Pépite intemporelle n°92 : J’ai vu (1990) de Niagara

81Yng7R4xML._SL1400_Voici presque 32 ans sortait Religion, le troisième album studio du groupe Niagara. Si ce nom ne dit rien à certains, nul doute que les plus boomers d’entre nous/vous se souviennent de Muriel Moreno et Daniel Chenevez, pour avoir éclairé de leur pop acidulée la seconde moitié des années 1980. Tchiki boum, L’amour à la plage et autre Je dois m’en aller : autant de bonbons musicaux décalés mais savoureux qui reflètent à la fois la liberté créative et une forme d’insouciance de ces années. Une période qui allait conduire à une détente internationale et géopolitique dont on rêve aujourd’hui. Religion marque pourtant un tournant dans le son Niagara, avec l’arrivée de guitares rock et d’une ambiance bien plus sombre que les précédentes compositions.

En témoigne la pépite retenue aujourd’hui. J’ai vu débute sur un riff de guitare bien vénère, et ce n’est pas le texte qui va apaiser l’ambiance. La chanson parle globalement des conflits armés, des guerres, de la mort, et de leur traitement médiatique, notamment via les images. Comment ça je me trompe de 30 ans ? Absolument pas chers lecteurs. On parle bien ici d’un titre sorti en 1990, et qui d’ailleurs ne cible aucune guerre en particulier. Un réquisitoire pacifiste et anti-connerie humaine comme jamais, et derrière la couche de rock, une vraie réflexion sociétale, à l’image de celle qu’on retrouvera par exemple dans Da Vinci Claude (2007) par MC Solaar autour du complotisme et des récits conspirationnistes. J’ai vu a eu le malheur calendaire de sortir en même temps que se déclenchait la première guerre du Golfe (août 1990-février 1991). Conséquence directe : bien que n’ayant aucun rapport avec le conflit en cours, le titre est interdit de radio, ses paroles étant considérées comme angoissantes compte-tenu du contexte. Le clip est également interdit de diffusion, au motif qu’il contient des images de guerre plus violentes que celles de l’Irak. Une sorte de comble lorsqu’on remet les choses à leur place. Ce qui était angoissant et anxiogène à l’époque, c’était l’existence du conflit en lui-même, et la diffusion H24 qu’en faisaient les chaines TV, notamment la défunte La5.

Un autre titre de l’album Religion a connu le même sort à la même période. Pendant que les champs brûlent se voit également claquée au placard, alors que c’est pourtant une des plus belles chansons du groupe, qui plus est avec encore moins de lien direct à cette guerre du Golfe. Pépite intemporelle donc pour J’ai vu, autant dans son énergie rock absolument intacte que dans son propos cruellement d’actualité, qui n’a pas pris une ride. Ecoutons donc ce J’ai vu, très fort de préférence, et autant de fois que vous le voudrez. Parce que, soyons clairs, lorsque plus rien ou plus grand-chose ne va, il nous reste la musique. Et le rock. En prime, juste derrière, on écoutera aussi Pendant que les champs brûlent. Juste pour le plaisir. Et parce qu’on en a besoin.

Raf Against The Machine

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s