Pépite du moment n°69 : Keep it movin (2020) de Wax Tailor & D Smoke

Après The light (2019), Wax Tailor poursuit son teaser au long cours autour d’un prochain album, avec un deuxième single disponible depuis quelques jours. Keep it movin est l’exact opposé de ce que pouvait proposer The light. Nous avions parlé ici (à relire d’un clic) de ce magnifique titre sombre et tendu, reflet sonore d’un monde froid, déshumanisé et apocalyptique à la croisée de Blade Runner, 1984, Black Mirror et Brazil. Bref, un univers qui ne fait pas rêver mais dans lequel, à bien y réfléchir, on vit déjà en partie.

Keep it movin prend le total contrepied de son prédécesseur, avec un son groovy et hybride comme sait si bien le faire Wax Tailor. Ici, ça sonne hip-hop, beats puissants, ligne de basse bien ronde et omniprésente. Tout ceci porté par le flow de D Smoke. Ce dernier, né Daniel Anthony Farris en 1985 à Inglewood, Californie, s’est distingué en 2019 en remportant la première saison de Rythm & Flow sur Netflix. Pas très étonnant, puisqu’on retrouve précisément chez D Smoke rythme et flow qui envoient de la bonne vibration. En résulte un titre qui pétille et ronfle, plein de soleil et de chaleur, et qui tombe à point nommé puisque l’été arrive.

Le parcours musical de Wax Tailor est ponctué de collaborations avec des pointures rap. On pense au collectif A State of Mind (ASM) sur les albums Hope & Sorrow (2007) et In the mood for life (2009), à Mattic sur Dusty rainbow from the dark (2012), ou encore à Ghostface Killah du Wu Tang Clan sur By any beats necessary (2017). A chaque fois, c’est une coloration rap différente, chacun des artistes précités apportant sa touche au panorama sonore de Wax Tailor. Ce Keep it movin et l’association avec D Smoke rappellent l’énergie d’un Say yes (feat. ASM), d’un The sound (feat. Mattic) ou d’un Worlwide (feat. Ghostface Killah), tout en introduisant une nouvelle facette du hip-hop proposé par Wax Tailor.

Titre après titre, album après album, Wax Tailor ne cesse de développer ses horizons musicaux et de nous les proposer. Ce n’est pas ce Keep it movin qui me fera mentir : un bonbon estival bourré d’énergie et de patate qui fait du bien à la tête et au corps. Et qui porte bien son titre : lancez moi ce morceau, montez bien le son et je vous défie de rester de marbre, immobile les mains dans les poches. Une énergie communicative qui fait du bien, et qui donne envie de retrouver très vite le chemin des salles de concerts pour s’inonder la tête du son Wax Tailor.

Raf Against The Machine

 

Five Reasons n°20 : Lucky Peterson

Le 18 mai dernier, nous avons appris, émus, la mort de Michel Piccoli. Ce géant du cinéma français, du cinéma tout court, s’est éteint quelques jours plus tôt, après une carrière jalonnée de grands films mais aussi d’engagements politiques et humains. Les hommages pleuvent depuis, comme pour compenser l’absence de toute distinction officielle des professionnelles de la profession. Ce grand monsieur fera peut-être l’objet d’une séquence souvenirs/émotions posthume lors des prochains César. On n’y sera pas. La dernière fois, on s’est levés et on s’est cassés.

Le même jour, ce même 18 mai, nous avons aussi appris la soudaine disparition de Lucky Peterson. Ce même lundi 18 mai 2020 où nous nous sommes souvenus que 40 ans plus tôt, Ian Curtis mettait fin à ses jours, et par la même occasion à Joy Division. Sale date pour les talents et les grands artistes. Oui, parce que Lucky Peterson faisait partie de ceux-là. Il en fait partie : écrivons ça au présent, et égrenons quelques bonnes raisons d’écouter ce grand musicos qui, l’an dernier encore, parcourait les scènes pour une tournée anniversaire d’un demi-siècle de carrière.

  1. Lucky Peterson est parti trop tôt. 55 ans au compteur, dont 50 de carrière, pour ce sacré personnage né Judge Kenneth Peterson. Oui, vous avez bien lu, tout a commencé à l’âge de 5 ans pour lui, et tout à même commencé dès la naissance. Son daron James Peterson, chanteur et guitariste, tenait un club de blues dans lequel le futur Lucky a croisé des pointures comme Buddy Guy ou Muddy Waters. L’opportunité de tâter du blues dès le berceau, et de commencer l’orgue à l’âge de 5 ans, avant d’être repéré par Willie Dixon himself.
  2. Lucky Peterson était avant tout organiste. Il a fait des merveilles derrière le mythique orgue Hammond, dont il a exploité toutes les légendaires possibilités sonores pour explorer toutes les émotions du blues. C’est en écoutant Lucky Peterson que j’ai découvert cet orgue, c’est en faisant tourner en boucle ses enregistrements que j’ai appris à l’aimer. Et si, de votre côté, l’orgue Hammond vous emmerde, prenez quand même le temps d’écouter Lucky en jouer, en plongeant par exemple dans ses Organ soul sessions sorties en 2009. Le bonhomme semble aller chercher au fond de la bête tout ce qu’elle peut cracher de sensualité groovy.
  3. Lucky Peterson était aussi guitariste. Bien qu’il n’ait approché la six cordes que plusieurs années après le Hammond, il maîtrisait aussi de ce côté-là. Si j’ai (re)découvert l’orgue en l’écoutant, je l’ai lui en revanche découvert à la guitare, à un âge où précisément je me fantasmais guitariste rock, en mode ado le manche à la main. Lucky Peterson rappelle à beaucoup un certain B.B. King par son style et son toucher. C’est pas faux comme dirait l’autre, mais il avait aussi son propre style qui faisait la synthèse de nombreux artistes et courants du blues.
  4. Le blues de Lucky Peterson, c’est quoi ? C’est une musique qui n’oublie jamais d’où elle vient, tout en évitant la tristesse. Evidemment, parfois, il y a soudainement, au détour de quelques accords ou d’un chorus, une sorte d’émotion qui te fait dresser les poils et te colle le frisson ou une poussière dans l’œil. Mais ce que je retiens moi du Lucky blues, c’est précisément ce que je viens d’écrire : un blues heureux, apaisé, accessible et terriblement groovy. Que le tempo soit lent ou plus boosté, bonnes ondes et bien-être déferlent de la tête aux pieds.
  5. Le blues de Lucky Peterson, c’est aussi un savant mix fait de compositions originales et de reprises innombrables. Sur ce dernier point, les Organ Soul Sessions en sont un bon exemple avec des relectures de I walk the line (Johnny Cash), Rehab (Amy Winehouse) ou encore Me and Bobby McGee (Janis Joplin). Oui, vous avez remarqué vous aussi : le hasard m’a fait prendre en exemples 3 autres musicos qui ont, toute leur carrière durant, entretenu un étroit rapport avec le blues. Le blues de Lucky Peterson, c’est donc l’essence même du blues et du jazz : apporter sa pierre à l’édifice avec des compos personnelles, tout en revisitant un répertoire commun et partagé toujours plus grand et inépuisable.

Une fois que tout ça est dit, que reste-t-il à faire ? Continuer à écouter Lucky Peterson qui a su, au long de ces 50 années de carrière et au cours de prestations inoubliables, nous raconter à sa façon les choses de la vie.

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°68 : Nothing Else (1996/2020) de Archive

Voilà un moment que je ne vous ai pas parlé d’Archive, et je sens que ça vous manque ! Bien que ce soit un (le ?) groupe vers lequel je reviens le plus fréquemment, c’est à la faveur de l’actualité que l’on va évoquer la bande de Darius Keeler et Danny Griffiths.

Archive a entamé l’année dernière une longue célébration de son quart de siècle. Oui, déjà 25 ans (et même 26, on est déjà en 2020) que les Londoniens jouent et nous impressionnent de maîtrise, de virées musicales et de création de sons tous plus fous les uns que les autres. En 1996 sort Londinium, un premier album aux sonorités très trip-hop de Bristol et rap, rapidement devenu une référence absolue et un objet musical incroyable. Depuis, ce groupe à l’effectif et à la composition changeante a évolué vers du rock électro-progressif, sans jamais perdre son essence : être un véritable creuset à sonorités et ambiances.

Archive a donc entamé 2019 sur le mode célébration des 25 ans, avec la sortie d’un coffret de 4CD ou 6LP + 2EP, sobrement intitulé 25, dans lequel le groupe a compilé 42 titres de son répertoire. Bonne pioche dans la totalité des albums de la discographie, augmentée de quelques inédits dont le brillant Remains of nothing dont on avait parlé par ici (à relire d’un clic). Année 2019 poursuivie par une tournée, sobrement intitulée 25 Tour. J’ai eu la chance de vivre un de ces concerts dantesques et, n’y allons pas par quatre chemins, la prestation 25 Live est sans doute un des meilleurs (sinon le meilleur) concerts que j’ai pu vivre. Prestation que l’on a pu retrouver en ligne, généreusement offerte par le groupe à son public (on en avait fait un papier aussi à relire).

Arrive 2020, les 25 ans sont passés, et on se dit qu’il faudra maintenant attendre les 50 balais de la formation, ou tout du moins les 30 pour une nouvelle fiesta. Et puis non ! A la surprise générale, Archive annonce il y a quelques jours la sortie d’un nouveau disque le 28 août prochain : Versions sera le point de clôture des célébrations 25, et regroupera des réinterprétations des propres titres du groupe. Là, deux écoles s’affrontent. Soit on se dit « C‘est facile, les mecs s’emmerdent pas quand même, en rejouant leurs propres morceaux ». Soit on passe en mode surexcité et impatient hyper, en se disant « Qui de mieux placé pour revisiter un répertoire ? Le créateur de ce même répertoire ». Je vous renvoie pour ça au récent Portrait de Yann Tiersen, il y a vraiment des choses démentes dans ses réinterprétations.

Mais revenons à ce Versions en approche, que l’on va attendre encore quelques semaines. Archive sait prendre soin de son public, tout en faisant monter la tension. Un premier titre est donc disponible à l’écoute, et c’est le grand écart temporel : Nothing Else, tout droit sorti du premier album Londinium précédemment évoqué. Qu’est-ce qui change d’une version à l’autre, à 26 années d’écart ? Beaucoup de choses, et presque rien.

Beaucoup de choses, parce que la voix n’est plus la même : Holly Martin, présente au chant depuis 2012 au sein du groupe, reprend le texte magnifié à l’époque par Roya Arab, la chanteuse qui incendiait Londinium. A l’éternelle question « Alors laquelle chante le mieux ? », je répondrai aucune : l’une et l’autre portent le texte vers une dimension qui n’existe pas. L’une ou l’autre, peu importe. Les deux voix me filent des frissons de dingue. Autre changement non négligeable : si la version de 1996 est portée par les synthés et les rythmes trip-hop, celle de 2020 est plus construite sur les guitares, et sans aucune section rythmique. Relecture de taille donc, mais les deux versions font le taf, et pas qu’un peu. Celle de 1996 pose une mélancolie et une tension propres au trip-hop. Celle de 2020 apporte une balade sur le fil du rasoir, une virée qui peut basculer à chaque instant ponctuée de quelques touches inquiétantes dans une ambiance apparemment plus apaisée.

Presque rien, parce que de 1996 à 2020, c’est du Archive et rien d’autre. Aucun doute là-dessus, le groupe est resté le même en se réinventant en permanence. A l’image de The empty bottle version studio/version 25 Live qui donnait à voir deux facettes complémentaires d’un même titre, ce double Nothing Else 1996/2020 montre que le groupe est loin d’avoir révélé tout son potentiel. Il ne revisite pas son morceau, mais en livre une vision augmentée. Archive a encore bien des choses à nous raconter, et ça tombe bien, on est prêts.

Encore un peu de patience, disons deux mois et demi pour pouvoir mettre la main sur Versions. La galette est déjà en précommande pou les plus accros, qui plus est dans différentes versions (#vousl’avez?) : un vinyle blanc en édition limitée à la Fnac, mais aussi une version vinyle augmentée d’un EP 2 titres exclusif sur le site officiel du groupe. Inutile de dire que, pour clore les festivités 25, on a le droit de s’offrir les deux éditions. A moins que, dans un ultime tour de passe-passe, Archive nous gratifie d’une édition vinyle de l’ensemble de sa discographie. Vous savez quoi ? Là aussi, je suis prêt. Turbo chaud même. Hyper.

C’est parti pour la double version de Nothing Else : 2020 (et son mortel clip) puis 1996

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°56 : Sache (2006) de David Delabrosse

A la suite du copain Rage et de son Hygiaphone d’il y a quelques jours, retour dans mon rétroviseur musical pour déterrer une pépite que je n’ai en fait jamais réellement enterré. Normal, c’est une pépite. Et les pépites, ça se conserve précieusement sous la main pour y revenir dès que l’envie s’en fait sentir.

C’est bien de ça dont il s’agit avec Sache, titre de clôture du premier album de David Delabrosse sobrement intitulé 13m2 (2006). David Delabrosse est musicien. Il écrit des chansons souvent jolies et qui racontent encore plus souvent des choses. J’ai découvert son travail au milieu des années 2000, lorsqu’il assurait la première partie des concerts de Yann Tiersen sur la tournée Les retrouvailles. Avant de plonger dans la magie Tiersen, David Delabrosse m’a baladé dans son univers doux-amer, entre tendresse et ironie, fragilité et humour, réalité et imaginaire. Il n’en fallait pas moins pour que j’investisse ce 13m2, réalisé (et ce n’est pas un hasard) par Yann Tiersen lui-même. Depuis, David Delabrosse a publié un 2e album Le son de l’hallali (2011), avant de s’offrir une longue parenthèse d’albums pour enfants mais pas que : Ego le Cachalot (2013) puis Ego le Cachalot et les Bulots (2016). Puis de revenir cette année avec Le modèle réduit de nos pensées (album déjà dispo en numérique et le 5 juin dans les bacs).

C’est pourtant dans ce 13m2 que je suis toujours resté un peu bloqué. Il contient de bien belles choses, comme ce duo L’étoile du Nord avec Françoiz Breut, ou bien Venus, ou encore Le gyrophare, un titre chargé d’émotions et d’absence. Et c’est précisément ce Gyrophare qui introduit, en toute fin d’album, Sache. Un exemple supplémentaire (s’il en faut) pour préférer l’album à la compilation : un artiste ne place jamais ses chansons dans un ordre aléatoire. Tout est lié et tout a un sens, d’un titre à l’autre. C’est un voyage que l’on fait tout au long d’une galette. Le 13m2 de David Delabrosse n’échappe pas à la règle, et nous amène au titre final.

Sache dure 2 minutes 26. C’est court, trop diront certains. C’est pourtant la durée parfaite pour une chanson qui démarre comme un procès d’intention et de reproches, pour se révéler rapidement être tout autre chose. Sache est un message adressé à l’autre qui n’est plus là. Un message qui dit le manque, le regard sur nous deux, les bons moments et ceux qui ne seront pas, et qui a l’élégance de ne pas aller sur le terrain du retour demandé/espéré/supplié. Une adresse qui emmène vers une des plus belles phrases que je connaisse : « Sache que même quand le ciel s’abat / Il y a encore de l’air au-dessus ».

Sache est plus que joliment écrit, et encore plus brillamment mis en musique. La Tiersen touch est évidente, en ce qu’on y retrouve tout ce qui a fait le grain de son album Les Retrouvailles, publié en 2005 soit quelques mois avant 13m2. Sans doute un de mes Tiersen préférés. Ceci explique possiblement cela. Et enfin, s’il fallait encore vous convaincre d’écouter Sache, la chanson se termine sur une ultime touche d’intelligence. L’autre, celle dont l’absence démange chaque jour, n’est pas si loin puisque sa voix revient en écho, puis en chœur, pour répéter en boucle la maxime finale. Une étrange et jouissive sensation, le retour que l’on n’attend pas et qui n’est peut-être qu’imaginaire. Ou pas. Dans un certain sens, des retrouvailles. CQFD.

Raf Against The Machine

Five reasons n°19 : Quarantine Phone Sessions (2020) de Pomme

Comment ça va par chez vous ? Pas trop mal au confinement ? Parce que je vais vous en remettre une petite couche cette semaine, mais néanmoins avec de la bienveillance et du bon son. Vous allez voir, ça va bien se passer. Très bien même.

Passé le Carpenter Brut de la semaine dernière, j’ai failli retourner dans mes références musicales de base, lorsque m’est tombé dessus un nouveau EP de Pomme. Nous avons déjà parlé ici de cette jeune chanteuse, en mettant au rang de pépite son Grandiose, extrait de son deuxième album Les failles cachées. Si vous êtes passés à côté, il faut vous rattraper sans tarder en suivant ce lien. Et comme ça va vous plaire beaucoup beaucoup, vous allez enchaîner sur le nouveau mini-album de Pomme Quarantine Phone Sessions. Et s’il vous faut une bonne raison, en voilà cinq.

  1. Les chansons de Pomme sont vraiment très jolies et font du bien. Cet EP ne déroge pas à la règle. Composé de 5 titres, vous allez voyager pendant 8 minutes dans un univers de sérénité mélancolique, accompagné par une voix toujours aussi incroyable. Je vous vois d’ici : 8 minutes pour 5 titres ? Oui, ce sont en fait 5 petites chansons de 1 minutes 30, comme 5 touches de folk dépaysantes, entre douceur et mélancolie.
  2. Oui, parce que ces 5 titres relèvent de la folk épurée, dans le plus simple appareil guitare folk-voix. Forcément, si des artistes comme Joan Baez, Bob Dylan (en version folk) ou Angus & Julia Stone vous gonflent, pas la peine de vous arrêter : je vous suggère plutôt d’attendre le prochain passage du copain Sylphe sous peu (#l’artduteasing). Pomme caresse ses cordes et pose dessus sa voix qui nous caresse, avec des mots en anglais dont on se moque un peu. Ce qui compte c’est l’effet que ça nous fait.
  3. Des paroles dont on se moque… pas tout à fait quand même, puisque le 3e titre No kids est tendre dans sa musique, cruel dans ses mots : « I don’t want no kids anymore / When I see the harm that we’ve done / I don’t want them to live in this crazy world ». Besoin de traduction ? L’idée, c’est finalement de ne pas/plus vouloir d’enfants quand on voit le monde tout salopé par l’Homme dans lequel on les ferait venir et grandir. Oui, ça me cause total, et en plus ça fait d’une certaine façon écho au titre Grandiose évoqué plus haut. D’ailleurs, y aurait comme un air de famille dans la mélodie, non ?
  4. En parlant de monde tout salopé, ça nous ramène un peu tout de même au confinement, et il y a un rapport très direct : ce EP est éphémère, tout comme le confinement (enfin, on va se dire ça). Pomme a enregistré ses chansons confinée chez elle, direct sur son téléphone. D’où le titre du EP Quarantine Phone Sessions. Un EP qui disparaîtra sitôt le confinement levé. Aux dernières nouvelles, il vous resterait donc une dizaine de jours pour profiter de ces petites perles musicales. Je serais vous, je ne trainerais pas.
  5. Sauf si vous décidez de l’acheter ! Puisque oui, Quarantine Phone Sessions est disponible à l’achat sur toutes les bonnes plateformes pour à peine 3 balles. J’entends déjà du « 3 euros pour 5 titres et 8 minutes de musique, ça abuse ». Pourtant, ça choque personne de claquer 20 balles dans des albums de merde qui durent bien trop longtemps et dont on ne se souviendra plus dans quelques mois (non, je ne citerai aucun artiste, sur Five-Minutes on ne dégomme personne…^^) Alors que là, c’est 3 balles pour de la jolie musique. Et puis après tout merde : il serait temps de se souvenir que la culture et l’art ça a un prix, vous pouvez quand même bien soutenir les artistes non ?

Cinq bonnes raisons, c’est déjà six de trop. J’aurais pu gagner du temps en vous disant que ce sont cinq chansons de Pomme, et que ça ne se discute pas. Ça s’achète et ça s’écoute, point. La musique de Pomme, ça fait du bien au confinement. Ça fait du bien tout court, et en même temps ça fait réfléchir et ça remue l’humanité sensible qui est en nous. Vous êtes encore là ? Mais vous attendez quoi pour filer acheter cet EP ? Foncez !

Raf Against The Machine

Ciné-Musique n°7 : Blood Machines (2020) de Seth Ickerman + Carpenter Brut

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Visuel  Blood Machines from Bloodmachines.com

Petite interruption de la balade dans le carton à souvenirs, puisqu’on me signale dans l’oreillette que le nouveau Carpenter Brut est sorti, sous la forme de la bande originale de Blood Machines. Qui ? Quoi ? Quand ? Comment et pourquoi ? On rembobine la VHS et on reprend les bases pour mieux comprendre où on en est.

Derrière Carpenter Brut, il y a Franck Hueso. Le garçon débute sa discographie en 2012 avec un premier album de 6 titres sobrement intitulé EP I. Suivront assez logiquement les EP II (2013) et EP III (2015), aujourd’hui regroupés dans le gros album Trilogy. Représentant de la synthwave (genre musical et artistique né dans les années 2010 et très inspiré par les films et la musique des années 1980), Carpenter Brut a même creusé son sillon dans le sous-genre musical darksynth, basé sur le métal, les sonorités sombres et les musiques de films d’horreur. En est logiquement sorti en 2018 l’album Leather Teeth (littéralement les dents en cuir, tout un programme), vraie fausse BO d’un film imaginaire qui aurait tout à fait trouvé sa place dans les vidéo-clubs des 80’s au rayon Horreur.

Transition toute trouvée pour évoluer vers la galette qui nous intéresse aujourd’hui. Plus exactement la galette virtuelle, puisqu’à ce jour Blood Machines OST n’est disponible qu’en version numérique. Le vinyle est annoncé, mais sans date pour le moment. Le nouveau disque de Carpenter Brut est, cette fois, la vraie BO d’un vrai film, lui aussi intitulé Blood Machines. Aux commandes de ce court métrage de 50 minutes, on trouve Seth Ickerman (aka Raphaël Hernandez et Savitri Joly-Gonfard). Si le nom vous dit quelque chose, c’est normal : le titre Turbo Killer (2015) de Carpenter Brut était déjà mis en images par le duo. Ça raconte quoi ? Une sorte de fils illégitime de Mad Max et de K2000 en mode furieux, qui vole au secours d’une beauté brune en transe prisonnière de mystérieux et malfaisants personnages, dans une ambiance sonore plutôt gros son. Comme on est sympas sur Five Minutes, on vous met le clip à déguster sans tarder (avant de reprendre la lecture juste en dessous).

Important d’avoir en tête ce Turbo Killer, puisque Blood Machines en est la suite. On y retrouvera Mima, cette jeune femme délivrée de sa prison pyramidale, dans une histoire dont le pitch envoie plutôt du lourd : « Deux chasseurs traquent une machine qui tente de s’émanciper. Après l’avoir abattue, ils assistent à un phénomène mystique : le spectre d’une jeune femme s’arrache de la carcasse du vaisseau comme si elle avait une âme. Cherchant à comprendre la nature de ce spectre, ils entament une course-poursuite avec elle à travers l’espace. » (site officiel Bloodmachines.com). Le spectre de la jeune femme, c’est justement Mima, dont on a fait, assez fortement ému, la connaissance dans Turbo Killer. Vous suivez ?

Blood Machines fait dans la science-fiction, entre cyberpunk et space opera. Entre Blade Runner et Star Wars version dark, avec une touche du John Landis du clip de Thriller en 1983. Là encore, logique pour un duo qui a pondu un premier film Kaydara (2011) se déroulant dans l’univers du Matrix des Wachowski (si ça vous tente, Kaydara est visible via ce lien). Blood Machines est visuellement ambitieux et très alléchant (voir la bande-annonce ci-dessous), mais pour le moment impossible à voir légalement en France : aucun distributeur ne s’est manifesté pour diffuser ce qui semble être une petite pépite, bien que le site officiel nous promette des nouvelles pour bientôt. En revanche, ce sera dispo pour les backers du Kickstarter le 20 mai prochain, et ça débarque dès le lendemain 21 mai sur Shudder, la plate-forme de streaming d’AMC Networks. Prenons donc notre mal en patience. Et pour patienter, quoi de meilleur que de s’écouter la BO de Blood Machines ? (#l’artderetombersursespiedsenfind’article)

Disponible donc à l’achat (5 malheureux euros sur Bandcamp, c’est donné !) et en streaming depuis quelques jours, le versant sonore et musical de Blood Machines regroupe 13 titres, pour une durée totale de 36 minutes. Oui, 36 minutes pour un film qui en fait 50, ça veut dire que la place laissée à l’ambiance sonore est très grande. Quelle ambiance me direz-vous ? A l’image des influences visuelles de Seth Ickerman, Carpenter Brut conduit sa BO sous deux influences majeures. On alterne entre du Giorgio Moroder un peu vénère (comme dans le Blood Machines Theme) et du Vangelis de Blade Runner ou du Benjamin Wallfisch/Hans Zimmer de Blade Runner 2049 (sur une bonne partie du reste de l’album). Deux ambiances qui se répondent d’un morceau à l’autre, quand elles ne se croisent pas au sein d’un même titre. Ce qui, entre nous soit dit, colle totalement à ce que l’on connait de ce Blood Machines. D’un côté, du synthé ronflant et boosté par une batterie qui tabasse, histoire de bouger son corps. De l’autre, du synthé balancé par nappes aériennes, fantomatiques et parfois inquiétantes, comme pour nous plonger dans un monde que l’on frisonne de connaitre tout en n’ayant aucune envie d’y vivre.

Blood Machines OST c’est tout ça à la fois, et bien plus encore : le son Carpenter Brut est évidemment présent et immédiatement identifiable, au-delà de toute influence déjà évoquée. C’est excellent, comme toujours. Le seul problème de cet album ? Nous donner furieusement envie de voir (enfin) ce Blood Machines, mais aussi d’occuper nos journées de confinement en se refaisant une bonne partie de nos références musicales et cinématographiques SF/Cyberpunk. Comme effets secondaires, on a connu bien pire. En un mot comme en cent : foncez !

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°54 : Maybe you are (2008) d’Asaf Avidan & The Mojos

Poursuite cette semaine de la virée dans les fondamentaux avec un œil dans le rétroviseur. Mon gars sûr Sylphe nous a aussi fait le coup hier avec un Arcade Fire bienvenu, non sans avoir fait un crochet par le dernier Les Gordon, une chouette galette qui fait du bien. De mon côté donc, je continue les retrouvailles avec des morceaux qui ont compté et comptent toujours. Parce que ce sont souvent des titres très bien faits et interprétés, ou tout du moins parce qu’ils me touchent énormément en me ramenant à des moments de vie.

C’est bien entendu le cas avec ce Maybe you are d’Asaf Avidan & The Mojos. Ce déchirant morceau ouvre The Reckoning, premier album du garçon, ou plus exactement de son groupe de l’époque. Nous sommes en 2008 : Asaf Avidan est à l’époque lui-même, augmenté de The Mojos. Le groupe de folk-rock-blues s’est formé fin 2006 et a écumé en long, en large et en travers Israël (dont Asaf est natif, tout comme ses copains de route), mais aussi donné quelques concerts aux Etats-Unis. Enregistré courant 2007, l’album sort dans les bacs en mars 2008. Un an plus tard, la galette est disque d’or, puis disque de platine en 2010. Pas très étonnant pour un album excellent, tant dans sa construction musicale que dans sa diversité. Les 15 titres jouent sur les genres de façon distincte : le blues dans Her lies ou A Phœnix is born, le rock plus énergique avec Hangwoman ou Growing tall, ou le folk le plus intimiste à travers The Reckoning (dont on oubliera l’affreux Wankelmut Remix dance de 2012, pourtant multi-diffusé) ou encore notre Maybe you are.

Pour ouvrir un album de folk-rock-blues avec un titre si minimaliste (guitare folk/voix) et si puissant, il faut soit être totalement inconscient, soit accoucher d’une merveille. Dans le premier cas, pour peu que le morceau présente la moindre faille, c’est des coups à stopper net l’écoute et à regretter amèrement son achat. Heureusement, Asaf Avidan est dans la seconde catégorie. Lorsque j’ai découvert ce titre, je suis resté littéralement tétanisé de bonheur et d’émotions. Une grosse touche de Bob Dylan, une mélodie qui n’a rien à envier à sa référence, et la voix d’Asaf Avidan, stratosphérique et pénétrante comme bien peu. D’entrée de jeu, cette chanson m’a bouleversé par sa puissance, sa fragilité, et son inscription directe dans le marbre de mon cerveau musical et émotionnel.

A l’image d’un Cornerstone de Benjamin Clementine, d’un Apex de Thomas Méreur ou d’un Long way down de Tom Odell, Maybe you are fait indéniablement partie de ma liste de chansons parfaites, qui me retournent à chaque écoute. Il n’y a rien à redire sur aucun aspect du titre, tout est maîtrisé de bout en bout. Il n’y a qu’à se laisser porter, et écouter ce que corps et tête nous disent de ce qu’ils reçoivent. Au-delà du texte et de ce qu’il peut raconter (et dans cette chanson, autant dire que c’est pas la grosse joie). Ça n’est, à ce stade, plus qu’une question de sensations et d’images. Au-delà de la perfection musicale et émotionnelle, tout comme ces autres morceaux, Maybe you are fait également partie de mon jardin secret. Un jardin où je me sens bien et apaisé. Un refuge où je peux me blottir. Si tu me lis, tu te souviendras. Tu en sais quelque chose.

Raf Against The Machine

 

Pépite intemporelle n°51 : La chanson de Satie (2005) d’Arthur H

Retour aux fondamentaux cette semaine, et possiblement les suivantes. D’une, la période est peu propice aux sorties. On a bien notre Sylphe qui a creusé du côté des nouveaux opus de Cocorosie et Chapelier Fou pour en sortir de bien belles choses, mais de mon côté j’avoue rester sec sur les nouveautés. De deux, ces semaines d’isolement m’amènent à l’introspection et au retour sur moi-même. Assez logiquement, j’accompagne ça de retrouvailles avec des albums et morceaux qui ont compté, comptent toujours et me ramènent parfois à de beaux moments du monde d’avant.

Je n’ai pas été gâté ces derniers jours : une recrudescence de pieds de fraises a monopolisé toute mon énergie et j’ai eu bien du mal à me relever de cette cueillette longue et éprouvante pour fouiller dans mes disques. Oui, dans mes disques, et pas dans mes fichiers ou playlists. En plus de frôler la misanthropie, je continue à accumuler des disques, tout comme j’empile les DVD/Blu-ray, me permettant ainsi de m’adonner à mes vices même en cas de coupure de l’internet.

Il y a quelques minutes, j’ai ressorti une galette d’Arthur H, son très beau Adieu tristesse de 2005, fourré à la pépite (comme à peu près tous ses LP d’ailleurs). Ce très beau disque succède à Négresse blanche (2003), déjà une bien belle réussite. Dans Adieu Tristesse, il y a le titre éponyme, qui ouvre l’album. Il y a aussi Le chercheur d’or, Ma dernière nuit à New-York City, ou encore Le baiser de la lune. On y trouve également 3 duos, un exercice dont le garçon raffole : un western burlesque et surréaliste avec M dans Est-ce que tu aimes ?, d’émouvantes retrouvailles père-fils avec Jacques H dans Le destin du voyageur, et notre Chanson de Satie du jour avec la toujours troublante Feist.

A la manière d’un Gainsbourg qui avait utilisé du Chopin pour construire son Lemon incest, Arthur H sample ici la Gnossienne no.1 d’Erik Satie, et y dépose un texte d’une sensualité sèche pétrie de propos sans ambiguïté. Les arrangements musicaux qui relisent Satie donnent une coloration orientale à des volutes sonores venant envelopper ces deux voix qu’on s’imagine intensément liées. Ça tombe bien, c’est de ça dont parle la chanson.

En presque ouverture de ce Adieu Tristesse dont le titre est tout un programme, surtout ces temps-ci, La chanson de Satie m’a littéralement soulagé de quelques heures pénibles. Je me suis aussi souvenu qu’il s’agit là, selon moi, d’une des plus belles déclarations. D’amour ? Pas que. Ou pas exactement. Plutôt d’un sentiment d’avoir dans l’autre sa correspondance parfaite, et de trouver avec l’autre un équilibre simple, naturel, évident et entier. C’était il y a un an. Où que tu sois, si tu me lis, tu te reconnaîtras et tu comprendras.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°50 : Baudelaire (2017) de Angus & Julia Stone

Journée intense, chargée, un peu usante aussi : pas toujours facile de ramasser des fraises en télétravail (#spécialedédicace). Et donc assez peu de temps pour cogiter à la proposition bloguesque du jour, à ce que j’allais pouvoir vous en dire.

Savoir prendre le problème à l’envers pour éviter de se retourner la tête : après un jeudi aussi accaparant, qu’est-ce que j’aurais envie d’écouter ? Quel morceau me ferait du bien et me ressourcerait ? Un certain nombre en fait, dont j’ai déjà parlé ici, dont je parlerai, puisque la période va nous demander de déployer des trésors de bien-être que seule la musique sait m’apporter.

Sans même y penser, ce sont Angus & Julia Stone qui sont sortis du chapeau. Angus & Julia Stone, ou le frangin et la frangine australiens, nés du côté de Sidney,  qui décident un jour de bosser ensemble pour former un duo folk (et parfois folk-rock). Quatre albums au compteur, dont l’excellent Down The Way (2010) qui contenait le tube Big Jet Plane ou encore And the Boys, déjà chroniqué rapidement ici-bas ici-même. Je ne peux que vous recommander ce LP, mais aussi les 3 autres galettes, dont la dernière en date, Snow (2017).

Une sorte d’album magique qui enchaîne les bijoux en tout genre. Et qui se (presque) conclut avec notre pépite du jour, sobrement intitulé Baudelaire. Rien à voir avec le poète, si ce n’est que cette chanson est un concentré de poésie à elle seule. Ça parle d’une sorte de recherche de l’apaisement, d’une quête d’un moment avec un(e) autre, d’une envie de partager un moment autour d’une bouteille. Une forme de bien-être en quelque sorte.

La musique n’est pas en reste : un écrin de douceur, des arrangements fins et délicats, pour porter la voix des deux Stone. Difficile d’expliquer comment ce morceau m’enveloppe, me protège, me transporte et me fait basculer en quelques minutes dans un ailleurs où je ne peux plus avoir ni mal, ni peur, ni fatigue. Pour tout ça, et parce que je kiffe Angus & Julia Stone bien au-delà du raisonnable, j’ai instinctivement choisi ce titre aujourd’hui. En espérant qu’il vous fera autant de bien qu’à moi.

Raf Against The Machine

Ciné-Musique n°6 : Assume the position (2013/2017) de Lafayette Gilchrist (in The Deuce)

Au 3e jour de confinement, inutile de préciser que, comme toujours, la musique m’est d’un grand secours. Pas pour supporter l’enfermement, mais plus largement pour continuer à respirer, comme c’est le cas depuis maintenant des poignées d’années. C’est pourtant par un biais un peu détourné que je suis retombé sur notre bon son du jour, puisque cette étrange période aura au moins le mérite de me permettre de replonger dans des séries TV laissées de côté.

Après avoir binge-watché l’excellente 5e saison de Peaky Blinders, je viens d’attaquer la saison 3 de The Deuce. Petit tour d’horizon : en 3 saisons, l’essor et la légalisation de l’univers et l’industrie du cinéma porno à New-York et ses liens avec le monde de la prostitution, depuis le début des années 1970 jusqu’au milieu des années 1980. Tout ceci sur fond de trafic de drogues, explosion de l’immobilier, épidémie de SIDA et vie nocturne sur The Deuce, surnom de la 42e rue de Manhattan, entre Broadway et la 8e avenue. Vendu comme ça, on comprendra que ça n’est pas pour tout le monde. La série est déconseillée au moins de 16 ans, montre crument de la drogue, du sexe et parfois des moments particulièrement glauques.

Mais (car il y a un mais), The Deuce est également passionnante, dans sa formidable reconstitution de l’époque et dans l’attachement que l’on va rapidement avoir pour l’ensemble des personnages : aucun manichéisme, tous ont de bonnes raisons de faire ce qu’ils font, tout comme ils auraient de bonnes raisons de ne pas le faire. La galerie d’acteurs est démentielle, à commencer par Maggie Gyllenhaal et James Franco. Les qualités de la série n’ont rien d’étonnant, lorsqu’on sait que David Simon est aux commandes de The Deuce. David Simon, c’est The Wire (Sur écoute en français), Treme, Show me a hero ou encore très récemment la mini-série America’s Plot, adaptation du roman de Philippe Roth. Le premier épisode, disponible depuis quelques jours, est excellent et laisse augurer, une fois encore, un brillant moment de télévision.

Une autre des qualités de The Deuce, et pas des moindres, c’est sa bande-son. Assez imparable au long des 3 saisons, du fait de l’ambiance de l’histoire et de l’époque traversée qui permet d’entendre plein de très bonnes choses (dont beaucoup que je ne connaissais pas). C’est très varié, depuis le funk et le glam-rock des années 70 au disco du tournant 70’s-80’s, en passant par le rock synthétique et les boîtes à rythmes du milieu des 80’s. Au total, autour de 200 titres différents répertoriés au long de 25 épisodes.

Il y a toutefois un titre inamovible et inaltérable qui résonne en fin de chaque épisode, totalement anachronique par rapport à la série puisque datant de 2013 : Assume the position, composé et interprété par Lafayette Gilchrist. Qui donc ? Lafayette Gilchrist, pianiste et compositeur de jazz né en 1967 aux Etats-Unis. Le garçon est alternativement à la tête d’un octet/nonet appelé les New Volcanoes, et du trio Inside Out. Artiste pluri-formations pour une musique pluri-influences, qui déclarait en 2005 au Baltimore Sun : « I come from hip-hop culture, […] I’m not a rapper. I’m not a DJ. I’m not a dancer. But I feed off of all that. » Assume the position apparaît une première fois sur l’album piano solo The view from here (2013) et révèle effectivement un univers riche et varié.

A la fin de chaque épisode de The Deuce, c’est pourtant une relecture de 2017 de Assume the position que l’on entend. Relecture par les New Volcanoes, disponible sur l’album Compendium (2017). Une interprétation radicalement différente de celle de 2013, qui fait la part belle à la rythmique, aux cuivres et aux chorus. On ne va pas se mentir, ça sent très très fort l’ambiance New Orleans qui était déjà présente dans Treme, autre grande série de David Simon où le bon son débordait à chaque coin d’épisode. Assume the position respire le club de jazz bon enfant, le festoche tranquille où on retournera bientôt entre potes écouter du bon son et boire des pintes, en toute décontraction et sérénité.

En attendant, bon kif sur ce Assume the position et d’autres titres de Lafayette Gilchrist. Je vous laisse, y a The Deuce qui m’attend.

Raf Against The Machine