Pépite intemporelle n°98 : Le grand amour (2017) de Albin de la Simone

130_g_515Effet rebond de notre voyage dans le Baiser de Miossec la semaine dernière, ou bien encore mood/divagation du moment ? A moins que ce ne soit un coup d’œil dans le rétroviseur musical et personnel : il est temps de réécouter Albin de la Simone, et plus précisément son album L’un de nous (2017), et encore plus précisément son titre d’ouverture Le grand amour. On tient là ce qui est peut-être mon opus préféré de ce digne représentant de la pop française élégante et raffinée. Dans L’un de nous, il y a Ma barbe pousse, Embrasse ma femme, Pourquoi on pleure, des titres finement écrits et interprétés, chargés de poésie. On y trouve aussi Une femme, chanson par laquelle je découvris l’album un jour de 2018 au gré d’une promenade pleine de rires, de regards et désormais de souvenirs.

Comme un programme, une profession de foi, un condensé des titres qui suivent, Le grand amour nous fait entrer dans L’un de nous. Une douce intro au piano dans laquelle on perçoit, si l’on tend bien l’oreille, le léger frottement des marteaux et mécanismes sur les cordes. Puis le texte qui s’installe comme un court-métrage, assez vite soutenu par des arrangements subtils et jamais envahissants. Le texte, particulièrement mis en avant, dresse par petites touches un tableau délicat et passionné : la vie, des moments partagés à deux dans une sorte de passion qui ne dit jamais son nom. « On ne parlait pas d’amour / L’amour, c’est quoi ? / On en parlait jamais d’amour / Le grand amour / Ça n’existait pas » : cinq lignes d’un refrain résumant la complicité amoureuse qui plane entre l’homme et la femme. Hautement visuelle, cette chanson dépeint l’évidence d’un amour qui se passe de grands discours, de commentaires enflammés et de recherche effrénée de toute preuve.

La chute, puisque chute il y a dans le morceau comme dans l’histoire, n’en sera que plus douloureuse et incompréhensible. A ne pas savoir se rendre compte, à refuser de s’avouer qu’on a possiblement trouvé la perle rare (ou du moins une perle rare), à prendre peur à l’idée d’un peu de bonheur trouvé dans ce monde, on peut laisser tourner le vent et s’effondrer les moments les plus prometteurs. Et laisser s’échapper la possibilité d’une vie moins ordinaire et plus vivante. On peut être partisan de l’idée qu’il ne faut rien regretter, que tout cela nous forge, y compris nos erreurs. Il n’empêche que, dans les faits, c’est un peu plus compliqué. En se laissant aller à jeter un œil dans le rétroviseur (oui, celui du début de l’article), on a bien le droit à quelques pincées de regrets, et à imaginer ce que l’histoire serait devenue si on n’avait pas laissé partir l’autre. Trois morceaux plus loin, Une femme enfonce un peu plus le clou et nous l’écouterons également. Deux pépites pour le prix d’une, histoire de profiter d’Albin de la Simone comme il se doit, et de refaire pour quelques minutes la promenade de 2018 (oui, celle du début de l’article aussi), cheveux au vent et soleil dans les yeux.

Raf Against The Machine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s