Five reasons n°32 : Monsieur Gainsbourg revisited (2006)

Monsieur-Gainsbourg-RevisitedSorti voici déjà quinze ans et réédité en 2020, Monsieur Gainsbourg revisited fait un retour un peu inattendu dans mes oreilles ces derniers jours. La faute/La chance, tout dépend de la façon dont on voit les choses, à la trouvaille au fond d’un bac d’un exemplaire vinyle à dix balles. Illico acheté, illico réécouté. Les quinze titres de cette compilation sont autant de pépites à savourer sans retenue. Cette chronique aurait pu être un Five titles, mais comment n’en garder qu’un tiers ? Chacun des artistes qui intervient dans l’affaire propose une relecture en anglais d’un titre de Gainsbourg. Si vous avez un peu de temps libre en attendant l’Hallouine ET envie de bon son, voilà cinq raisons pour lesquelles vous pouvez plonger sans réserves dans Monsieur Gainsbourg revisited.

  1. L’album propose donc quinze titres de Gainsbourg, réadaptés pour la plupart par Boris Bergman et Paul Ives. On a aussi connu pire tandem. On aussi connu pire casting musical : la brochette est assez incroyable, tout autant qu’improbable, et regroupe du beau monde essentiellement issu de la scène britannique, mais pas que. A Franz Ferdinand, Portishead, Marianne Faithfull ou encore The Kills, s’ajoutent Michael Stipe, Feist ou encore Dani. Du lourd, très clairement. Chacun propose, dans son style musical initial, une réinterprétation assez bluffante d’une chanson de Gainsbourg.
  2. Pour s’en convaincre, il suffit de s’arrêter sur quelques titres (cinq par exemple, #subtilemiseenabyme ^^) pour apprécier la variété de l’opération. La galette s’ouvre sur A song for Sorry Angel par Franz Ferdinand et Jane Birkin. Là où l’original sent la dépression malsaine à plein nez, les FF & JB proposent une relecture rock avec, en arrière-plan, un gimmick jamesbondien à souhait. Trois plages plus loin, Portishead relit Un jour comme les autres, rebaptisé Requiem for Anna : l’original, interprété trip-hop sur le sample du Requiem pour un con (sur lequel on enchainera d’ailleurs). Brillant, tout simplement. Encore plus loin, Tricky démonte Goodbye Emmanuelle dans un Au revoir Emmanuelle poisseux, vénéneux, sexuel. Faut-il encore mentionner I call it art (La chanson de Slogan) par The Kills, ou la version défénestrée des Sucettes aka The Lollies par feu Keith Flint, pour mesurer combien cet album offre à la fois diversité et unité ?
  3. Cerise, les titres retenus ne sont pas nécessairement parmi les plus connus ou les plus attendus. Point de Javanaise, de Bonnie and Clyde ou de Love on the beat au tableau. Si l’on retrouve tout de même Je suis venu te dire que je m’en vais ou Le poinçonneur des Lilas, l’enregistrement fait aussi la part belle à Ces petits riens, L’Hôtel particulier ou Un jour comme un autre. Cette sensation de sortir de la compilation/revisite toute faite et attendue est plutôt appréciable. Autrement dit, l’impression de se trouver face à une vraie démarche artistique et créative, et non face à une énième opportunité commerciale, fait du bien à notre intelligence musicale.
  4. L’ensemble va même plus loin, en nous faisant presque oublier qu’il s’agit originellement de titres de Gainsbourg. Chacun des artistes présents s’est totalement réapproprié sa reprise, au point de faire passer chacune des versions pour un titre de son répertoire. Tout au plus s’aperçoit-on de la paternité de la composition en écoutant des relectures proches de l’originale, comme I love you (me neither) aka Je t’aime (moi non plus) ou I just came to tell you that I’m going (Je suis venu te dire que je m’en vais). Pour le reste, la reprise de Franz Ferdinand est marquée de l’ADN Franz Ferdinand, tout comme le Goodbye Emmanuelle de Tricky rappelle les plus grandes heures du garçon.
  5. La relecture fonctionne tellement bien que cet album peut même plaire à des réfractaires à Gainsbourg. Vous n’aimez pas sa musique ? Sa production musicale vous laisse de marbre, voire vous insupporte et vous détestez ? Essayez tout de même Monsieur Gainsbourg revisited, tant la couche de peinture modifie la donne. Je ne dis pas ça en l’air, c’est testé : j’ai parlé de ce disque à un copain, musicien qui plus est, et musicien de grand talent, qui exècre Gainsbourg, sa musique comme le personnage. En bon musicos ouvert d’esprit, mais aussi attiré par le casting, il est allé écouter et m’a avoué que certains morceaux fonctionnent quand même plutôt bien. Un bon signe d’une démarche artistique réussie.

Monsieur Gainsbourg revisited atteint donc son but, à savoir proposer une poignée de titres revus et corrigés qui font presque oublier qu’on écoute du Gainsbourg. C’est aussi l’occasion de passer un moment avec une pléiade d’artistes qui offrent le meilleur d’eux-mêmes. L’album est évidemment dispo sur toutes les bonnes plate-formes de streaming, mais en fouinant un peu, vous le trouverez en CD ou vinyle, qui plus est à un prix très raisonnable. On ne le dira jamais assez, achetez des disques ! Pourquoi donc s’encombrer de disques et de DVD/blu-rays qui prennent de la place ? Parce que, le jour où on arrête son abonnement DeezSpotiApplefy, ou DisNetflixOCS, on n’a plus rien, ni sous la main, ni à partager. Sur ce, je vous laisse écouter Monsieur Gainsbourg revisited, j’ai des disques à ranger.

Un jour comme les autres revisité en Requiem for Anna par Portishead
Goodbye Emmanuelle revisité en Au revoir Emmanuelle par Tricky
Je suis venu te dire que je m’en vais revisité en I just came to tell you that I’m going par Jarvis Cocker (feat. Kid Loco)

Raf Against The Machine

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