul Adamczewski, Champagne Holocaust (2013) et Songs for our Mothers (2016) mériteront à coup sûr quelques écoutes pour espérer prolonger le plaisir jouissif ressenti à l’écoute de ce Serfs Up!… Je vais tenter en toute humilité de dire tout le bien que je pense de ce brillant album mais dites-vous que mes mots resteront toujours très en-deça de la réalité.

Le titre d’ouverture Feet me cueille totalement d’emblée , j’aime toute la grandiloquence de ce morceau, la voix de crooner, les choeurs obsédants (#airdelaBOdeGladiatorensouvenir), les violons lancinants et ces refrains qui nous éclaboussent la face par vagues. Un titre brillantissime qui me rappelle les sommets de Cage The Elephant dans une version encore plus électrique et électrisante. Wow! Difficile de se remettre d’une des plus brillantes ouvertures depuis longtemps mais I Believe In Something Better va venir tranquillement et méthodiquement creuser le sillon d’une pop plus sombre et un brin bruitiste. Un titre tout en tension dont j’aime tout particulièrement la distorsion sur la fin qui vient apporter un sentiment d’urgence bien palpable. Cet album explore toutes les contrées musicales et ce n’est pas Vagina Dentata qui va déroger à la règle avec cette plongée sous acide dans une pop psychédélique qui croise Of Montreal et le sous-estimé Congratulations de MGMT.

Le voyage sensoriel continue avec deux titres assez similaires, Kim’s Sunsets et Fringe Runner, qui mettent à l’honneur une pop synthétique discordante entre rythmique ralentie et choeurs toujours aussi judicieux. Un peu l’impression d’avoir la bande-son d’un train fantôme qui ne se prend pas au sérieux et nous rappelle sans cesse qu’il ne reste qu’un divertissement… Mais là tel un Edouard Balladur au sommet de son art je vous demande de vous arrêter car un dyptique jouissif va vous affliger un coup de pied latéral en pleine face (#grossereferenceciné): à ma gauche l’improbable Oh Sebastian et ses violons d’une grande douceur qui détone dans cet univers électrique et à ma droite le single gargantuesque Tastes Good With The Money dont je ne me suis toujours pas remis. Vous voulez des choeurs grégoriens, de la pop délurée, un riff de glam rock qui sent bon les Etats du Sud, des choeurs entêtants, un refrain obsédant et un Baxter Dury qui vient poser son flow noir comme la suie en toute nonchalance? Ecoutez Tastes Good With The Money, c’est tout ça et encore plus!

Rock Fishes nous laisse à peine nous remettre et m’évoque un Get Well Soon  qui aurait délaissé quelque peu les oripeaux de sa pop baroque pour mettre un ou deux doigts de plus dans la prise. Le résultat est mélancolique à souhait et permet de continuer cette exploration musicale de haut vol. When I Leave nous ramène sur les terres de notre train fantôme avec sa rythmique au ralenti, figée dans la naphtaline de la BO de Virgin Suicides d’Air avant que Bobby’s Boyfriend ne referme dans une certaine sobriété cet album. Voilà un bon mois que je suis sous le charme grandissant de ce Serfs Up! et je me demande encore où tout ceci va s’arrêter, en tout cas voilà un album phare de cette année 2019. Enjoy!

Sylphe

Review n°31: Drift d’Agoria (2019)

Voilà un album qui m’a beaucoup interrogé… Une première écoute globalement Agoriadécevante avec l’impression (qui demeure toujours en fond) d’un son qui a eu tendance à se standardiser pour succomber aux sirènes commerciales. Après un Impermanence brillant qui s’imposait comme un bien bel hommage sans concession à la techno de Détroit (le garçon avait quand même réussi à faire chanter Carl Craig!), on s’attendait 8 ans plus tard à un album plus racé d’un artiste dont le cv fait rêver entre la création du label Infiné et sa participation active à la fondation des Nuits sonores à Lyon… Maintenant le très bon magazine Tsugi dont je suis un abonné fidèle a fait de cet album son album du mois de mai et m’a convaincu de donner une seconde chance à ce Drift, les mots de Sébastien Devaud s’avérant d’une grande franchise: « On vit tous dans une sorte de schizophrénie où on a envie d’écouter à la fois Rihanna et Aphex Twin. Mais aujourd’hui, la façon de consommer la musique, avec notamment les playlists, fait qu’il n’y a plus de jugement de valeur. Drift, c’est s’autoriser ces dérapages. Cet album est une envie de se faire plaisir et d’assumer mes contradictions et mes choix, peut-être plus commerciaux que ce que j’ai pu faire par le passé. » Force est de constater que j’ai bien fait de donner une seconde chance à cet album que je prends de plus en plus de plaisir à réécouter, une fois accepté le postulat de base que nous nous trouvons face à une playlist quelque peu destructurée…

Le morceau d’ouverture Embrace avec la chanteuse Phoebe Killdeer nous propose d’emblée une électro-pop assez bien sentie avec des synthés planants qui ne sont pas sans nous rappeler des atmosphères aperçues dernièrement chez Blow par exemple. Cependant, dans ce registre, je préfère You’re Not Alone et le flow plus sombre de Blasé qui m’évoquent un croisement plus subtil entre Modeselektor et The Blaze. En tout cas, après deux titres, bien habile serait l’auditeur qui aurait deviné que nous sommes dans un album d’AgoriaArêg vient alors nous rassurer par la richesse de sa structure, on part sur une plage de douceur qui rompt bien avec le morceau précédent avant d’inlassablement monter en puissance avec un sentiment d’urgence obsédant digne des grandes envolées électroniques de Birdy Nam Nam pour finir sur un piano apaisé. Passé le dispensable It Will Never Be The Same et ses 2 petites minutes, Call Of The Wild nous projette de nouveau dans un univers totalement différent avec un son techno plus âpre et le hip-hop de STS pour un résultat plein de caractère qui me séduit amplement (#vivelaguitaredefin).

Le florilège d’influences se perpétue, on a de la techno martiale avec un Dominae très influencé par les premiers albums de Vitalic et des synthés aériens sur le A One Second Flash qui nous rappellent qu’Agoria a été très proche de Francesco Tristano et son ancien groupe Aufgang. (#promisjevaismecalmersurlenamedropping). Le trio final clot superbement l’album: la voix soul de NOEMIE illumine de tout son talent la pépite électro-pop Remedy, Scala en featuring avec Jacques revisite judicieusement le titre sorti en 2013 chez Innervisions pour une électro soignée dont la guitare est juste jouissive et mériterait de figurer chez Thylacine alors que le morceau final Computer Program Reality nous ramène à la douceur d’Arêg et évoque les plaines sauvages de Boards of Canada (#perdupourlafindunamedropping…)

Voilà en tout cas un album très riche qui d’une certaine manière réhabilite les plaisirs coupables de tout passionné de techno et ça c’est déjà une sacrée performance. Enjoy!

Sylphe

Review n°30: To Be Continued… de Tropical Mannschaft (2019)

Belle découverte en perspective aujourd’hui avec Tropical Mannschaft dont le nomTropical Mannschaft farfelu et original ne cache pas de la pop caribéenne agrémentée de rythmiques martiales teutonnes (#stereotypesquandtunoustiens) mais plutôt une pop jouissive toute en contrastes entre luminosité apaisée et nappes de brouillard mélancoliques. Derrière ce nom on retrouve l’ancien guitariste de The Lanskies Florian von Künssberg qui avait déjà sorti un premier EP en 2016 intitulé Make a Name for Yourself et nous offre avec ce second EP To Be Continued… plein de belles promesses musicales qui, je l’espère, auront la possibilité dans le futur de s’exprimer pleinement dans un LP.

Le morceau d’ouverture Wonderful Life frappe fort d’emblée avec une pop aérienne, la voix traitée judicieusement avec de la réverb m’évoque Sébastien Schuller (dont on regrette le silence depuis 5 ans au passage) et les sonorités sont étonnamment mélancoliques. Les synthés me plongent dans une version pop de la BO de Virgin Suicides d’Air, bref vous l’aurez compris avec les multiples références de qualité ce titre est un pied d’appel parfaitement réussi. La beauté des dieux vient ensuite proposer une pop chantée en français sur un fond dominé par les synthés, titre qui devrait satisfaire les fans d’un des phénomènes du moment Flavien Berger. De mon côté je suis davantage séduit par le single Up The Hill et son clip digne de Michel Gondry à visionner à la fin. La guitare est de sortie, le refrain tout en rupture est brillant et addictif, le résultat est gourmand et m’évoque les délires du troisième excellent album de MGMT. Voilà pour moi la définition parfaite d’une pop hédoniste qui appelle la saison estivale.

Les guitares plus rock de Himalaya donnent encore plus de corps à ce To Be Continued… alors que Guru continue à creuser le sillon d’une pop séduisante et empreinte de sensualité avec ses choeurs féminins bien sentis. Le morceau final Leave Me Out referme brillamment l’album avec ses sonorités plus électro, créature hybride née de la rencontre entre MGMT et Midnight Juggernauts, avec Air qui filme en fond les ébats. Il démontre le potentiel de Tropical Mannschaft pour aller taquiner les dance-floors et fait de cet EP une des plus belles découvertes de ce printemps. Enjoy!

Sylphe

Review n°29: The Secret of Letting Go de Lamb (2019)

Lamb, duo anglais composé de Lou Rhodes et Andy Barlow, a connu ses instants deLamb.jpg gloire en pleine période trip-hop sur la fin des années 90 et début 2000 avec un tryptique de haut vol Lamb (1996), Fear of Fours (1999) et What Sound (2001) dont je vous ai déjà parlé en des termes élogieux par ici. L’originalité du groupe résidait dans sa capacité à distiller des rythmiques drum’n’bass au sein de la douceur mélancolique habituelle au trip-hop et s’appuyait sur la voix mélancolique à souhait de Lou Rhodes. Passé ce tryptique j’ai étrangement perdu de vue Lamb, délaissant un Between Darkness and Wonder (2003) qui montrait l’essoufflement du groupe, avant que le groupe ne se sépare pour laisser entre autres Lou Rhodes mener une carrière solo. Depuis leur reformation en 2009, Lamb a sorti 5 en 2011 et Backspace Unwind en 2014 que je n’ai tout simplement jamais écoutés (#suranbondancedemusique) et c’est avec ce The Secret of Letting Go que j’ai envie de renouer avec ce trip-hop qui a tellement su me toucher dans le passé…

Le morceau d’ouverture Phosphorous réveille d’emblée mes souvenirs avec la douceur de la voix de Lou Rhodes qui n’a pas perdu de sa superbe. L’instrumentation assez minimaliste avec ce piano inquiétant donne un aspect somme toute assez classique au titre et Moonshine va ensuite nous ramener vers les rythmiques drum’n’bass habituelles avec un featuring reggae/dub de Cian Finn qui, à mon sens, n’apporte pas grand chose au morceau. Voilà en tout cas deux titres très attendus qui fonctionnent plutôt bien mais sans grande originalité, ni supplément d’âme…  Ce supplément d’âme c’est Armageddon Waits qui va nous l’apporter sur un plateau d’argent: chant sépulcral à la Beth Gibbons, ambiance anxyogène et instrumentation d’une grande richesse avec quelques montées rock qui s’inclinent peu à peu et laissent les violons prendre le pouvoir avant un chant final plus rock à la Karen O. Ce morceau un brin décousu séduit par la variété de ses propositions et nous laisse espérer un regain d’inspiration du duo.

La rythmique drum’n’bass originale de Bulletproof et l’utilisation judicieuse des synthés dans The Secret of Letting Go nous permettent modestement d’attendre de nouvelles envolées et le tryptique suivant va frapper fort. Tout d’abord l’infinie douceur d’Imperial Measures  m’évoque l’intensité émotionnelle de Bat for Lashes dans son alliance subtile entre piano et violons, le morceau est superbement épuré et touchant de sincérité. The Other Shore prolonge l’admiration dans un tout autre style, ambiance inquiétante digne de Third de Portishead avec ce chant introverti et torturé et ces sublimes violons qui tentent désespérément d’apporter une touche de luminosité au morceau qui brille par son spleen étouffant. Le tryptique séduisant se referme avec Deep Delirium qui va explorer des terres peu habituelles du duo en proposant un morceau instrumental lorgnant vers une house racée où les cordes discordantes et un saxophone (#decidementinstrument2019) font naître un paysage brumeux. Une bien belle surprise!

La fin de l’album revient sur un schéma plus classique qui met essentiellement en avant la douceur et des cordes qui sont très présentes sur cet album, certes c’est attendu mais assez brillamment réalisé en particulier sur The Silence in Between. Je ne regrette définitivement pas d’avoir renoué contact avec Lamb, ce The Secret of Letting Go est un très bel album dont les qualités et l’originalité sont réelles et ne doivent pas seulement au doux sentiment de nostalgie qui m’a forcément habité lors de son écoute… Enjoy!

Sylphe

Review n°28: Social Cues de Cage The Elephant (2019)

Je ne voudrais absolument pas me répéter car je l’ai déjà évoqué précédemment (voir iciCage The Elephant ) mais, depuis ma découverte très tardive de Cage The Elephant, j’attends avec impatience un nouvel album de la bande de Matthew Shultz. La production de ce cinquième opus a été attribuée à John Hill ( Florence and The Machine, Portugal The Man) qui avait pour mission de sublimer le spleen du chanteur qui vient de connaître un divorce difficile. Si je me permets cette allusion à la vie privée c’est parce que l’on connaît nombre d’albums sublimes nés après un traumatisme…

Le morceau d’ouverture Broken Boy et sa rythmique rock uptempo suintant par tous les pores un sentiment d’urgence insatiable  joue la carte de la distorsion sonore pour nous gifler d’emblée, ce qui est assez bien symbolisé par la fin abrupte. Social Cues, le titre éponyme, vient alors s’inscrire dans une approche plus pop avec ses synthés et ses choeurs pour un résultat surprenant qui ne dénoterait pas dans la discographie de Hot Chip. Pour clore un tryptique initial de haut vol, Black Madonna nous ramène vers les contrées pop-rock que les américains arpentent avec talent depuis toujours, le contraste entre le chant languissant de Matthew Shultz et le refrain pop plus lumineux est séduisant. Une pépite mélodique instantanée… Ces trois premiers morceaux fonctionnent bien dans des registres assez variés et cette diversité de styles sera la marque de fabrique de cet excellent Social Cues.

Difficile de faire plus original avec l’improbable Night Running Beck vient poser son flow face à Matthew Shultz sur un fond reggae/dub inattendu. Le résultat est bon mais ne me touche pas particulièrement et Skin and Bones nous ramène rapidement en terrain connu avec sa mélodie douce amère avant le très convaincant Ready To Let Go qui oscille brillamment entre blues et garage rock et rappelle l’opus précédent Tell Me I’m Pretty (#phrasearallongeforever). Le sulfureux House of Glass vient alors tout exploser, l’âpreté de la rythmique qui lorgne vers les sonorités électro et la tension du chant font de ce morceau un bijou rock à la The Kills.

Les violons de Love’s The Only Way viennent alors facilement me cueillir et confirment à quel point Cage The Elephant maîtrise les ballades… La fin de l’album garde la même intensité, des synthés rock de The War Is Over -version virile de MGMT – à la douceur finale de Goodbye en passant par la richesse instrumentale de Dance Dance qui résiste à toutes les classifications. Ce Social Cues est incontestablement un album brillant, pour moi l’apogée rock de ce début d’année 2019.

Sylphe