Pépite intemporelle n°96 : Mon bistrot préféré (2002) de Renaud

81MkWqGb9sL._SX466_Deux salles deux ambiances. Après le feu AC/DC, on change radicalement de direction musicale avec une petite pépite française, logée au fin fond de Boucan d’enfer (2002), treizième album studio de Renaud. A l’époque, c’est le grand retour du chanteur après quelques errances alcoolisées, et surtout douze albums magnifiques dont A la Belle de Mai (1995). Ce dernier exprime plus explicitement ce qui se profilait déjà depuis Putain de camion (1987) : le temps qui passe, les amis qui sont là et ceux qui s’en vont, la nostalgie d’une certaine tranche de la vie, plutôt que d’une époque précise. A la Belle de Mai contient lui-même des perles absolues de poésie mélancolique, telles que C’est quand qu’on va où ?, Le sirop de la rue, ou encore Son bleu. Suivront plusieurs années silencieuses de Renaud, envahi par plusieurs démons, dont le « démon anisé » comme il l’a lui-même confessé. Une période marquée par, notamment, une transperçante interprétation de Mistral Gagnant aux Victoires de la Musiques 2001, à l’occasion de la remise d’une Victoire d’honneur.

En 2002 arrive dans les bacs Boucan d’enfer, l’album du retour, l’album de Docteur Renaud / Mister Renard. Alors qu’on ne croyait plus vraiment à un nouveau disque du bonhomme, c’est le plaisir autant que la surprise de retrouver quatorze nouvelles chansons. Bien que toutes ne soient pas exceptionnelles, beaucoup de très jolies choses dans cette galette. A commencer par Mon bistrot préféré, qui clôt l’affaire (d’où l’inconvenance du terme « A commencer », mais que voulez-vous, on écrit comme on peut et comme ça vient). Pour tout dire, je me suis réveillé hier avec cette chanson en tête. Comme un lendemain de gueule de bois, qui n’est rien en comparaison du réveil qui nous attend lundi prochain. Oui, je reviens à l’instant du futur et, croyez moi, il est moche. Ou cauchemardesque. Je digresse (quoique).

Mon bistrot préféré, c’est le refuge quand rien ne va, quand on a besoin de réconfort et d’être bien entouré par des têtes pensantes, des esprits brillants et des personnages qui nous font du bien. Alors que la médiocrité du débat public semble régner, un Desproges, un Brassens, un Coluche, un Prévert ou un Franquin nous manquent terriblement. Pour moi qui ai coutume de me plonger dans mes mondes cinématographiques, musicaux, livresques ou vidéoludiques, afin de supporter ce monde, cette bien jolie chanson de Renaud est l’illustration parfaite de l’évasion mentale dont on a parfois besoin. On se crée l’univers dont on a besoin pour surmonter les jours de moins bien, les coups de mou, « Les jours de vague à l’âme / Ou les soirs de déprime ».

Manque-t-il des noms ? Forcément, selon les goûts. Chacun prendra dans le bistrot de Renaud ceux qu’il souhaite mettre dans son bistrot préféré personnel. Chacun y ajoutera les noms des absents. Certains ne figurent pas au panthéon renaldien, d’autres sont encore de ce monde. Serais-je tenté d’y ajouter un Higelin ou un Bashung ? Assurément. Est-ce que j’y croise parfois un Miossec, un Thiéfaine, un Arthur H, histoire de mélanger monde des vivants et des disparus, pour de passionnantes rencontres imaginaires ? Evidemment. Et, assis dans un coin, Renaud échangeant avec « Des poètes le prince / Tirant sur sa bouffarde / L’ami Georges Brassens ».

Commandez ce qui vous plait, avec qui vous voulez à votre table, « Et surtout des copains / Qui font la vie plus belle / Le désespoir plus loin » : c’est la tournée Five-Minutes pour quelques minutes d’évasion, et plus si affinités.

Raf Against The Machine

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