Five reasons n°8 : The Schizophonics

Un beau programme bien calé peut toujours être bousculé, et cette semaine en est un excellent exemple avec ma contribution hebdomadaire à Five Minutes. Je pensais vous parler d’un doux EP aérien dans lequel se blottir, mais c’était sans compter sur la virée concert d’hier soir, avec The Schizophonics. Un groupe de rock que j’ai découvert en direct sur scène et avec qui la salle a passé une soirée assez dantesque. Mais qu’est-ce qui, à ce point, peut justifier de chambouler le planning d’articles établi pour mettre le doigt (et pas que) sur The Schizophonics ?

  1. The Schizophonics est un basique et minimaliste trio rock guitare-basse-batterie, mais qui envoie furieusement du bon et gros son. C’est assez rassurant de pouvoir constater que non, le rock n’est pas mort, et que oui, la rock attitude ça pourrait ressembler à ça. Des morceaux écrits courts, de l’énergie et une audace de tous les instants, pour replonger dans un rock décomplexé de la charnière fin 1960 – début 1970.
  2. The Schizophonics vient tout droit de San Diego, California, où le groupe est né voici une dizaine d’années. C’est un bon moyen de se rendre compte que le rock américain n’a pas dit ses derniers mots, et qu’il peut ressembler à autre chose qu’à du son prévisible, gras et perclus de manières et d’artifices. Le trio convoque les esprits du MC5 tout autant que des Stooges, et en revendique ouvertement l’influence tout en y mettant son grain de sel.
  3. The Schizophonics est porté et mené de main de maître par Pat Beers, chanteur/guitariste de la bande. Une sorte de loustic totalement habité et possédé qui gratte sa six cordes comme un furieux tout en glissant littéralement d’un bout à l’autre de la scène. Qui joue parfois à être Pete Townshend en moulinant du bras pour quelques riffs assassins. Un showman comme on n’en fait plus, explosif et généreux, infatigable, plongé dans sa musique pour mieux nous y embarquer. Contagieux. Et soutenu par une section rythmique de bûcherons.
  4. The Schizophonics s’écoute sans réserve et partout mais le meilleur endroit pour en profiter c’est une salle de concert, où le groupe et son meneur se lâchent comme jamais. Il y a bien longtemps que je n’avais pas vécu un concert rock d’une telle intensité. Peut-être cela remonte-t-il à une mémorable soirée du Printemps de Bourges d’avril 2010, où l’on avait eu droit successivement à Archive puis Iggy Pop et ses Stooges (tiens donc…). Encore que : ce soir là c’était avec des centaines de spectateurs sous chapiteau. Hier soir, on était à peine 100 dans une minuscule salle. Intensité démultipliée.
  5. The Schizophonics est un excellent moyen de se vider la tête, et aussi d’envoyer chier une journée/semaine toute pourrie. De pousser un peu (beaucoup ?) les potards et de lancer le son, en dépliant (même mentalement) un putain de gros doigt de fuck de la mort qui tue à tous les connards qui nous pourrissent nos journées et à ce monde qui nous entoure quand il prend la couleur et l’odeur de la merde. Kick out the jams motherfucker !

Raf Against The Machine

Five reasons n°7 : Trafic (2018) de Gaëtan Roussel

Encore un petit saut en arrière pour un bel album de 2018 qui n’avait pas eu les honneurs du blog. Pour être dans l’actualité la plus immédiate, j’aurais pu vous parler du clip vertigineux qui accompagne désormais Remains of Nothing de Archive, ou encore de Deal with it, deuxième EP de Paillette, une artiste française à suivre (mais on verra ça d’ici quelques jours). Il faut pourtant s’attaquer (enfin ?) au dernier album studio de Gaëtan Roussel, au risque de passer à côté d’un des grands LP de l’année dernière. Pourquoi ? Comment ? Trafic est-il si indispensable ? Oui, voici la démonstration en 5 actes.

  1. Le single Hope, qui avait précédé et annoncé l’album, est un gros morceau à lui tout seul. Un titre pop et dansant pour un sujet pas dansant du tout qu’est la maladie d’Alzheimer, et donc la déliquescence de la mémoire. La mémoire, un sujet qui revient régulièrement dans la discographie de Gaëtan Roussel. Hope renvoie à Les belles choses (sur son premier opus solo), mais aussi à Un peu de patience (sur Anomalie, le dernier Louise Attaque). Deux titres qui, en plus de partager une grille musicale quasi-identique et la place de clôture d’album, questionnent ce qui reste en nous après. Après quoi ? Après tout ce qu’il est possible de vivre. C’est déjà fort, mais on touche au sublime avec une belle mise en abyme aux saveurs meta : Gaëtan Roussel n’est aujourd’hui l’artiste qu’il est que parce qu’il a vécu d’autres aventures artistiques. Ecouter Gaëtan Roussel et notamment ce Trafic, c’est aussi se souvenir de Louise Attaque, groupe séminal, puis de Tarmac ou de Lady Sir. Nous sommes spectateurs de tout cela, et aussi acteurs, en suivant et en accompagnant le garçon dans son évolution. Conservateurs de mémoire artistique, on se souvient de tout. Comme une boucle musicale obsédante et obsessionnelle qui s’incruste dans notre mémoire, Hope nous ramène aussi au Help myself (nous ne faisons que passer) du premier LP, qui éclaire encore différemment notre écoute. N’oublions pas que nous ne faisons que passer, n’oublions pas de ne pas oublier.
  2. Tu me manques (pourtant tu es là) nous tombe dessus en 4e place sur ce disque. C’est l’occasion d’un duo avec la toujours sublime Vanessa Paradis, le temps d’un titre qui rappelle furieusement Il y a, composé à l’époque par Gaëtan Roussel précisément, pour Vanessa Paradis bien sûr. Ou comment parler de la solitude moderne et du manque malgré la présence, malgré la vie, malgré parfois l’abondance de relations et de sentiments. J’adore ce titre, tout comme j’avais adoré Il y a, avant bien entendu qu’il ne soit méchamment salopé par la reprise des Frero Delavega.
  3. Trafic est un ensemble de titres qui jouent avec les mots et les boucles musicales et textuelles, pour cacher sous une apparente légèreté pop des préoccupations bien plus profondes : « J’entends battre mon cœur/J’entends des voix/J’entends trouver le bonheur » (J’entends des voix)… « N’être personne/Une image envolée/Des battements de cœur irréguliers/La légende du pas parler » (N’être personne)… « Il y a le mot je t’aime/Dedans il n’y a rien/Le mot encore/Dedans il y a fin » (Dedans il y a de l’or)… « Je me répétais sans cesse/Ne tombe pas/Je retombais sans cesse/Contre moi » (Ne tombe pas). Autant de ritournelles qui sont une des marques de fabrique de Gaëtan Roussel et qui, à chaque fois, fonctionnent toujours mieux.
  4. Dans le registre mélodie pop et vitaminée utilisée à contrepied, Tellement peur se pose là. Belle énumération des craintes humaines et contemporaines, quotidiennes, existentielles, futiles ou profondes, ce titre est une véritable mise à nu de toutes les fragilités possibles et imaginables : « D’hier et de demain/Des serpents, des requins/De toutes les représailles/Et puis que tu t’en ailles/De ne pas y arriver/De dégringoler/De ne plus voir le beau/De devenir vraiment trop/J’ai tellement peur ». Impossible de ne pas en trouver au moins une qui vous parlera. Bien sûr, il n’est pas interdit (et même rassurant) d’en retenir plus d’une. Cela fait de chacun de nous non pas des trouillards ou des peureux ingérables, mais plutôt des personnes conscientes de leurs fragilités. Le début du combat pour apprendre à vivre avec et les dompter.
  5. Clôture de l’album avec, en forme de pied de nez, un titre intitulé Début. Une histoire qui raconte tout à la fois le début et les prémisses, sans se préoccuper de la fin tout en la posant d’entrée de jeu. C’est là encore un bien beau texte, sur un mélodie entêtante et sombre. C’est aussi une façon de dire que toute chose qui commence est vouée, par nature et par définition, à se finir. La fin est intrinsèque à tout début, à toute chose qui se met en route et s’ébauche. A commencer par la vie, d’où la nécessité de profiter et de se souvenir (des belles choses). CQFD.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°6: The Big Bad Blues (2018) de Billy F Gibbons

Nous voilà déjà arrivés en 2019, sans presque que l’on s’en rende compte. Et je m’aperçois que c’est moi qui ai l’honneur et le privilège d’ouvrir cette nouvelle année sur Five-Minutes. Mes camarades de jeu Sylphe et Rage sauront vous le dire à leur façon, mais d’ores et déjà on souhaite à tous nos Five-Minuteurs préférés que vous êtes tout plein de bonnes choses pour 2019.

Et pour bien commencer, voilà une bonne chose que je vous propose de partager : le second album solo de Billy F Gibbons, intitulé The Big Bad Blues, et qui succède à l’étonnant Perfectamundo (2015). Etonnant car les sonorités afro-cubaines de la galette nous avaient quelque peu pris par surprise venant du guitariste-chanteur de ZZ Top. Pas si étonnant que ça, si l’on sait que dans ses jeunes années, le bonhomme a tâté de la percussion avec Tito Puente. Mais revenons à cet opus 2018 qui, comme son nom l’indique, taquine le blues, et plus si affinités. Démonstration en 5 actes de l’absolue nécessité d’écouter cet album.

  1. Comme on le rappelait, Billy F Gibbons est le guitariste-chanteur de ZZ Top. Pour qui aime le rock gras et généreux, binaire, teinté de Delta blues et saupoudré de Howlin’ Wolf, impossible de passer à côté de ce groupe légendaire qui écume le monde depuis 1969. Oui, le trio va célébrer ses 50 ans d’existence, une longévité qui fait du bien à l’heure des artistes éphémères et de la guimauve musicale qui se dissout sans saveur à la première dégustation.
  2. Chacun des 11 titres de ce Big Bad Blues respire la route poussiéreuse, les grands espaces, et le roadhouse enfumé qui sert des pintes de mousse. A l’heure où le monde semble drastiquement se réduire à des chaines lisses de coffee-shops, de fast-foods, de boutiques de fringues et à des voies propres, goudronnées et dépoussiérées jusque dans les coins, j’ai jamais eu autant envie de me barrer au fin fond de terres arides. Et que ce soit en Islande, en Nouvelle-Zélande ou dans les fjords norvégiens, c’est à coup sûr ce genre de son que j’emporterai pour faire la route. Sur place, j’écouterai Mùm, Sigur Rós et Thomas Méreur, mais c’est une autre histoire.
  3. Billy F Gibbons est un sacré renard de la six cordes. Doit-on rappeler qu’il a fondé ZZ Top avec à la main une Fender Stratocaster rose offerte par Jimi Hendrix, qui l’avait embauché pour ses premières parties ? Du haut de ses presque 70 ans, Billy F Gibbons gratte depuis des décennies et ce florilège blues est une petite démonstration de ce qu’il sait faire, six cordes à l’appui. Et comme dirait Sylphe, le garçon envoie le bouzin !
  4. Ça sent le blues à plein nez, à grand renfort d’harmonica saturé dans le micro et de piano bar qui pointe le bout de son nez entre deux riffs. A grand renfort aussi de guitare Gibson, qui reste à mon goût la meilleure des marques de guitare pour honorer le blues. Le son gras et rugueux de cette marque, modèle Les Paul en tête, ne cesse de me transporter. En France, notre Paul Personne se sert de ses Gibson comme personne (vous l’avez ?). Sur la galette du jour, c’est Billy F Gibbons. En plus, à peu de chose près, il aurait pu s’appeler Gibson. Un signe ?
  5. Toute la musique qu’on aime, elle vient de là… Bref, mon pays c’est le blues : à partir du moment où il y en a quelque part, là où il se manifeste, ça fonctionne. Pour peu que ça soit bien emmené et bien mené, interprété avec les tripes et que ça joue sans complexe. Ce qui est le cas dans ce Big Bad Blues assez monstrueux. Tous les tempos sont proposés, et c’est à un furieux voyage, depuis le blues le plus lent et lourd avec My Baby She Rocks jusqu’à quelques titres rocks endiablés comme Rollin’ and Tumblin’, que nous convie Billy F Gibbons. Avec en conclusion du disque, une petite fantaisie blues-rock aux accents fifties qui glisse même un peu de fraîcheur et d’humour dans tout ça.

What else ?

Raf Against The Machine

Five reasons n°5 : Danser sur la table de Vincent Delerm (2016)

Changement de dernière minute sur Five-Minutes : je pensais vous parler d’un des grands albums de l’année 2018, mais ce sera pour plus tard, genre la semaine prochaine (#l’artduteasing!). Comme la semaine passée, au fil de mes tweets, je (re)découvre des sons, dont un bien beau titre de Vincent Delerm, Danser sur la table, à la faveur d’un tweet de Vincent Dedienne. J’ai réécouté ça dans un moment de suspension, et voilà (au moins) 5 raisons pour lesquelles je vous invite à faire de même.

  1. C’est une chanson de Vincent Delerm, et si son travail vous touche, ce titre synthétise bien des choses que l’on aime chez lui : une trame musicale présente et discrète à la fois, un texte subtil, un poil mélancolique, un peu énigmatique et pourtant très clair.
  2. C’est une chanson que l’on a envie de dédier à tous ces gens qui vivent leur vie sans jamais danser sur la table, avec parfois quelques accidents de la vie, dans une discrétion mêlée de pudeur. Tous ces gens qui recèlent des trésors d’humanité et dont on ne peut plus se défaire une fois qu’on les a rencontrés.
  3. C’est une résonance avec Les gens qui doutent (1977), un titre d’Anne Sylvestre repris, justement, par Vincent Delerm sur son album live A la Cigale (2007), accompagné par Albin de la Simone et Jeanne Cherhal. « J’aime les gens qui doutent / Les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer », un texte magnifique que j’adore, qui parle de fragilité et de sensibilité humaine.
  4. Ce sont quelques minutes qui me plongent dans un état de tiédeur mentale par ce froid mercredi de décembre. Quelques minutes que j’ai écoutées un grand thé vert fumant à la main. En me disant que, sans doute, « Et ma vie passera / Et ma vie incroyable / Et je vivrai comme ça / Sans danser sur la table ». Parce que oui, on peut vivre et se satisfaire de mille et uns petits plaisirs de la vie, sans être un va-t-en guerre ou une grande gueule. Sans esbroufe.
  5. C’est une chanson qui m’a fait relancer et réécouter tout l’album A présent (2016), dont elle est tirée. Un disque où j’ai retrouvé de bien belles choses, et je vous invite à faire de même. Pour vous y inciter, je vous propose ci-dessous la version studio, mais aussi l’interprétation live piano-voix tout en nuances de Vincent Delerm et Vincent Dedienne de ce Danser sur la table.

Joyeux Noël à tous, et profitez-en bien, tout comme de la vie : nul besoin de Danser sur la table pour se sentir vivant et se laisser envahir par un certain esprit de Noël.

Bonus de Noël : Les gens qui doutent repris par le trio de rêve… parce que je ne résiste pas 🙂

Raf Against The Machine

Five reasons n°4 : Anthem of the peaceful army (2018) de Greta Van Fleet

Faut-il préférer la copie à l’original ? Voilà bien une éternelle question, qui ne trouvera sans doute jamais une réponse unique, tant elle dépend d’un facteur absolument pas évoqué dans cette formulation : tout dépend de la qualité de la copie et du plaisir qu’on y prend par rapport à l’original. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, ma réponse est claire : le son de Greta Van Fleet, s’il ne m’est pas aussi jouissif que celui de Led Zeppelin, me file tout de même quelques sacrées bonnes vibrations dans le soubassement. Pourquoi écouter Greta Van Fleet alors qu’on peut s’enfiler du Led Zeppelin ? Réponse en 5 actes.

  1. Greta Van Fleet, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas une chanteuse mais un quatuor de loustics rocks sortis tout droit du Michigan : les trois frangins Kiszka, accompagnés de Danny Wagner. Quatre garçons dans le vent qui s’organisent exactement comme le quatuor Led Zep, à savoir chant/guitare/basse/batterie. Outre le fait de retrouver la composition exacte de son modèle, Greta Van Fleet a pigé que, pour faire du bon son rock-blues, c’est une des formations idéales, avec une section rythmique de bucheron pour porter une six cordes en avant. Et une putain de voix.
  2. La voix justement : celle de Josh Kiszka. Haut perchée, puissante, légèrement rocailleuse, qui, sans égaler celle d’un certain Robert Plant, ferait tout de même bander un Whole lotta love sur Lover, Leaver, ou nous baladerait un Your time is gonna come sur You’re the one. Cerise sur le gâteau, le garçon reprend parfois le phrasé exact de son modèle, à tel point que j’ai pu avoir l’impression d’écouter des inédits du Zeppelin.
  3. D’aucuns me diront que le guitariste n’atteint en revanche pas le génie de Jimmy Page. C’est pas faux mon cher Perceval, mais Jake Kiszka gère quand même pas trop mal son manche, entre bonnes rythmiques qui groovent et quelques solos bien lâchés. Côté batterie, le Danny Wagner tabasse ses fûts comme un sourd furieux. Que cela soit réellement dû à ses petits bras musclés ou aux facilités d’un mixage avantageux, j’avoue que je m’en moque un peu : ça bûcheronne à l’arrière, comme ça bûcheronnait du temps de John Bonham.
  4. On pourra faire toutes les analyses techniques possibles et imaginables, la musique est avant tout une affaire de sensations. Le son de Greta Van Fleet me file cent fois plus de frissons que d’innombrables daubes. Ça ne s’explique pas : on y est ou on y est pas. Ici, pas de vocodeur ou de boucles sans âme. Le quatuor a certainement beaucoup écouté Led Zep, mais aussi tout ce qui s’est fait de meilleur en rock et folk entre 1965 et 1975. Beaucoup écouté mais surtout assimilé et digéré, pour pondre un son qui finalement leur est propre, alors qu’on pourrait penser qu’ils n’ont rien inventé.
  5. Le dernier argument, et peut-être le plus imparable, vient directement de Robert Plant (excusez du peu) qui déclarait voici quelques mois : « Il y a un groupe à Detroit qui s’appelle Greta Van Fleet : ils sont les Led Zeppelin I ». C’est pas la classe ça, d’être adoubé par son inspirateur direct ? Et en effet, l’écoute de Anthem of the Peaceful Army revient à parcourir la diversité que la bande à Plant/Page exposait dès son Led Zeppelin I (1969).

On pourrait terminer en se disant que le titre de l’album est une 6e raison de plonger dans cette galette. Anthem of the Peaceful Army se traduirait littéralement par Hymne de l’Armée Pacifique. Perso, je trouve que ça fait pas de mal de faire un petit pied de nez à un monde qui pue les envies de violences et de conflits guerriers en tout genre.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°3: What Sound de Lamb (2001)

Le succès n’a, ma foi, rien de rationnel et ce n’est pas le groupe du jour qui pourra Lambs’indigner de cette assertion hautement philosophique… A la fin des années 90 et début des années 2000, Bristol voit l’émergence d’artistes (Portishead, Massive Attack, Tricky) qui vont marquer par leur son mêlant avec brio sonorités urbaines et mélancolie dévorante. Le trip-hop pour ne pas le citer -cette dénomination est souvent contestée- prédomine et de nombreux groupes s’empressent de suivre cette mode, certains brillamment (Morcheeba, Zero7, Royksopp), d’autres beaucoup moins… Lamb, duo anglais formé du producteur Andy Barlow et de la chanteuse Lou Rhodes, fait partie de ces groupes résolument marqués par le courant trip-hop et pour qui j’ai un attachement assez fort car je trouve qu’ils n’ont pas eu la carrière qu’ils méritaient. Loin de moi l’idée d’analyser les raisons de cet échec relatif, je vous invite plutôt à aller découvrir ou redécouvrir leur troisième opus, What Sound, après deux premiers albums séduisants Lamb en 1996 et Fear of Fours en 1999.

1. Lamb c’est incontestablement les talents d’interprétation de Lou Rhodes. Une voix toujours sur le fil et à l’émotion palpable, mélancolique dans le sublime I Cry ou d’une fragilité digne de la Emilie Simon des débuts dans Heaven.

2. Des ambiances instrumentales d’une douceur infinie qui font la part belle aux violons (What Sound, Gabriel) et aux sonorités aquatiques qui nous invitent à une forme de rêverie éveillée.

3. Des ambiances downtempo souvent contrebalancées par des rythmiques drum and bass qui font toute l’originalité du groupe. Sweetheart et Scratch Bass surprennent par leur âpreté destabilisante et à mon goût un peu excessive et je préfère les morceaux qui fonctionnent sur un contraste d’atmosphères comme le brillant What Sound.

4. Des univers plus sombres qui évoquent les intouchables Massive Attack (le très beau One) ou un goût prononcé pour une instrumentation plus bruitiste à la Amon Tobin.

5. Un éclair de génie imparable avec le brillantissime Gabriel qui me cueille à chaque fois, malgré les multiples écoutes. Orchestration symphonique digne de Craig Armstrong, rythmiques des drums pour donner du corps au morceau, voix sublime… Imparable, je vous le dis…

Sylphe

Five Reasons n°2: Joy as an Act of Resistance de Idles (2018)

Pour fêter ce début de semaine, de nouveau éclairé par ce soleil devenu quasi-Idlesintemporel, j’ai envie d’invoquer le dieu de la pluie et de déchaîner les éléments pour briser cette impression que le temps est figé depuis deux mois. Oui, lecteur, tu commences à douter de ma santé mentale et tu ne comprends pas pourquoi je ne savoure pas de manière oisive ce beau temps ô combien savoureux… Que veux-tu j’ai décidé de parler d’un album punk ce matin alors j’essaye de me mettre dans le ton. Ils sont Anglais, menés par un chanteur charismatique Joe Talbot qui a son lot de tatouages obligatoires pour un punk (on est dans les stéréotypes mais c’est de l’humour hein?) et se sont fait remarquer dès leur premier opus incendiaire au nom évocateur Brutalism en 2017. Idles, pour ne pas les citer (#prétéritionforever), vient donc de sortir un nouvel album fin août intitulé Joy as an Act of Resistance, album qui tourne en boucle chez moi et que je vous propose de découvrir à travers cinq raisons incontestables!

  1. Le punk n’est pas véritablement le style de musique qui me séduit a priori le plus et ma vie n’a pas connu de changement brutal (perte de mon animal de compagnie, emploi du temps détestable, dégradation des repas à ma cantine scolaire et j’en passe) qui pourrait me donner envie de trouver une musique exutoire. Du coup, c’est un indice évident pour prouver la qualité de cet album.
  2. J’aime l’aspect frontal de cette musique qui parle aux tripes. Joe Talbot assène, sans jamais tomber dans la caricature, des textes poignants avec une énergie folle et follement communicative. Je vous invite par exemple à découvrir la perception de la télévision par le groupe dans le titre Television.
  3. La variété des atmosphères instrumentales est globalement intéressante. Alors oui il y a une batterie martiale et sous acide, des riffs de guitare à vous écorcher les ongles mais on peut trouver des morceaux plus apaisés comme Cry To Me ou des bijoux de structure comme le morceau d’ouverture Colossus. Ce dernier, porté par une rythmique lente et implacable, monte inlassablement avec toute la rage contenue dans le chant de Joe Talbot . Le morceau s’interrompt littéralement au bout de 4 minutes et finit en une déflagration sonore totalement décomplexée.
  4. Le pouvoir mélodique de certains refrains est séduisant, donnant une tonalité plus rock. Le sommet de l’album pour moi, Danny Nedelko, est ainsi brillamment porté par un refrain rock jouissif.
  5. Le titre de l’album n’est pas mensonger et Idles véhicule des messages forts qui ne peuvent que plaire. Le racisme est dénoncé (voir le clip de Danny Nedelko qui invite à rapprocher toutes les minorités de l’Angleterre) et Joe Talbot démonte littéralement l’homophobie dans Puritans en brisant le mythe de la virilité. Des messages qu’il est toujours bon de répéter dans cette société en recul sur la tolérance…

Sylphe