Review n°88: Friends That Break Your Heart de James Blake (2021)

La nouvelle d’un album de James Blake procure chez moi des réactions diverses, de l’impatienceJames Blake Friends That Break Your Heart d’aller me replonger au plus profond de cette âme torturée à la fébrilité d’avoir à écrire dessus. « Avoir à écrire dessus » est une expression un brin surprenante car mon libre-arbitre semble avoir rendu les armes… Et ce n’est pas faux ma foi, je ne peux pas m’empêcher de partager mon attirance pour ce spleen so british, attirance qui tente de collaborer maladroitement avec une volonté de poser un regard plus critique. Le dernier album Assume Form en 2019 m’avait ainsi laissé sur des impressions mitigées, comme si le souffle mélancolique de James Blake tendait à manquer d’air (à relire par ici pour les curieux). Ce cinquième opus dont le titre Friends That Break Your Heart se détourne quelque peu des tourments amoureux nous attend donc avec sa pochette, aussi belle que mystérieuse. Je m’interroge encore, James Blake se sentirait-il comme un puzzle émotionnel dont certaines pièces demeurent définitivement introuvables? Aime-t-il les siestes dénudées au milieu des bois? Tant de pistes sans réponse…

Le morceau d’ouverture Famous Last Words nous rassure d’emblée avec cette alliance subtile qui fait le charme de l’artiste, des synthés et des rythmiques dubstep et ce grain de voix mélancolique à souhait qui me fragilise dès les premières notes. Alors, oui, les choeurs n’apportent pas grand chose à l’ensemble mais on part sur des bases solides que les cordes sur la fin viennent sublimer. Life Is Not The Same reste dans la même veine mais on monte encore d’un niveau, le morceau nous enveloppe de sa puissance émotionnelle et de sa chaleur apaisante. Un bijou dont je vous invite à savourer la richesse instrumentale… Coming Back me rassure ensuite dans sa capacité à se confronter aux ambiances R’n’b avec le flow précis de SZA même si je dois reconnaître que cette direction artistique n’est pas celle que je préfère. Frozen avec les deux rappeurs JID et SwaVay sera par la suite bien moins convaincant et assez dispensable pour moi. Entre ces deux incartades dans les sonorités urbaines, Funeral nous a proposé sa douceur mélancolique et son spleen un peu trop dépouillé à mon goût.

C’est bien à travers la deuxième partie de l’album que je me sens rasséréné, James Blake n’a définitivement rien perdu de sa superbe. L’intensité de I’m So Blessed You’re Mine et son surprenant refrain robotisé, le sublime duo avec Monica Martin sur Show Me, Lost Angel Nights et Friends That Break Your Heart qui ont une saveur plus pop-folk digne d’Alt-J, la ballade intimiste finale If I’M Insecure, il n’y a pas une seule anicroche et l’intensité gagne en puissance. J’ai choisi volontairement de finir sur le chef d’oeuvre de l’album, Say What You Will, qui résume tout ce que j’aime chez James Blake : l’instrumentation tout en langueur s’offre comme un écrin à cette voix hallucinante capable d’aller chercher les notes à tous les niveaux. Volontiers taquiné pour ce spleen qu’il traîne inlassablement (en même temps, certains osent bien faire ce même reproche à Thom Yorke, enfin bref…), James Blake fait fi de toutes ces remarques envieuses et trace sa route. Voilà bien une voix et une sensibilité incontournables de ces dix dernières années dont je ne me lasse pas, ce Friends That Break Your Heart ne déroge pas à la règle et offre son lot de pépites introspectives, enjoy !

Sylphe

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