Review n°97 : Leather Terror (2022) de Carpenter Brut

Carpenter-BrutAlbum-1Voici quelques jours, ma moitié bloguesque Sylphe vous a parlé du nouvel album de Kavinsky (pour les distraits, c’est à lire en suivant ce lien), tout en évoquant Carpenter Brut. Simple hasard ? Absolument pas. D’une part, parce que le hasard n’existe pas. Rien n’arrive sans raison. D’autre part, parce que nous avions minutieusement préparé notre coup en conférence de rédaction hebdomadaire. Il savait sur quoi j’écrirai aujourd’hui et en a fait mention. Voilà donc une semaine placée sous le signe de deux musiciens fortement influencés par les années 1980 et adeptes des synthés en tout genre. Pas que des synthés en ce qui concerne Carpenter Brut, et nous allons voir tout cela sans tarder.

Leather Terror est sorti la semaine dernière, très exactement vendredi 1er avril. Tuons le suspense tout de suite, en parlant opportunément de bonne pêche musicale. Ce nouvel opus de Franck Hueso (tête tellement pensante de Carpenter Brut qu’il l’incarne à lui seul, du moins dans l’esprit artistique) envoie du lourd, et même du très très lourd. Attendait-on le garçon à ce niveau ? Oui et non. Oui, parce qu’avec Carpenter Brut dans les oreilles, on n’est jamais déçus. Non, parce que le précédent opus Leather Teeth (2018) m’avait un peu laissé sur ma faim. Pour ne contenir que huit titres, et parce que je l’avais trouvé un poil en deçà de l’exceptionnelle trilogie originelle et séminale EP I (2012), EP II (2013), EP III (2015), regroupée dans Trilogy (2015). Leather Teeth inaugurait d’ailleurs une nouvelle trilogie, avec un nouveau parti pris : narrer musicalement les aventures de Bret Halford, lycéen tout droit sorti de la fin des 80’s, au travers de trois vraies-fausses BO de trois vrais-faux films de série Z inspirés des slashers de bon goût. Faisant ce choix, Carpenter Brut avait accentué ses inspirations cinématographiques, pour livrer un album entre pop-rock et glam-metal.

L’histoire globale prend place en 1987. Bret Halford est un lycéen un peu timide, sorte de Arnie Cunningham du film Christine, réalisé par John Carpenter (qui , au passage, n’a pas donné son nom au groupe, mais dont l’influence musicale est réelle). Notre Bret est (évidemment) total in love de Kendra, la cheerleader du bahut, qui ne veut (évidemment) pas de lui et l’éconduit (évidemment) sans trop de ménagement. Histoire de la séduire malgré tout, il se lance dans une carrière musicale, en devenant le chanteur du groupe Leather Patrol. Ce qui n’aura aucun effet sur la belle. En revanche, il fera l’objet de multiples brimades et humiliations, qu’il compte bien faire payer à ses auteurs. Avec Leather Terror, nous sommes quatre années plus tard. Bret Halford est devenu une grande star du glam-rock, mais aussi un psycho-killer en puissance qui va déchaîner sa vengeance en douze titres et une quarantaine de minutes.

L’album affiche une réelle évolution par rapport à son prédécesseur. Sur sa construction et sa narration tout d’abord, en profitant d’une autre galette sortie entre les deux Leather : la BO (réelle celle-là) de Blood Machines (film tout aussi réel) de Seth Ickerman. Un opus sorti en 2020 et dont nous avions parlé dans ces colonnes (à relire par ici pour les curieux), qui faisait la part belle à une intelligente progression dans le propos et les images qu’il accompagnait. On a vraiment cette sensation que, en passant par la case BO réelle, Carpenter Brut a appris beaucoup quant à la fabrication d’une soundtrack. L’ouverture martiale sur Opening title puis Straight outta hell est un générique évident qui plante le décor sans délai. Viennent ensuite dix autres morceaux plus diversifiés que dans Leather Teeth, offrant ainsi plus de scènes différentes tout en donnant à entendre une cohérence assez fascinante.

Leather Terror nous balade toujours sur le terrain hyper maîtrisé de la dark synthwave. Toutefois, les élans pop et glam-rock du précédent disque font place à d’autres influences très début 90’s : normal, l’action se situe en 1991. C’est l’occasion de retrouver du rock metal industriel rappelant furieusement Nine Inch Nails ou Rammstein. Du gros son qui tabasse ? Assurément, et ce ne sont pas des Imaginary fire ou Leather Terror (le titre, en clôture de l’album) qui me feront mentir. Vous allez en prendre plein la tronche. Tout comme vous ne sortirez pas indemnes de l’excellent Color me blood, titre malsain et torturé qui renvoie immanquablement à The Perv, ou encore de la presque dernière ligne droite Stabat Mater puis Paradisi Gloria, sorte de dernier mouvement lyrique apocalyptique à la sauce Carpenter Brut. Seuls deux moments d’accalmie sur ce disque : « … Good night, Goodbye » qui joue sur une ambiance inquiétante piano/nappes de synthés/glitches sonores puis voix, et plus loin Lipstick masquerade, sorte de bonbon pop/dance façon Madonna des 90’s éclairé aux néons fluos.

L’ensemble est puissant, porté par une pierre angulaire située en plein milieu de l’album. Le diptyque Day Stalker / Night Howler (littéralement Harceleur de jour / Rôdeur de nuit) résume à lui seul, par ces deux titres enchaînés, toute l’énergie de Leather Terror. Tel le climax de l’album, ce moment d’anthologie musicale débute comme un Giorgio Moroder façon thème principal de Midnight Express (encore une BO…) pour monter en intensité. Une forme d’excitation intérieure chez Bret Halford, qui doit autant à ses envies de carnage sanglant que de sexe sauvage et passionné (mais non assouvi) avec la pom-pom girl de son cœur. Cette tension intense incroyablement retranscrite en deux titres ne trouve sa délivrance et son soulagement que dans Lipstick masquerade, le morceau pop/dance déjà évoqué qui dégouline à la fois de sucre, de sueur et d’un rouge à lèvres sensuel et sanguinolent.

Leather Terror permet à Carpenter Brut de poursuivre l’histoire de Bret Halford au son de sa BO imaginaire, en étant un album intense, riche, varié et implacable. En mode slasher crade et malsain mâtiné d’une évidente charge sexuelle, on plonge avec ce disque dans une série Z fantasmée et fantasmagorique qui ne laisse aucun répit. Leather Terror réussit même un tour de force remarquable : alors qu’il est énergivore à souhait de par son intensité, on en redemande dès le disque terminé, en relançant la galette pour une nouvelle écoute. Carpenter Brut est de retour et vous n’êtes pas prêts, mais foncez quand même. Ce serait une monumentale erreur que de passer à côté de Leather Terror.

Raf Against The Machine

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