Pépite intemporelle n°87 : My weakness (1999) de Moby

71AZeY5TqRL._SL1300_Après le bouleversant Human de Thomas Méreur sorti la semaine dernière, on se fait un grand coup d’œil dans le rétroviseur pour remonter en 1999 et retrouver un autre titre d’une sensibilité poignante. My weakness est le dix-huitième et dernier titre de l’album Play de Moby, également connu sous le nom de Richard Melville Hall. Cet artiste new-yorkais n’a cessé, depuis ses débuts en 1978, d’explorer différents univers musicaux, de la techno au rock alternatif en passant par l’électro. C’est toutefois en 1999, soit plus de 20 ans après ses débuts, qu’il explose à l’international avec Play, galette au succès planétaire qui approche les dix millions d’exemplaires vendus. Chaque titre est un carton, repris en maintes circonstances. Mettez ça dans les oreilles de n’importe qui, il y aura toujours un « Ah mais ça je connais ! » ou encore « c’est trop cool ce son ». Au terme de la grosse heure que dure Play, et après un voyage musical chargé de styles et d’émotions, My weakness nous attend.

My weakness est une sorte de berceuse aérienne, un moment de flottement final sur les nuages, un gros shoot de sérénité qui parcourt tout le corps. La première minute du morceau envoie en boucle des chœurs qui rappellent, coté frissons, le God Yu Tekem Laef Blong Mi de la BO du film La ligne rouge. Au cœur de trois heures de film prenantes et sans issue, ce morceau venait illuminer l’ensemble de ses voix d’enfants, espoirs de l’humanité. Les voix de My weakness ont ce même effet sur la clôture de l’album, tout en étant soutenues par quelques sons et scratches électros, ponctués de rires et voix d’enfants. C’est déjà très beau, mais le titre va plus loin en ajoutant, à partir de 1’10, des nappes de synthés qui convoquent immédiatement les moments les plus vibrants d’un Angelo Badalamenti servant les images de Lynch dans un Twin Peaks ou un Lost Highway. Une ambiance sonore de chez Moby qui préfigure aussi les moments les plus envoûtants du Mulholland Drive sorti deux ans plus tard : un chef-d’œuvre sublimé par sa BO. Puis, les synthés se taisent pour laisser les trentes dernières secondes aux chœurs et aux voix d’enfants, de nouveau. Sublime.

Pour tout dire, et puisque l’on parle de BO, je suis retombé sur ce titre voici quelques jours, à la faveur d’un énième revisionnage de la série TV X-files. Neuf saisons originelles, plus deux ultérieures dans les années 2010, à suivre les enquêtes et pérégrinations des agents du FBI Mulder et Scully. Série TV hors normes, fondatrice à bien des égards autant que bourrée de références et d’hommages, X-files est aussi le parcours initiatique et humain de deux égarés : Dana Scully, en constante quête d’elle-même, de croyances et de sens de sa vie ; Fox Mulder, traumatisé par la mystérieuse disparition de sa jeune sœur à l’enfance, la séparation de ses parents, un personnage névrosé en quête de réponses et de paix intérieure, tout autant que de mise en accord avec lui-même. Il est commun de dire que X-files a plusieurs fin. La première en fin de saison 5, lorsque les tournages se déplacent de la région de Vancouver en Californie : la série arrive à la fois à la fin d’un grand arc narratif, notamment via un long métrage cinéma, et change d’identité visuelle au grand dam de bon nombre de fans. La troisième, en fin de saison 7, lorsque Mulder quitte la série, laissant ainsi Scully esseulée et désormais sans moitié humaine et intellectuelle. La quatrième en fin de saison 9 (2002), lorsqu’on pense l’aventure définitivement close. On retrouvera pourtant le duo et son univers au milieu des années 2010 pour deux mini-saisons revival.

Les plus observateurs d’entre vous auront remarqué que je n’ai pas parlé de la deuxième fin. Peut-être la seule et la vraie, qui se place en plein milieu de la saison 7, avec le double épisode Délivrance (10e et 11e) : au terme d’une enquête à la fois lente, pesante et envoûtante, Mulder découvre enfin ce qui est arrivé à sa petite sœur des années plus tôt. Sa quête prend fin, mais c’est surtout la paix qu’il trouve dans les dernières minutes de l’épisode. Enfin dirait-on, tant le personnage s’est montré torturé, secoué par des questionnements existentiels, perdu parfois. Longue ellipse télévisuelle me direz-vous ? Oui, mais tout cela pour expliquer que cet épisode se clôt, précisément, au son de My weakness (à regarder ci-dessous, avec un gros Spoiler alert toutefois). La série et ce moment ne pouvaient trouver meilleur accompagnement musical, le morceau de Moby ne pouvait trouver meilleure illustration visuelle. Fox Mulder est enfin apaisé et délivré, et nous avec lui. Après presque sept années à porter ses douleurs et ses traumas, il peut passer à la suite de sa vie et nous avec, tant on a pu s’identifier à son parcours. Avec lui, on se relâche et on se détend. On se remet à regarder l’avenir. Au son de cette merveille absolue qu’est My weakness.

My Weakness de Moby
SPOILER ALERT – LA scène finale de Délivrance (X-files ép. 10-11) au son de My weakness

Raf Against The Machine

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