Review n°64: Lundi Méchant de Gaël Faye (2020)

Nouveau sérieux prétendant pour le titre de meilleur album de l’année 2020 aujourd’hui… ArrêtezGael Faye de remplir vos attestations numériques pour sortir votre chien pour la cinquième fois de la journée et retrouvez votre canapé qui se façonne depuis 2 semaines pour devenir le moule parfait de votre fessier… Après Pili pili sur un croissant au beurre en 2013, Gaël Faye vient tout juste de sortir son deuxième album Lundi Méchant qui s’impose comme un maëlstrom d’émotions, entre rage des injustices et foi en une humanité qui va enfin se relever. Un véritable hymne à la vie tout simplement. Si vous ne connaissez pas la musique de Gaël Faye, vous avez peut-être eu la chance de lire Petit Pays sorti en 2016, premier roman d’inspiration autobiographique qui s’appuie sur la vie du narrateur au Rwanda avant le génocide et l’exil vers la France. Un premier roman plein d’humanité ne tombant pas dans le pathos qui a mérité amplement le Prix Goncourt des Lycéens.

Pour en revenir à ce Lundi Méchant, je suis particulièrement séduit par la plume acérée de Gaël Faye dont les mots peuvent être extrêmement durs tout en sonnant vraiment justes. Le tableau de notre société occidentale, entre médias et racisme, est sans concession et d’une noirceur étouffante. Cependant, la volonté de se rebeller et de s’appuyer sur les racines d’une Afrique qui aime profondément vivre et danser arrive paradoxalement à nous donner le sourire. On profite de notre dimanche pour parcourir ensemble ce Lundi Méchant et se préparer au réveil difficile de demain…

Le morceau d’ouverture Kerozen apporte une douceur cotonneuse à partir de la thématique dure de l’émigration, le chant n’est pas sans rappeler TERRENOIRE dans sa capacité à nous caresser de sa poésie -« Je t’inventerai des exils/ Des archipels fragiles » du refrain – tout en se montrant plus âpre avec un flow coupé à la serpe du rap « L’existence mord comme un coup de tesson/ Je rêve, je dors, je vis sous pression/La ville dehors est comme sous caisson ». Ce morceau tout en contrastes amène sur un plateau le premier titre marquant Respire qui brille par sa volonté de dénoncer le rythme oppressant de nos vies en insufflant un souffle quasi pop. Le refrain fonctionne à merveille et l’on retrouve une intensité digne de Stromae. Cette dénonciation du rythme de nos vies quotidiennes occidentales se retrouvera dans le titre éponyme Lundi méchant où le flow de Gaël Faye est encore plus percutant, les mots claquant fort et sec.

Passés un Chalouper et ses sonorités caraïbéennes incitant les corps à bouger pour lutter contre nos présents difficiles et un Boomer qui est le titre de l’album me touchant le moins, son rap manquant de finesse et se montrant trop facilement frontal, Only Way Is Up me séduit en particulier grâce à la voix chaude et réconfortante de Jacob Banks. Après Lundi Méchant, le trio suivant touche au sublime: C’est cool entrelace tout d’abord la jeunesse innocente et les médias avec en point d’orgue la cicatrice indélébile du génocide au Rwanda, le pouvoir des images est dénoncé subtilement, de même que l’égoïsme de notre société « Quand le drame est bien trop grand, il se transforme en statistiques/Et Lady Di a plus de poids qu’un million de morts en Afrique/L’ignorance est moins mortelle que l’indifférence aux sanglots/Les hommes sont des hommes pour les hommes et les loups ne sont que des chiots/Alors on agonise en silence dans un cri sans écho ». Les paroles de ce titre sont brillantes et, si vous êtes nés au début des années 80 (Gaël Faye est né en 1982) vous reconnaitrez vous aussi votre enfance « Ma jeunesse s’écoule/Entre un mur qui tombe et deux tours qui s’écroulent ». Vient alors une véritable pépite taillée dans l’émotion la plus pure, un postulant au plus beau titre de 2020 (et plus si affinités), avec Seuls et vaincus. La douceur du piano et les cordes sur la fin, un ascenseur émotionnel qui ne cesse de monter, des paroles écrites par Christiane Taubira (excusez du peu) d’une justesse infinie qui dénoncent les travers de notre société, un flow dépouillé où l’on sent le feu sous la glace, le chant final de Melissa Laveaux, ce morceau vous fera briller les yeux. Je ne résiste pas à la tentation de citer ces mots « Vous finirez seuls et vaincus, grands éructants rudimentaires/Insouciants face à nos errances sur la rude écale de la Terre/Indifférents aux pulsations qui lâchent laisse à l’espérance » ou encore « Vous finirez seuls et vaincus car invincible est notre ardeur/Et si ardent notre présent, incandescent notre avenir/Grâce à la tendresse qui survit à ce passé simple et composé ». Le dernier morceau du trio Lueurs est un cri de moins de 2 minutes sortant des entrailles, ce cri contre les ravages du racisme et de l’esclavagisme est d’une intensité folle et me fait vibrer.


Difficile de se remettre de ces trois derniers titres…Histoire d’amour paraît bien léger ensuite en posant de jolis mots sur la relation amoureuse, NYC nous offre un rap très 90’s à la IAM pour une découverte subtile de New-York, JTIL (Jump in the line) apporte des sonorités plus ensoleillées et rappelle le démon de la danse. Le dernier grand moment de l’album Zanzibar est illuminé par le piano de Guillaume Poncelet et la douce mélancolie des paroles avant que Kwibuka en featuring avec Samuel Kamanzi n’évoque avec poésie et émotion le besoin de se souvenir et de ne pas oublier les victimes du génocide rwandais. Besoin d’humanité et de poésie? Vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire, enjoy! Merci Gaël Faye d’exister…

 

Sylphe

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