Review n°80: Sixty Summers de Julia Stone (2021)

Le duo australien Angus et Julia Stone -un frère et une soeur au passage – brille depuis une dizaine d’années et quatre albums dont le dernier Snow en 2017. Je vous invite en particulier à vous laisser bercer par la douceur de A Book Like This (2007) ou la puissance plus pop de Down the Way (2010) qui méritent de figurer dans les discographies les plus respectables. J’ai beau me montrer particulièrement sensible au timbre de voix de Julia Stone, je dois reconnaître que je n’ai jamais été très attentif à sa carrière solo et ne peux mettre que des bribes de souvenirs d’écoute de The Memory Machine (2010) et By the Horns (2012). Peut-être la fâcheuse impression inconsciente que le projet solo n’est pas une véritable valeur ajoutée au projet en duo, qui sait? Toujours est-il qu’il m’a été impossible de n’écouter qu’une fois, ce troisième opus Sixty Summers, neuf ans après le dernier album solo, tant on tient là un bijou d’émotion… Un album qui prend humblement rendez-vous avec les tops de fin d’année où il devrait brillamment figurer. Je vous invite à parcourir avec moi cette exploration torturée des méandres de l’amour, sujet central de ce Sixty Summers.

Le morceau d’ouverture Break se place d’emblée sous le sceau d’une pop uptempo d’une grande fraîcheur avec ses clochettes en fond, sa batterie si juste et ses cuivres. Le refrain rappelant la fragilité du timbre de Julia Stone évoque l’intensité de l’amour. Sixty Summers, un des titres les plus marquants de l’album, va ensuite nous rappeler, à travers la thématique de la nostalgie amoureuse, la puissance de la voix de Julia Stone. L’ambiance instrumentale est plus sombre, même si les cuivres tentent désespérément d’apporter des touches de lumière. Le résultat est d’une très grande intensité… Et que dire de la douceur de We All Have qui nous enveloppe de son voile fragile pour souligner le besoin de relativiser les échecs dans la quête de bonheur? Pour les fans de The National dont je suis, Matt Berninger vient apporter son grain de voix si reconnaissable pour un duo de voix aussi contrasté qu’évident. Voilà en tout cas un trio de titres initial qui place ce Sixty Summers sous l’égide du talent et de la sensibilité.

Nous pouvons globalement distinguer deux directions dans cet album, ayant pour point de rencontre la sublime voix de Julia Stone. Désolé de souligner avec une certaine platitude la beauté de la voix et d’enfoncer d’une certaine manière une porte ouverte mais certaines évidences méritent tout de même d’être rappelées. D’un côté nous retrouverons donc des titres plus classiques dans l’approche instrumentale, lorgnant vers les plaines de la pop-folk et mettant la voix au centre de tout. Je pense au sublime Dance brillamment illustré par un clip de Jessie Hill et le couple Danny Glover/ Susan Sarandon (cette dernière a 74 ans… mon Dieu quelle belle femme…) qui aborde la difficulté d’aimer avec une certaine poésie, à la notion de coup de foudre abordée dans Heron ou encore l’écrin de douceur I Am No One. Au passage, on notera à la fin de l’album une version française de Dance tout aussi touchante avec le refrain toujours en anglais et des couplets très beaux (et non de simples traductions des paroles initiales) où l’artiste Pomme a été mise à contribution.

D’un autre côté, nous pouvons ressentir le besoin d’explorer et de sortir des sentiers battus. Who part par exemple sur un univers plus électronique particulièrement entraînant -ce qui au passage me fait penser au dernier album de Georgia – avec une attirance pour les sonorités dance du début des années 90 (toute proportion gardée, ne vous attendez pas à un 2 Unlimited hein? ). On retrouvera cette attirance électronique avec Unreal et son refrain qui utilise l’autotune avec justesse.  Fire In Me, le morceau le plus sensuel écouté depuis longtemps, me séduit quant à lui par sa rythmique obsédante et ses sons plus sombres. Vous imaginez l’univers tout en ruptures de Sneaker Pimps et la sensualité exacerbée de Goldfrapp et vous obtenez ce Fire In Me follement excitant. Enfin Julia Stone a aussi cette capacité à donner un grain soul à sa voix dans l’excellent Queen qui souligne avec subtilité la dépendance à l’être amoureux quand tout semble pourtant s’effondrer. Je ne vais pas faire un parallèle facile sur la dépendance mais vous voyez bien où je veux en venir, ce Sixty Summers est dangereux mais que serait la vie sans cette pointe de danger que notre vie de confiné(e)s a tenté d’écarter? Enjoy!

 

Sylphe

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