Pépite intemporelle n°80 : The sound(s) of silence (1964/1965) de Simon and Garfunkel

Qu’est-ce qu’une pépite intemporelle ? Il serait temps que nous nous posions la question sur Five Minutes, alors que nous atteignons aujourd’hui la 80e pépite intemporelle (et même bien plus, si toutefois vous avez suivi nos aventures dans la version 1 du blog). Une pépite intemporelle traverse le temps et les époques, et reste efficace comme au premier jour, malgré le nombre d’écoute parfois vertigineux. C’est aussi un titre qui parle aux différentes générations, et peut se voir utilisé ou injecté dans différents univers : il fonctionne à chaque fois. Cette définition par petites touches pourrait bien durer des paragraphes entiers… Aussi est-il plus raisonnable de continuer à égrener nos pépites intemporelles, en relevant pour chacune ce qui, à nos yeux, la classe dans cette catégorie.

The sound of silence entre sans hésitation dans cette rubrique. A bientôt 60 ans d’âge, cette chanson du duo folk-rock Simon and Garfunkel n’en finit plus de hanter nos oreilles, nos mémoires, et l’inconscient collectif. Sorti en 1964 dans une version acoustique et avec un S à Sounds, ce titre est en fait né quelques mois plus tôt. Paul Simon en débute l’écriture peu après l’assassinat de Kennedy (donc fin 1963). Intégré au premier album du duo Wednesday Morning, 3 A.M., l’ensemble passe plutôt inaperçu et les deux musiciens se séparent. En 1965, Tom Wilson, producteur de l’album, sent venir la vague folk-rock et décide de réenregistrer une version électrique de The sounds of silence, sans l’autorisation du duo. Le single fonctionne, le duo se reforme, sort un second album Sounds of silence, qui s’ouvre précisément sur notre pépite.

Disons le franchement : la version acoustique a ma préférence, et de très loin. D’une part, parce qu’elle est le reflet artistique du duo Simon and Garfunkel, tel qu’ils ont souhaité leur chanson. D’autre part, parce que la version électrique amenuise la magie et l’émotion initialement souhaitée. Ce titre, qui raconte les dangers de l’indifférence et la nécessité de dire les choses et d’exprimer ses émotions/idées/pensées/intentions, n’atteint jamais aussi bien son but que lové dans un écrin acoustique et intimiste. Le simple accompagnement de guitare pose une ambiance aérienne et poétique, tout en mettant en avant les voix ô combien travaillées, et le texte. La version électrique est celle qui a popularisé le morceau, mais elle perd un peu en fragilité émotionnelle.

Dans les décennies suivantes, on retrouvera The sound of silence repris à toutes les sauces, dans différentes langues et styles : par exemple… Richard Anthony et Marie Laforêt avec La voix du silence, The Dickies pour une version punk rock, Nevermore pour une version heavy metal, Anni-Frid Lyngstad pour une version suédoise, ou encore samplé par Eminem dans Darkness. Le cinéma s’en emparera : par exemple en 1967 dans Le Lauréat (ou l’on entendra également Mrs. Robinson des mêmes Simon and Garfunkel), mais aussi dans Watchmen (2009), pour accompagner la scène des obsèques du Comédien.

Côté histoire musicale, The sound of silence pointe en 2001 à la 79e place du classement des chansons du XXe siècle de la RIAA (Recording Industry Association of America), et en 2010 à la 157e place du classement Rolling Stone des 500 plus grandes chansons de tous les temps. Côté histoire tout court, Paul Simon en fera une interprétation acoustique solo le 11 septembre 2011 lors de la cérémonie commémorative des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Enfin, en mars 2013, The sound of silence est retenue pour intégrer le registre national des enregistrements, conservé à la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis.

Un sacré pedigree pour une seule petite (mais grande) chanson de 3 minutes. Pourtant, au-delà de ces multiples reprises, utilisations, mises à l’honneur, ce qui fait de The sound of silence une pépite intemporelle est peut-être bien plus simple que ça. Et se trouve en chacun de nous. Réécouter The sound of silence, c’est convoquer des souvenirs. Des images mentales. D’un disque qui tournait sur la chaine hi-fi parentale (qu’on avait interdiction de toucher), dans le salon au papier peint fleuri et orange. De soirées avec du monde dans la maison, ou au contraire de journées familiales et silencieuses. De la pochette du Concert in Central Park, un des rares disques de la maison, précieusement rangé sous ladite chaîne. D’un temps passé mais ancré en nous.

Ecouter The sound of silence, c’est frissonner de la sérénité que ces 3 minutes nous apportent après une journée dense et chargée. C’est aussi te remercier. D’avoir choisi ce son, pour se retrouver et pour se poser ensemble un moment. Et d’avoir fait germer cette chronique.

Version acoustique (1964)
Version électrique (1965)

Raf Against The Machine

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