Review n°63: Pure Luxury de NZCA LINES (2020)

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au troisième album de NZCA LINES Pure Luxury sorti cetNZCA LINES été mais que j’avais laissé totalement passer. Il faut croire que le déconfinement estival m’avait quelque peu déconnecté de l’actualité musicale… Derrière ce nom de groupe un brin mystérieux se cache un trio composé de Charlotte Hatherley, Sarah Jones et le chanteur/compositeur Michael Lovett. Sans manquer de respect à ses deux compagnes, Michael Lovett que l’on connaît aussi pour sa participation en tant que guitariste et claviériste aux génialissimes Metronomy est véritablement le coeur et le poumon de NZCA LINES. Après deux albums riches de belles promesses, NZCA/LINES en 2012 et Infinite Summer en 2016 (à réécouter de toute urgence, en particulier pour savourer la pépite Two Hearts), ce Pure Luxury donne définitivement ses lettres de noblesse à un artiste qui réussit à se réinventer tout en ne reniant pas l’héritage hautement recommandable de Metronomy. Ce troisième opus arrive ainsi à brillamment croiser la synth-pop originelle avec la sensualité d’un disco funk digne de Prince, le résultat entraînant sans être faussement naïf (la dénonciation du consumérisme étant confirmé par cette pochette brillante) devrait vous donner envie de bouger sans retenue.

Le morceau d’ouverture, l’éponyme Pure Luxury, mérite amplement d’avoir donné son nom à l’album tant c’est un single en puissance à fort potentiel addictif. Synthés gourmands et sonorités ludiques à la Metronomy, ambiance disco lumineuse, pouvoir tyrannique du refrain à la mélodie imparable, ce riff de guitare brillant sur la fin du morceau, l’ensemble me donne une folle envie de danser nu chez moi, ce qui devient difficile quand tu sais que tes voisins confinés peuvent te voir à tout moment… En tout cas, refus du luxe et danser tout nu, on est dans le thème. Real Good Time et sa voix inaugurale gonflée aux hormones, Barry White si tu nous entends, vient ensuite proposer un funk sexy en diable qui flirte avec les limites du dance-floor. La voix dans les aigus réveille le démon de Prince, ce qui sera confirmé avec le deuxième tube imparable de l’album, Prisoner Love. Sur la thématique rebattue du pouvoir arbitraire de l’amour, NZCA LINES construit une électro-pop jouissive avec son refrain lumineux.

On retrouve un bijou de pop sensuelle illuminée par le piano et les cordes avec For Your Love (en featuring avec VIAA) qui confirme bien l’influence de la fin des années 70/ Début 80. Il devient de plus en plus difficile de rester habillé… L’atmosphère feutrée de Take This Apart et la douceur de la voix viennent tempérer ton rythme cardiaque même si la montée électrique finale vient te cueillir par surprise, distillant une subtile et mystérieuse touche de post-rock. Un Opening Night clairement estampillé Metronomy avec ses synthés en rupture et sa basse qui confirme le réchauffement climatique, un Larsen  plus sombre et incisif, un Primp & Shine aux accents garage qui déroule plus de 6 minutes d’orfèvrerie musicale et un Tonight Is All That Really Matters final passé sous le tromboscope des synthés confirment l’homogénéité de cet album qui ne connaît aucun temps faible. Tu cherches un album prétexte pour danser nu chez toi ou plus largement de l’électro-pop d’une sensualité folle pour oublier ce monde de merde? Tu sais désormais ce qu’il te reste à faire, enjoy!

Sylphe

Review n°62: Midnight Resistance de The Toxic Avenger (2020)

Je vous propose aujourd’hui la découverte d’un album facile d’accès car c’est très clairement  ce dontThe Toxic Avenger j’ai besoin en ce moment. Je ne connaissais Simon Delacroix alias The Toxic Avenger (du nom d’un film d’horreur parodique de 1985) que de nom et ce cinquième opus studio Midnight Resistance, sorti cet été, est le premier que je prends véritablement le temps d’écouter. Bien m’en a pris car ces 56 minutes me permettent de m’évader facilement, même si l’album aurait peut-être gagné à être allégé sur sa deuxième partie. The Toxic Avenger s’est fait connaître par ses nombreux remixes avant de publier des albums mettant en avant sa patte électronique. Ce Midnight Resistance surprend par son hétérogénéité qui, au fil des écoutes, forme un tout cohérent et séduisant.

Le morceau d’ouverture Americana joue d’emblée la carte d’une électro au pouvoir cinétique évident. Rythmique sombre et prenant aux tripes, synthés spatiaux, voix voccodées, le résultat serait digne de figurer sur la BO d’un film de science-fiction. Cette ouverture majestueuse ouvre la voix à un Lies à l’atmosphère totalement différente. En featuring avec Sam Battle alias LOOK MUM NO COMPUTER , c’est la carte de l’électro-pop qui est abattue sans aucune retenue. La voix et la mélodie fonctionnent parfaitement et m’évoquent les pépites des premiers albums de The Shoes. Midnight Resistance, le titre éponyme, referme ce tryptique initial d’une grande hétérogénéité d’une manière abrupte. Je reconnais avoir un peu de mal à adhérer pleinement à ce titre indus assez âpre aux sonorités taillées dans une roche noire comme la nuit même si l’accélération finale n’est pas sans m’évoquer les souvenirs de Birdy Nam Nam ou Vitalic.

Les quatre titres suivants donnent ensuite toute sa valeur à ce Midnight Resistance. I Need You séduit par son électro d’une grande sensualité avec ses synthés omniprésents, Rent Boy ne peut que me plaire car Jay-Jay Johanson vient poser son timbre mélancolique sur une rythmique à la frontière de la pop mais que dire de ЧЕРНОЕ ЛЕТО (à traduire par Black Summer) qui s’impose comme une vraie déflagration sonore! Pépite électro que n’aurait pas reniée Thylacine sur son dernier album Timeless, ce titre brille par sa tension sous-jacente et sa montée imparable avec les cordes. Je vous dirais bien que c’est un morceau taillé pour les dance-floors mais bon en ce moment cette phrase perd tout son sens… L’avenir d’avant avec Diamond Deuklo en featuring referme ce quatuor brillant en nous donnant l’impression de s’être échappé de la BO de Drive

La deuxième partie perd un peu en intensité, il faut le reconnaître. Ornette et Simone apportent la douceur de leur voix sur respectivement Mandala et Falling Apart pour une électro-pop de qualité mais sans grande originalité, même si l’on appréciera le message de fraternité de Mandala. On Sight propose une électro qui met à l’honneur la bidouille et le bricolage (sans rien de péjoratif) mais finalement je préfère retenir de cette deuxième partie l’électro tout en boucles de Long Hair, Black Leather Jacket! et surtout On My Own illuminé par la grâce du piano de Maxence Cyrin (dont mon ami Raf Against The Machine vous a déjà plusieurs fois parlé) et sublime d’émotions.

Besoin d’une parenthèse en ce monde de brutes? Midnight Resistance vous attend désormais, enjoy!

Sylphe

Review n°61 : S16 (2020) de Woodkid

S16Sept longues années après The Golden Age (2013), premier album brillant et imparable, Yoann Lemoine aka Woodkid revient avec la redoutée et redoutable épreuve du second album. Entre temps, le garçon n’a pas manqué d’activités artistiques, malgré une annonce du retrait de la scène musicale en juillet 2014. Pourtant, dès 2015, Woodkid revient aux affaires en multipliant les créations et collaborations en tout genre et sur divers supports. Pour en arriver, voici quelques jours, à la sortie de S16, un deuxième album studio aussi espéré qu’attendu. Après une semaine d’écoute attentive et approfondie, verdict en cinq (peut-être six) minutes chrono de lecture.

La première chose qui saute aux yeux avec S16, c’est la noirceur qui l’habille. Le contact initial avec un album, outre l’achat, c’est sa pochette. Ici, point de clarté à l’horizon. Autant The Golden Age irradiait de sa blancheur, autant S16 affiche du noir. En quelque sorte, l’inverse chemin d’une Jeanne Added avec un Be sensational (2015) à la pochette sombre, puis un Radiate (2018) bien plus lumineux. Pour son second opus, Woodkid, vêtu de noir, enlace, sur fond noir, une créature noire, possiblement faite de goudron/pétrole et sortie de nulle part. Il l’enlace, ou se blottit dans ses bras : les deux interprétations sont possibles, surtout à l’écoute à venir. On ne le sait pas encore, mais une fois tout l’album absorbé, c’est cette image, et nulle autre, qui vous obsèdera. Comme une correspondance parfaite avec la musique de Woodkid.

L’album, venons-y. S16 n’est pas un album facile, encore moins simpliste. Son prédécesseur The Golden Age explorait une électro-pop épique et lyrique, à grands coups de percussions puissantes, d’envolées grandioses et d’une forme de démesure auditive qui emportait tout sur son passage. Dès la première écoute, il s’offrait pour que l’on puisse y plonger à l’envi, avec une forme de plaisir immédiat sans cesse renouvelable. S16 se place à l’opposé : s’il accroche notre attention dès la première écoute, il faudra en revanche y revenir plusieurs fois pour commencer à y entrer pleinement. C’est un disque épais et dense qui demande du temps, de l’investissement et de la persévérance. Bref, un contraste saisissant avec le monde de l’immédiateté qui est aujourd’hui le nôtre. Ne vous attendez pas à un The Golden Age bis : Woodkid ne ressert pas la même cuisine. Sept années sont passées pour lui, pour nous, et pour le monde. Autant dire une éternité, qui appelle une nouvelle façon d’aborder les choses.

Le simplisme aurait consisté, en effet, à repartir sur la lancée du premier opus, fort de ses 800 000 ventes (oui, oui). Ça aurait sans doute fonctionné, puisque The Golden Age se vend et s’écoute toujours par palettes. Pourtant, S16 emprunte une toute autre voie : celle de la mélancolie, du combat, de l’introspection, de la déconstruction, des ruptures et des cassures. Au printemps dernier (date initiale de sortie de l’album), on avait découvert le premier single Goliath, musicalement impressionnant et accompagné d’un clip assez vertigineux. L’homme contre les machines, la disproportion d’échelles, tout ceci dans un univers industriel renforcé par le visuel du 45 tours : un disque de disqueuse bien affuté. Ce premier extrait racontait un monde en lutte, l’Homme contre la pression et l’oppression, parfois l’Homme contre lui-même. Une sorte de préambule à ce S16 à venir. Oui, c’est bien tout cela dont l’album parle : un environnement chahuté, un monde chaotique fait de secousses et de bousculades.

Ce climat se retrouve pleinement dans les 11 compositions qui forment S16. Goliath ouvre le bal avec ses percussions tourbillonnantes, bientôt complétées par des nappes de programmations dark qui n’ont rien à envier aux moments les plus sombres d’un Blade Runner. Plus que tout, les variations rythmiques sautent aux oreilles. Oubliés les élans pop de 2013, même si déjà Woodkid jouait à l’époque avec les changements de rythmes. Ici toutefois, ces ruptures sont accentuées par des artefacts et des glitches sonores qui viennent raconter que tout est instable et fragile. Pale Yellow est typique de ce mélange cassures mélodiques/sons parasites. Presque tout autant que Highway 27, avec son ouverture percussions et boite à rythmes, qui nous emmènera jusqu’à sa fin (qui est également la fin du premier vinyle) dans une omniprésence de ces rythmes troublants. Entre ces 3 titres, In your likeness et Enemy jouent plutôt la carte de la fausse sérénité. Dans une ambiance beaucoup plus planante, le temps est cependant à l’introspection hypnotique, tout autant que mélancolique. Après ces 5 premiers titres, la claque est déjà puissante. Pourtant, S16 n’a pas livré tous ses secrets, puisqu’il reste un second vinyle et 6 titres à venir.

Et quels titres ! Reactor ouvre le second disque avec des chœurs qui rappellent le travail de Woodkid pour Louis Vuitton/Nicolas Ghesquière ayant donné lieu à une galette dont nous avions parlé voici quelques semaines. Le Suginami Junior Chorus (chœur japonais composé exclusivement d’enfants) apporte une énergie lumineuse inattendue qui relance l’album et l’enrichit encore, au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. Ce Reactor m’a clairement fait penser à la BO de NieR: Automata, peut-être la plus belle soundtrack du plus grand jeu vidéo de tous les temps. Rien que ça. Drawn to you enchaîne avec, une fois encore, ce rappel aux collaborations Louis Vuitton/Nicolas Ghesquière renforcé par les cordes orientalisantes. Se greffent toutefois de nouveaux glitches et artefacts sonores, semblables à ceux de Pale Yellow. Un titre somme, avant les trois suivants qui nous plongent dans un dépouillement presque total. Shift, So handsome hello et Horizons into battlegrounds jouent la carte voix/piano/programming. Shift est aérien, posé, presque lumineux. So handsome hello remet les percussions en avant pour se faire parfois inquiétant. Horizon into battlegrounds pourrait être une fin d’album, en mariant la voix de Woodkid à un piano qui ruisselle en gouttelettes magiques. C’est pourtant Minus Sixty-One qui fermera le voyage, avec le retour du Suginami Junior Chorus. Ce dernier titre s’ouvre calmement, pour monter en puissance et aller vers une intensité émotionnelle pour laquelle vous n’êtes pas prêts. Pas plus que je ne l’étais.

S16 est donc un album de l’instabilité, du chaos, de la bousculade, du combat, de l’équilibre. Mais il est également un album puissant, riche, complexe et émotionnellement ravageur. Deux raisons à cela. D’une part, les compositions de Woodkid foisonnent de trouvailles et d’inventivité. C’était déjà le cas avec The Golden Age, mais ce S16 monte encore en gamme. Vos oreilles vous diront merci pour ce travail d’orfèvre, cette minutie du détail sonore où rien n’est laissé au hasard. Aucun son en trop, ni aucun manquant. Tout est d’une justesse absolue et réveille des sensations parfaitement dosées tout autant que des émotions puissantes. Les compositions bénéficient en outre d’un programming rigoureux et imparable, de percussions exceptionnelles mais aussi d’instruments plus classiques comme des cordes et bois. Tout ce qui fait la richesse de la musique de Woodkid est sublimé par le mélange de ces ingrédients. D’autre part, le dernier instrument dont nous n’avons pas encore parlé, mais ô combien précieux et fondamental : la voix de Woodkid. Bordel, quelle voix ! Depuis les graves les plus ronds et puissants aux notes les plus hautes, le musicien utilise sa voix comme jamais. Il dessine des lignes mélodiques incroyables qui viennent se mêler aux compositions musicales, pour offrir une démonstration hallucinante de ses talents, et un paysage sonore encore inexploré.

Vous l’aurez compris : S16 est une véritable claque. En 2013, The Golden Age avait déjà tapé très haut. Sept années plus tard, Woodkid remet le couvert. A ce jour, c’est très possiblement mon meilleur album 2020 ever. Il faut croire que la mi-octobre est propice aux bijoux musicaux et aux albums parfaits. L’an dernier, c’était Dyrhólaey de Thomas Méreur (18 octobre 2019). Cette année, le S16 de Woodkid, tombé dans les bacs le 16 octobre. Ce disque est magistral et incontournable, pour ce qu’il raconte du parcours musical de son auteur/compositeur, pour ce qu’il dit de notre époque et du monde tel qu’il évolue, mais aussi pour son incroyable profondeur d’écoute. Après de multiples passages sur la platine, S16 se découvre encore et toujours, sans facilité mais sans non plus se cacher de quoique ce soit. C’est tout simplement un disque d’une richesse incommensurable qui ne fait que commencer son existence.

Je ne peux rien vous dire d’autre que de foncer, en sachant que, peut-être, S16 ne s’offrira pas immédiatement à vous. Il mérite la persévérance pour en explorer toutes les richesses. Là où il se pose, ce nouveau son de Woodkid est entêtant, permanent, obsédant, et saura venir se loger durablement dans chacun des recoins de vous. Comme le visuel de la pochette, véritable obsession/invitation, en fin de compte, au réconfort dans les bras de l’autre.

Raf Against The Machine

Review n°60: Generations de Will Butler (2020)

Will Butler, le frère cadet du leader charismatique Win d’Arcade Fire, est d’une grande discrétionWill Butler derrière le couple formé par son frère et Régine Chassagne. Il brille néanmoins par son énergie et sa fantaisie dans les concerts et s’est lancé depuis 2015 dans une carrière solo avec son premier album Policy. Un album que je n’avais jamais écouté avant cette déflagration sonore qu’est ce Generations et qui, sans être brillant, démontrait un beau potentiel (le titre What I Want en étant un parfait exemple) s’il arrivait à prendre un peu plus de distance avec l’univers tentaculaire d’Arcade Fire, groupe pour lequel je voue une admiration sans bornes…

L’empreinte digitale ensanglantée de la pochette de ce Generations démontre deux volontés évidentes: se livrer corps et âme et ne rien occulter de la violence de notre monde contemporain. Le défi est relevé haut la main tant ces 44 minutes sont animées d’une intensité folle qui font de cet album un moment central de l’année musicale 2020… Nous pouvons désormais l’affirmer avec aplomb, une fée s’est véritablement posée au-dessus des berceaux de la famille Butler. Will dont la voix a des similitudes troublantes avec celle de son frère vient de se faire défintivement un prénom sans vouloir tomber dans de la pyschologie familiale de comptoir. Le fantôme d’Arcade Fire plane bien sûr au-dessus de l’album, ce qui n’est pas pour me déplaire, mais il s’apparente davantage à un mécène qui guide qu’à un héritage qui freine…

Le morceau d’ouverture Outta Here frappe fort d’emblée avec une power-pop qui révèle la puissance du chant de Will Butler. Le titre monte et, porté par ses percus et ses riffs de guitare acérés, prend une teinte rock séduisante. On n’est pas loin d’un rock taillé pour les stades mais Will résiste à la tentation de la facilité et on retiendra la belle énergie de ce morceau ainsi que les paroles qui invitent à fuir notre quotidien sombre. La claque musicale c’est Bethlehem qui va nous l’infliger… Rock uptempo d’une grande intensité, une batterie qui martèle le morceau, des choeurs bien sentis, Régine Chassagne en clin d’oeil sur la fin, voilà le genre de titres un brin épiques qui ont fait la marque de fabrique d’Arcade Fire. Close My Eyes ralentit le rythme cardiaque dans un registre plus classique de pop suave éclairée par les choeurs du refrain avant que I Don’t Know What I Don’t Know distille avec délices un univers sombre empreint d’une vraie tension électrique. Le traitement de la voix dans ce morceau m’évoque un David Bowie période Aladdin Sane, impression confirmée ultérieurement avec Promised. Un Surrender plus solaire avec une voix parcourant les aigus et une montée à base de choeurs digne d’Arcade Fire, un Hide It Away plus dépouillé et parcouru de décharges électriques étonnantes, un Hard Times séduisant par sa volonté de bidouiller pour créer une pop bricolée à la Baths, les explorations sont diverses et fonctionnent à merveille. Le tryptique final parachève avec brio l’album: Promised s’impose comme une créature hybride entre Arcade Fire et David Bowie, Not Gonna Die et son piano joue la carte de l’émotion dans un véritable hymne à la vie qui me donne autant le sourire qu’un No Cars Go alors que Fine finit sur un combo piano/clarinette qui a la fâcheuse tendance à me piquer les yeux… Merci Will Butler d’être définitivement sorti de l’ombre majestueuse d’Arcade Fire, ce deuxième album fait penser dans sa démarche artistique à un certain Neon Bible et on ne peut que s’en réjouir, enjoy!

Sylphe

Review n°59 : Falaises ! (2020) de Mirabelle Gilis & Miossec

Souvenez-vous d’il y a 25 ans, d’un temps que, forcément, les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Au beau milieu de ces années 90 déjà chargées en pépites, de Radiohead à Pearl Jam en passant par Jeff Buckley ou Nirvana, débarque une sorte d’ovni dans la chanson française. L’album Boire de Miossec nous est tombé dessus en avril 1995. Sec comme un coup de trique et joué à l’os, voilà bien une galette qui prouve qu’on peut faire de la chanson française rock et décharnée en mode acoustique et avec du texte intelligent inspiré par les écueils de la vie. Thiéfaine chantait Errer humanum est en 1986, Miossec relance le constat à peine dix ans plus tard avec un album matriciel et séminal. Album d’ailleurs réédité le 18 septembre dernier, avec un nouveau mastering pour (re)découvrir ce grand disque.

Ce même 18 septembre, et presque comme un pied de nez à la vie, Miossec est de retour avec la sortie parallèle d’un EP sobrement intitulé Falaises ! Composé, enregistré et interprété avec sa compagne Mirabelle Gilis, ce maxi 45 tours (pensez à régler votre platine à l’écoute ;)) lâche 4 titres fabriqués pendant le confinement du printemps dernier. Les deux artistes ont passé ces longues semaines au bout de la Bretagne, dans une cabane en bois avec vue sur mer. Dans la double idée de faire quelque chose de cette étrange période, mais aussi d’ouvrir de nouvelles perspectives de travail, Falaises ! développe la collaboration Gilis/Miossec. Collaboration déjà aperçue puisque la violoniste avait rejoint Miossec en 2016 pour l’album Mammifères, puis sur la tournée (assez géniale d’ailleurs) qui avait suivi. Toutefois, on découvre ici un réel duo avec une co-écriture, un mélange des voix et des compositions à quatre mains. Tour du proprio en 4 morceaux.

En ouvre le mini-album, après être déjà sorti en single quelques semaines plus tôt. Le texte, construit comme un immense jeu de mots autour du En, raconte une histoire d’amour, tout du moins les différentes facettes d’une relation. Sans en éluder aucun aspect, en intégrant les hauts et les bas de la vie avec un(e) autre, ce titre s’inscrit dans la pure veine Miossec par sa thématique. On parlait de Boire plus haut, album dans lequel il y avait déjà ces questionnements et constats, que l’artiste n’a de cesse de développer depuis ses premiers titres. La nouveauté vient de la composition, avec une première partie très portée par des sons synthétiques et presque mécaniques déjà entendus sur l’album Les rescapés (2018). Puis, sans prévenir dans la dernière minute du titre, le violon de Mirabelle Gilis t’éclaire et te réchauffe tout ça en t’attrapant la gueule pour te réveiller et te dire que oui, il faut se focaliser sur le beau et le lumineux. Fatal et imparable.

Elle a pourrait passer pour beaucoup plus pop et léger que le précédent morceau. Il n’en est rien. Sur une partition qui rappellera Le roi (album Mammifères) tant par ses sonorités que ses arrangements, Gilis et Miossec posent là le portrait d’une femme en errance et en recherche d’elle-même. « Elle a tout pour elle / Mais elle ne le voit pas » : comment ne pas y voir, là encore, une préoccupation récurrente du chanteur, déjà ancrée dans Combien t’es beau, combien t’es belle (album Boire), Pentecôte (album 1964 en 2004) ou Le cœur (album Ici-bas, ici-même en 2014) ? La recherche de soi, c’est à la fois accepter une forme d’errance, mais aussi savoir à un moment voir qui l’on est et en accepter les aspects.

Tout ira bien est un titre de l’après. Après le merdier, après le confinement, après les baffes de la vie, après les sorties risquées et incertaines en mer, après les cauchemars, après le monde qui s’effondre et dégueule de s’être trop mangé lui-même, après les souffrances. Pris dans la tourmente, la solitude, les peines et la nuit, difficile parfois de se dire que le mieux arrivera. Ce sont trois mots simples, une phrase à la con, un truc qu’on peut (se) dire comme une expression toute faite ou auquel on peut se raccrocher comme la plume de Dumbo. Sous la plume et dans les voix de Gilis et Miossec, c’est surtout un morceau incroyablement serein et réconfortant, qui étale du baume sur nos plaies et nous enveloppe dans ses bras pour remplacer ceux de l’autre qui n’est pas et nous manque. Tout ira bien est un titre simple mais pas simpliste, en fait plus complexe et riche qu’il n’y paraît à la première écoute.

Presque naturellement après ce mini-parcours, Trop d’amour vient clore le EP. A la fois comme une conclusion au disque et comme un écho à Elle a, ce dernier titre dessine le portait d’un homme qui déborde et dégouline d’amour. Pas d’amour con et niais tout fabriqué. Non, de cet amour généreux et profond que l’on trouve chez les belles personnes. De celui qui nourrit les jolies rencontres et les belles relations. Seulement voilà, dans l’histoire, il n’y a personne pour accueillir ou recueillir cet amour là : « Tu as beaucoup trop d’amour / En toi / Et ça déborde, ça coule / Entre tes doigts / Comme un torrent / Que l’on n’arrête pas / Jour après jour dedans / Tu te noies ». Comment, en à peine 3 minutes, dresser le portrait et les errances (là encore) des gentils. Ceux qui font attention aux autres (parfois plus qu’à eux-mêmes) mais qui, parfois, faute d’autre à qui offrir cet amour, se retrouvent eux-mêmes submergés par ce trop-plein. Ceux qui ne comprennent pas toujours ce monde et ne s’en accommodent pas. Ce qui tombe bien (ou pas), car souvent le monde ne les comprend pas non plus.

Falaises ! ne dure que 13 minutes, mais il est d’une puissance et d’une richesse qui confirment que la qualité vaut mieux que la quantité. Reste à se pencher sur le titre du EP, à la lumière de cette écoute attentive. Faut-il y voir un avertissement de la proximité de la falaise, pour éviter d’en chuter violemment ? Ou au contraire, étant en pleine navigation errante et erratique, un signe de l’aperçu de falaises au loin, synonymes de terres ferme où se reposer enfin ? Double question rhétorique, tant la réponse semble être double. Voilà quatre titres beaux et efficaces qui posent, une fois encore avec Miossec, que la vie pourrait bien n’être que ça : une déambulation sur le fil du rasoir et sur le bord de la corniche, avec des chutes mais aussi des avancées, et, lorsque l’existence nous gâte un peu, un(e) autre pour nous tenir la main et à qui on le rend bien. Lorsque c’est composé, écrit et interprété avec tant de talent et d’émotions, on a juste envie de dire merci au duo Gilis/Miossec. Tout simplement.

Raf Against The Machine

Review n°58: Fall To Pieces de Tricky (2020)

2020 est une année riche pour Adrian Thaws, alias Tricky. Il y a peu nous fêtions les 25 ans de son Trickypremier album Maxinequaye, coup de maître qui a lancé une très belle carrière solo riche de désormais 14 albums avec Fall To Pieces. Après avoir participé aux deux premiers albums de Massive Attack Blue Lines en 1991 et Protection en 1994, il fallait un certain cran et une certaine instabilité pour décider de tout plaquer et se lancer seul … Tricky est ainsi, il suit son instinct et sait nous surprendre en traînant sa carcasse cabossée à travers des albums magnifiques (les 5/6 premiers révèlent des pépites sombres à foison) et des incartades surprenantes au cinéma chez Olivier Assayas. L’objectif du jour n’est pas de résumer la discographie de Tricky mais je profiterai des vacances de Toussaint qui approchent pour vous faire une playlist sur le bad boy de Bristol afin de vous faire parcourir tous les bouges malfamés et enfumés d’Angleterre…

Je dois reconnaître que j’ai, ces dernières années, un peu perdu de vue le très prolixe Tricky et le dernier album que j’ai savouré dans son homogénéité remonte à 2013, avec le très bon False Idols. Depuis le dernier opus Ununiform en 2017, la vie de Tricky a suivi son cours à l’image de son timbre de voix, très sombre et rocailleux. En 2019, il a ainsi perdu sa fille Mazy Topley-Bird, née de son union avec sa muse Martina Topley-Bird, dans des conditions dramatiques… Un suicide faisant un triste écho au suicide de sa propre mère Maxine Quaye lorsqu’il avait 4 ans. Autant dire que le spectre de cette perte plane sur cet album aussi décharné et dépouillé que le bonhomme, 11 titres ramassés en 28 minutes qui révèlent encore plus clairement que son autobiographie Hell Around The Corner la souffrance pudique de Tricky.

Le titre d’ouverture Thinking Of  et sa rythmique downtempo sépulcrale ne laisse pas la place au doute, il ne faudra pas chercher un brin de lumière dans l’orchestration. Le souffle de l’espoir et de la vie sera symbolisé sur cet album par Marta Zlakowska, nouvelle voix marquante présente sur tous les titres à part deux morceaux qui laisseront les honneurs à la danoise Oh Land. Tricky a toujours brillé par sa capacité à révéler des voix féminines d’une grande sensibilité qui se marient parfaitement à sa musique et son timbre vénéneux, Marta ne déroge pas à la règle… Close Now brille par son électricité sous-jacente, l’infra basse nous fait vibrer et le flow coupé à la serpe de Tricky hache sec pour un titre de 1 minute 37 qui se finit de manière abrupte. On retrouvera de nombreuses fois ces fins soudaines dans l’album et je dois reconnaître qu’une certaine frustration m’a animé, comme si Tricky refusait d’accomplir pleinement les belles promesses. Enfin bon, il est comme ça notre Tricky, aucune concession artistique et le refus de la logorrhée… 28 minutes intenses et pas une de plus.

Passé un Running Off surprenant avec son introduction quasi lumineuse qui laisse vite place à un trip-hop désincarné, I’m In The Doorway met en avant la voix pure de Oh Land avec une mélodie d’une ingénuité surprenante. L’art du contre-pied est réel chez Tricky  et les titres suivants vont vite nous ramener à l’âpre réalité. Hate This Pain et cette voix glaciale qui s’insinue subrepticement en nous sur les notes d’un piano désincarné me ramène 20 ans en arrière dans les rues étroites de Bristol. Chills Me To The Bone joue ensuite avec les codes en croisant le trip-hop avec les sonorités mécaniques de l’indus, un groove surprenant se met en place que l’on retrouvera sur le titre suivant Fall Please, litanie obsédante par sa simplicité. La fin de l’album garde le même niveau d’intensité avec une mention spéciale pour Like A Stone où les voix de Marta et Tricky s’affrontent brillamment et le titre final Vietnam qui finit sur des notes lumineuses et pleines d’espoir… Non j’déconne, on reste dans une marche funèbre d’un grand esthétisme. Voilà en tout cas un bel album qui devrait satisfaire les fans de la première heure dont je suis, un album sans fioritures qui mérite qu’on lui laisse sa chance, enjoy!

Sylphe

Review n°57: Les Forces contraires de TERRENOIRE (2020)

Mon album de l’année 2020 pourrait finalement être français… Incontestablement les frères Théo et TERRENOIRERaphaël de TERRENOIRE viennent de frapper un coup retentissant avec leur premier album, Les Forces contraires. Si vous êtes un lecteur régulier du blog, vous savez que je suis avec un réel intérêt les stéphanois de naissance depuis que mon chemin a croisé le bijou La Nuit des parachutes (voir par ici) mais ce serait mentir d’affirmer que j’étais prêt à une telle pépite sonore.

En 34 minutes TERRENOIRE nous donne une leçon d’émotion dans un album où s’entrelacent avec rage la mort, la peur et cette volonté insatiable de se confronter à ce monde, d’aimer. 10 grains de chapelet déposés que je ne peux m’empêcher de manipuler quotidiennement pour en sentir toutes les aspérités et que je vous invite modestement à découvrir avec moi. Il est une certitude au moment d’écrire cette review, mes mots ne seront pas assez forts pour retranscrire mon plaisir d’écoute.

Le morceau d’ouverture Le temps de revenir à la vie propose un univers instrumental qui n’est pas sans rappeler le brillant Baths en croisant le piano avec une certaine distorsion des machines. Les paroles très imagées – un des réels points forts de l’album – évoquent le deuil ou la fin de l’amour, instaurant un spleen esthétique qui séduit. Dis moi comment faire vient ensuite jouer la carte d’une électro-pop plus affirmée et plus frontale dans la droite lignée d’Agar Agar. Entre synthés, choeurs et montée en tension finale, on retrouve tous les ingrédients du titre facile d’accès qui, cependant, ne reflète pas véritablement l’album. Baise-moi vient ensuite aborder l’amour physique, une véritable déclaration d’amour pour le désir. Le refrain est obsédant, les paroles d’une justesse et d’une poésie rares (« la musique de l’amour aura l’odeur du tonnerre »). Dans cet album, l’amour est presque perçu comme une fuite face à un monde si dur et si sombre, ce qui sera parfaitement illustré par la suite par La fin du Monde. Arrivent alors deux pépites dans deux registres différents: Mon âme sera vraiment belle pour toi, océan de douceur mélodique qui démontre la volonté de confronter l’amour au monde et tenter d’éviter les écueils de la vie à deux (« Est-ce qu’on s’ra team divorce ou pas? ») et le sublime Derrière le soleil. Difficile de rendre un plus bel hommage au père décédé. Bijou de poésie, entre euphémisme « La vie s’est refermée à double tour sur toi » et simplicité enfantine « Vilain cancer a dévoré Papa », l’émotion est poignante et s’extériorise à travers le refrain, comme une litanie incessante. En évitant de tomber dans les excès du pathos et en gardant une certaine pudeur, les « coeurs mercenaires » que sont les deux frères de TERRENOIRE composent une des plus belles chansons écoutées sur le deuil.

Jusqu’à mon dernier souffle, dans un registre plus dépouillé piano/chant aux confins du spoken word, raconte avec simplicité le parcours accompli depuis le quartier de Terrenoire et la volonté viscérale de façonner une vie aussi simple qu’idéale. Margot dansait sur moi et son refrain pop rappelle l’univers musical de Dis moi comment faire et l’amour physique de Baise-moi, c’est le morceau qui me touche le moins dans cet album car je trouve qu’il manque un peu de nuances. Cet album finit très fort avec le tryptique suivant: La fin du Monde en featuring avec Barbara Pravi qui célèbre l’amour et le désir de paternité – « Un genre de diamant/Au goût de la vie/ Issu de mon corps » – malgré la dureté du monde, le bijou plein d’optimisme Ca va aller dont la douceur et le flow du chant sont d’une grande beauté et Là où elle est et son spoken word précis et touchant.

Si vous doutez encore de la beauté de ces Forces contraires, je ne peux que vous conseiller d’aller vous confronter à ce maëlstrom d’émotions qui fait tellement chaud au coeur, TERRENOIRE devrait être déclaré d’utilité publique en ces temps difficiles, enjoy!

Sylphe

Review n°56: How Do You Cope While Grieving For The Living? de Milo Gore (2020)

Voilà la plus grosse claque rock reçue depuis le deuxième opus The Big Picture de TheMilo Gore Last Train (à revoir par ici ) avec cette totale découverte  de l’Anglais Milo Gore qui vient de sortir fin août sur le label Red Van Records son premier album How Do You Cope While Grieving For The Living? Après obylx, nous restons toujours à Bristol, terre de génies, pour un premier album où Milo Gore a su brillamment s’entourer avec Pete Prokopiw (Mumford & Sons, Florence & The Machine) à la production et Andy Savours (Sigur Ros, The Horrors, Arctic Monkeys) au mixage. Excusez du peu…

Noise Gone Dancing ouvre dans une certaine douceur l’album et d’emblée on ressent toute l’émotion dans la voix de Milo Gore, un vrai point fort de l’album. Entre mélancolie et introspection angoissée, ce premier titre nous offre une indie-pop de qualité qui se laisse porter par un rythme downtempo lancinant mais on sent comme la lave ne demande qu’à jaillir de ce volcan faussement endormi. L’éruption instrumentale a lieu dès l’explosif Green Eyes, les guitares sont de sortie, le rythme uptempo et on ressent ce sentiment d’urgence propre au rock qui suinte par tous les pores. Le morceau alterne des couplets plus posés avant les explosions des refrains, il y a du Strokes et même du Bloc Party dans ce morceau addictif, le plus frontal de l’album. Je vous mets au défi de ne pas succomber à ce single XXL…

Jade ralentit le rythme cardiaque en s’appuyant sur son duo de voix, le timbre de la chanteuse n’étant pas sans nous rappeler la grâce de Julia Stone. Le morceau m’évoque Last Train par sa capacité à jouer avec les codes et flirter sur la deuxième partie avec un post-rock bien senti et tout en tensions électriques. Passé un Fare plus classique dans son approche digne de Bloc Party, les deux titres suivants finissent totalement de nous désarmer… A Collaboration Of Our Grief en featuring avec RMC est un exercice de style de haut vol, après des débuts d’une grande douceur dignes des plus belles ouvertures de Placebo le chant sous tension s’impose tiraillé entre riffs électriques et ambiance aux confins du blues, un univers évoquant assez clairement les Belges de Balthazar. Jerry Can, quant à lui, se montre plus frontal et plus pop dans son approche et les choeurs nous plongent dans les souvenirs pleins d’émotions de Broken Social Scene. Je m’excuse pour le name-dropping mais ces multiples références éclairent à mon sens la perception de cet album… Voilà en tout cas une première partie d’album tout simplement brillante.

La deuxième partie de l’album est solide même si moins de titres ne se dégagent véritablement. La douceur de Meds avant la surprenante explosion finale et l’indie-pop classique de Homegrown amènent vers le sommet de la deuxième partie, I Hear You, morceau tout en contraste qui brille par son énergie et évoque Los Campesinos! Un Eyeliner percutant, un Complete Peace incisif et un The Endless War plus apaisé permettent de clore un très beau premier album. Milo Gore vient de faire son entrée dans le paysage musical par la grande porte, je n’ai aucun doute sur sa réussite future et ce How Do You Cope While Grieving For The Living? vous offrira plus que des bons moments, enjoy!

Sylphe

Review n°55: Grand Prix de Benjamin Biolay (2020)

Incontestablement ce Grand Prix aura été mon album de l’été et une occasion en or pourBiolay réécouter la discographie de Benjamin Biolay – ce qui n’est pas une mince affaire car le garçon est plutôt prolixe -pour une playlist que je partagerai bientôt. Il ne sert à rien de vous faire patienter inutilement, ce neuvième album solo s’impose comme un des meilleurs albums de Biolay qui pourra humblement prendre sa place à côté de La Superbe, A l’origine ou encore Vengeance. Je ne vous ferai pas l’injure de vous présenter Biolay qui, depuis Rose Kennedy en 2001, s’impose comme un parolier et un artiste majeur des années 2000. Cependant je reconnais volontiers avoir un attachement particulier pour le chanteur mais aussi l’homme, subtil mélange de fragilités et de fausses certitudes.

Ce Grand Prix est donc placé sous le signe de la F1, une passion de Biolay qui dans les interviews fait souvent allusion au traumatisme vécu par toute une génération avec la mort d’Ayrton Senna sur le circuit d’Imola en 1994. La pochette est séduisante et j’aime tout particulièrement la liste des titres sous la forme d’une grille de départ. Je vous propose de me suivre dans une course haletante en espérant éviter les accidents et l’intervention de la safety car.

Le morceau d’ouverture Comment est ta peine?, le premier single de l’album qui a inondé les ondes, permet de démarrer sur les chapeaux de roue. Ce morceau doux-amer évoque la mélancolie liée à la séparation – « J’aurais dû te libérer/ Avant que tu ne me libères moi  » – sans tomber dans le pathos, le refrain est addictif à souhait et l’instrumentation brillante avec en particulier les cordes qui m’avaient déjà tant touché sur La Superbe. Ce morceau mérite amplement son statut de single et lance parfaitement la course. Visage pâle en featuring avec la fidèle de toujours Chiara Mastroianni met ensuite en avant la puissance de l’amour à travers la fin d’une relation. Le morceau plus pop fonctionne bien avec ses synthés omniprésents avant un Idéogrammes beaucoup plus rock. Les guitares sont de sortie, le chant plus acéré pour un beau testament virtuel qui met en avant l’hédonisme et le refus de l’engagement amoureux. Le refrain devenu plus soyeux avec les cordes est tout simplement imparable…

Comme une voiture volée s’impose ensuite comme un énorme coup de coeur. Refrain addictif, atmosphère plus pop, il aborde le coup de foudre et subtilement le vieillissement,  » Si je t’avais rencontrée avant/ Quand j’étais jeune et charmant ». Biolay assume parfaitement sa capacité à créer des morceaux pop plus frontaux et ce n’est pas pour me déplaire. Vendredi 12 contraste alors avec la lenteur de son rythme et sa mélancolie accentuée par les cordes, la sensation d’abandon est finement croisée avec les bons souvenirs mais Biolay est bien seul, « J’ai bu la tasse dans la mer Noire ». Le ciel s’éclaircit alors avec les sonorités plus ensoleillées de Grand prix où le refrain plus lumineux contraste avec des couplets plus sombres afin d’aborder le parallèle entre la vie et la course automobile. Un morceau évident, tout comme Papillon noir en featuring avec Anaïs Demoustier, morceau plus dark qui n’est pas sans me rappeler les atmosphères d’Arman Méliès.

Ma route vient ensuite jouer la carte d’une pop-folk apaisée où Biolay fait le bilan d’une vie où il a pleinement vécu et tracé sa route avec un appétit débordant. Passée la pépite électro Safety car, intermède de luxe quasi instrumental , Où est passée la tendresse? aborde de nouveau la question du vieillissement sans pathos avec une atmosphère rock convaincante et un refrain extrêmement juste. La sagesse mélancolique de La roue tourne et la justesse de son texte « En ignorant les codes/ On est baisé d’avance/ Mais en les suivant trop/ On n’a aucune chance », la luminosité de Souviens-toi l’été dernier en featuring avec Keren Ann ou encore la saudade Interlagos avec Bambi qui clot en douceur l’album et rappelle de nouveau Ayrton Senna (à qui cet album est dédié) ne font que confirmer que cet album ne connaît aucun point faible. Je ne peux que vous conseiller d’enfiler votre combinaison et votre casque, cette course loin d’être effrénée vous laissera savourer dans le rétroviseur les doux instants passés, enjoy!

Sylphe

Review n°54: Earth d’EOB (2020)

On ne présente plus le grand groupe Radiohead dont les membres, depuis quelques EOBannées, se lancent dans des projets solos. Thom Yorke que ce soit en solo depuis Eraser en 2006 ou dans le groupe Atoms for Peace avec Flea, le bassiste des Red Hot Chili Peppers, continue à partager avec brio son sens de l’interprétation. Le batteur Phil Selway  a sorti deux albums, Jonny Greenwood s’épanouit en parallèle dans les musiques de film (There Will Be Blood en 2007  par exemple). Il ne manquait plus jusqu’à maintenant qu’à voir Colin Greenwood et Ed O’Brien sauter le pas… Vous aurez bien compris, subtils lecteurs que vous êtes, que derrière ce sobre et mystérieux EOB se cache donc le guitariste Ed O’Brien qui nous offre son premier opus tant attendu, Earth. Nous sommes bien sûr en droit de nous demander si cet album sera ou non dans la droite lignée des albums de Radiohead… Modeste tentative d’explication en approche…

Le morceau d’ouverture Shangri-La (du nom d’une cité imaginaire inventée par James Hilton dans son roman Lost Horizon en 1933) nous ramène en terrain connu. La voix douce est très convaincante, le morceau se déploie gracieusement avec une ritournelle quelquefois électrisée par les riffs de guitare bien sentis d’Adrian Utley de Portishead pour un résultat qui sonne comme du Radiohead. La comparaison n’a rien de négatif et on ne peut pas reprocher à Ed O’Brien de ne pas tourner le dos à son ADN musical. Les 8 bonnes minutes de Brasil rappellent que EOB a posé les bases de son album lorsqu’il est parti vivre quelques années avec sa famille au Brésil. Ce morceau d’une grande douceur voit EOB sobrement accompagné de sa guitare pour une belle complainte autour de la fin d’une relation amoureuse mais la basse de Colin Greenwood et les sonorités électroniques au bout de 3 minutes viennent donner une savoureuse envie de danser. La montée est séduisante et la construction de ce morceau d’une grande précision et d’une grande richesse.

Le trio suivant va ensuite mettre l’accent sur une douceur folk prédominante, Deep Days et sa guitare acoustique témoigne des qualités du chant d’EOB, Long Time Coming m’évoque un croisement entre Peter von Poehl et Devendra Banhart tout en rappelant à quel point EOB est un grand guitariste alors que Mass tente par quelques déflagrations sonores de briser la douceur pour un résultat tout en tensions. Banksters vient alors avec justesse redonner un supplément d’intensité, on savoure cet art de la réverb propre à Radiohead et la parenté s’avère incontestable. Le désincarné et dépouillé Sail On évoquant la mort de son cousin touche au sublime et nous amène avec délicatesse vers les 8 minutes d’Olympik qui donnent une furieuse envie de bouger son corps et évoquent Depeche Mode qui aurait rêvé de faire du Pink Floyd (#payetoncroisementfumeux). L’album se clot sur une note de douceur folk bien sentie avec Cloak of the Night en duo avec Laura Marling.

Fans ou non de Radiohead, je ne peux que vous inviter à savourer la subtilité de ce très beau Earth qui réchauffera les coeurs, enjoy!

Sylphe