Pépite intemporelle n°81 : Riders on the storm (1971) de The Doors

81O496d9aTL._SL1500_A l’heure où sonne (enfin) officiellement la fin de l’année scolaire et le début de plusieurs semaines estivales, vient également le temps de clore cette nouvelle saison de Five Minutes. Après une année riche en sons que nous avons aimé écouter et vous faire partager, Sylphe et moi-même allons passer, comme les étés précédents, en formule estivale. Ce qui signifie moins de publications dans nos rubriques classiques. Toutefois, l’été étant propice à se détendre en écoutant de belles choses, nous réactivons notre rubrique « Son estival du jour », même si les plus fidèles d’entre vous savent que nous avons un peu triché ces dernières semaines. La pépite intemporelle du jour aurait pu y trouver sa place pour de multiples raisons. Mais, pour de multiples autres raisons, conservons Riders on the storm au rang de pépite intemporelle. Et voyons un peu pourquoi.

Enregistré entre décembre 1970 et janvier 1971, Riders on the storm figure sur L.A. Woman, sixième album studio du groupe de rock américain The Doors, sorti en juin 1971. Ce dernier, créé en 1965 autour de Jim Morrison au chant, est alors en pleine reconstruction et renaissance. Connue pour ses prestations scéniques hypnotiques et la personnalité incandescente de Morrison, la formation explose dès 1967 avec ses deux premiers albums The Doors et Strange Days. Mélange de rock psychédélique, de poésie, de blues, de jazz, et avec la particularité de se passer de guitare basse, la musique du quatuor fonctionne sans attendre. Ce succès immédiat propulse Morrison et sa bande dans des torrents de célébrité que le chanteur compensera par une consommation effrénée d’alcools et de drogues en tout genre. Ce qui ne l’empêchera pas de rester un immense artiste, épaulé par Ray Manzarek aux claviers, Robbie Krieger à la guitare, et John Densmore à la batterie.

Après Waiting for the sun (1968) et The lost parade (1969), The Doors vont peu à peu se faire plus remarquer pour les frasques scéniques et les provocations de Morrison que pour leur musique, qui reste pourtant de haute qualité. Le tournant des années 1970 sera pris de fort belle façon avec Morrison Hotel (1970), cinquième album très orienté blues-rock. Toutefois, cette année 1970 connait encore des hauts et des bas, entre le retour réussi sur scène du groupe (réécouter pour cela le Absolutely live, ou encore le Live in New-York – Felt Forum) et les retombées judiciaires du calamiteux concert de Miami en 1969. C’est donc en toute fin de l’année 1970 que débutent les répétitions, puis l’enregistrement, de L.A. Woman, sixième et ultime album studio des Doors avec Morrison. Ce dernier avait annoncé la couleur : après cet opus, il souhaite passer à d’autres formes artistiques en se consacrant à la production de films et à l’écriture de poèmes, tout en s’installant à Paris et en levant le pied sur la consommation d’alcools et de drogues.

L.A. Woman sonne comme le meilleur album du groupe, tout en passant pour être une forme de renaissance et de nouveau départ. Les titres sont particulièrement bien écrits et diversifiés dans leurs rythmes et influences (rock, blues, ballade…). Morrison se fend, comme à son habitude, mais en mieux encore, de textes d’une beauté et d’une poésie incroyables. L.A. Woman aligne dix titres comme dix pépites qu’il serait bien difficile de départager et de classer. J’adore cet album de la première à la dernière note. Et justement, la dernière note est aussi celle de Riders on the storm, puisque notre pépite occupe une place à la fois de choix, et totalement casse-gueule dans un album : la dernière. Ouvrir un disque est hautement risqué, puisqu’il faut que les premières secondes accrochent et donnent envie d’aller au-delà. Clore une galette est peut-être encore plus périlleux : tout le monde ne va pas au bout d’un album. Ceux qui y arrivent doivent en être récompensés et ne pas regretter le voyage. Surtout… ces dernières notes sont celles que l’oreille gardera. Le souvenir qui restera du moment passé avec l’artiste ou le groupe.

Sur ce point, Riders on the storm est un immense titre. Après neuf morceaux déjà impressionnants, la plage débute par le son de la pluie et du tonnerre au loin, sur lequel viennent se poser une rythmique batterie légère et l’orgue de Manzarek, comme d’autres gouttes d’eau. Avant d’être rejointes par la voix de Morrison et quelques notes de guitare, formant ainsi un titre totalement méta qui parle de cavaliers sous l’orage, en y intégrant des sons d’orage et des sons musicaux qui forment un orage. Des sons musicaux posés par quatre cavaliers musiciens que sont les Doors. Quatre cavaliers de l’Apocalypse sous l’orage de leur propre destinée. Avec cette impression que Riders on the storm est à la fois un testament musical, une clôture, une fin des temps, mais aussi peut-être une renaissance, notamment artistique. Après la pluie le beau temps. Une façon de dire que le meilleur est à venir.

A moins que, avec Riders on the storm, le meilleur ne soit déjà présent dans les 7 minutes 15 que dure le titre. Il existe une version single de 4 minutes 35, mais nous écouterons évidemment la version complète. Celle qui s’ouvre sur le son de la pluie d’orage, puis des quatre Doors qui, chacun à leur façon, contribuent à ce chef-d’œuvre. L’intro et les premières minutes de chants sont déjà magiques, mais ce n’est rien par rapport aux chorus de Krieger à la guitare, puis de Manzarek derrière ses claviers. L’équilibre entre solos et couplets est parfait. Le solo guitare à la fois posé et présent, avec un son rond et reverb qui s’accroche à chaque seconde. Celui aux claviers est imparable et hypnotique, effleurant et dissonant parfois. Entêtant et obsédant, comme une série de caresses de pluie (ou de doigts) sur la peau, qui amène peu à peu vers un climax… puis une redescente pour finir dans une certaine idée de la douceur, où se mêlent de nouveau voix, guitare, claviers, batterie. Avant de s’achever comme on a commencé, sur le son de la pluie. Comme autant de perles délicates qui se répandent sur ce moment d’une intimité et d’une intensité absolue. Et comme une boucle qui nous ramène au début de ce moment, pour mieux le recommencer et le revivre. Avec une envie intacte et régénérée.

Riders on the storm est tout ça à la fois, et sans doute bien plus encore. Il est un des meilleurs titres des Doors, sorti il y a tout juste 50 ans en juin 1971, quelques jours à peine avant que Morrison ne meurt. On a beaucoup évoqué l’anniversaire de sa disparition le 3 juillet dernier. A cette commémoration, je préfère réécouter, 50 ans après, la pépite qu’est Riders on the storm. Un titre que, toi comme moi, nous aimons. Tout comme nous aimons entendre au travers des volets, par une chaude soirée d’été, le doux son de la pluie qui tombe.

Raf Against The Machine

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