Review n°81: Spirit Tree de Kira Skov (2021)

Le Danemark, terre de talents… Vous n’êtes pas sans savoir, si vous êtes un lecteur régulier du blog, que de Kira Skovnombreux artistes danois ont trouvé grâce à mes oreilles. Il conviendra de désormais rajouter à cette sublime liste Kira Skov dont le huitième album Spirit Tree est un véritable bijou. Je connaissais jusqu’alors Kira Skov uniquement pour sa présence sur des albums de Tricky ou Trentemøller et je regrette depuis deux bonnes semaines de méconnaître à ce point sa carrière solo. Autant vous dire que ses sept premiers opus devraient faire partie de ma playlist estivale… Cet album créé pendant le confinement (lié à vous savez quoi…) a été l’occasion pour Kira Skov de travailler avec des musiciens et interprètes dont elle est proche artistiquement.  Le résultat est aussi brillant qu’orgiaque avec 14 titres pour ne pas dire 14 duos et 56 minutes qui font chaud au coeur. Une très belle introspection où l’amour et ses fragilités ainsi que la thématique de la mort (la perte de son compagnon, le bassiste Nicolai Munch-Hansen demeure en filigranes) s’entrelacent avec douceur et subtilité pour un hymne puissant à la vie.

Le morceau d’ouverture We Won’t Go Quietly, écrite suite au meurtre de George Floyd, fait le constat amer d’une humanité qui ne cesse de reproduire les mêmes erreurs et témoigne du besoin de réagir avec force contre ces injustices. Le titre, mixé par Trentemøller himself, touche par la douceur de son univers folk sobrement illustré par une guitare sèche et cette alliance parfaite entre la voix éthérée de Kira Skov et le timbre de Bonnie Prince Billy. On retrouvera un autre titre avec ce dernier, Some Kind of Lovers, d’une grande justesse et portée par un refrain lumineux sublimée par les cordes. Le violon de Maria Jagd donne incontestablement une puissance onirique et lyrique à l’ensemble de l’album….

In the End met ensuite à l’honneur la voix de crooner de Steen Jørgensen dans un duo très intense célébrant une danse entre un homme et une femme. L’univers instrumental soigné, aux confins du baroque, n’est pas sans m’évoquer une créature hybride entre Get Well Soon et Cage The Elephant (oui, oui, à Five-Minutes on ne s’interdit pas les grands écarts artistiques…). Dusty Kane s’impose ensuite comme un hommage appuyé à deux chanteuses emblématiques, Dusty Springfield et Kate Bush, en s’appuyant sur la voix lumineuse de Mette Lindberg, la chanteuse de The Asteroids Galaxy Tour, qui distille de subtiles effluves pop au morceau sur fond de violons mélancoliques. Si vous savourez le grain de voix enfantin de Mette Lindberg, vous pourrez la retrouver sur Ode To The Poets et son dialogue fictif entre Jack Kerouac et Dylan Thomas. On aura bien compris avec l’image de l’arbre sur la pochette de l’album que Kira Skov veut rendre hommage à ses racines littéraires et musicales.

Pick Me Up fait appel, quant à lui, à Stine Grøn (du duo Irah que je ne connais pas) pour un résultat tout en langueur d’une grande émotion. Les violons et les envolées lyriques rappelant les Balkans piquent les yeux et donnent une place à part à ce bijou. Idea of Love vient ensuite s’appuyer sur le timbre à la Johnny Cash de Mark Lanegan avec un univers musical de nouveau digne de Get Well Soon alors que Horses met à l’honneur les voix de John Parish et Jenny Wilson pour un résultat puissant et un brin inquiétant qui pourra rappeler la folie habitée de St. Vincent. L’univers instrumental de ce titre est assez insaisissable tant on sent la tentation pop ne jamais prendre totalement le dessus.

Sur la deuxième partie de l’album, on retrouve l’amie de longue date Marie Frisker sur l’émouvant Tidal Heart qui traite de la difficulté de pleinement se donner en amour et Burn Down The House qui traite de l’amour brisé sur des sonorités plus jazzy dignes de Jay-Jay Johanson. Bill Calahan sur le très sombre Love is a Force, Lionel Limiñana (en mode Gainsbourg) et ses paroles en français taillées à la serpe sur le très beau Deep Poetry ou encore Lenny Kaye sur Lenny’s Theme et sa trompette qui mériterait de figurer sur les premiers albums de Yann Tiersen, toutes les collaborations apportent ce supplément d’âme à cet album qui marquera cette année musicale. Pour finir sur des notes plus légères, Kira Skov fait penser à un nom de vodka mais l’addiction à son univers est bien plus forte. Sur ce, j’ai sept albums à aller écouter en m’enfilant une vodka, enjoy!

Sylphe

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