Five reasons n°23 : Trésors cachés & Perles rares (2020) de CharlElie Couture

Tresors-caches-et-perles-raresVoilà un album auquel on ne s’attendait pas vraiment, et qui nous attrape de façon un peu inattendue. Quoique. Pas tout à fait. Je m’explique. Un an après Même pas sommeil (2019), CharlElie Couture est déjà de retour dans les bacs avec un disque annoncé l’été dernier, pour une sortie la semaine dernière. Trésors cachés & Perles rares est un assemblage de titres peu connus et réarrangés, ou inédits. J’avoue avoir déclenché direct (et un peu automatiquement) la précommande, mais après plusieurs écoutes en boucle, cette galette me procure bien plus de sensations que je ne l’avais imaginé. Pourquoi foncer sur ce Trésors cachés & Perles rares ? Explication en five reasons chrono.

1. En premier lieu, on ne va pas se priver d’un album de CharlElie Couture. Discographiquement actif depuis 1978, à la tête de 23 albums studio et 17 BO de films, le garçon est une valeur sûre pour qui accroche un minimum à son univers et son approche artistique. Depuis ses Poèmes rock (1981) à l’excellent Lafayette (2016) enregistré en Louisiane, en passant par Solo Boys (1987) ou encore Casque nu (1997), aucun album n’est à jeter, et tous sont mêmes hautement recommandables. Certains plus que d’autres encore, mais peu importe. A intervalles réguliers, CharlElie Couture crée et offre de nouveaux titres qui font du bien. En d’autres termes, l’assurance de ne pas tomber dans une soupe insipide.

2. Plonger dans un album de CharlElie, c’est croiser des personnages vivants des tranches de vie, mais également explorer des moments suspendus en vue multi-angles. Trésors cachés & Perles rares n’échappe pas à la règle. Qui je suis, qui je fuis narre l’après d’une errance post-adultère sans avant, sans lendemain et sans engagement. Plus tôt, Goodnight Esmeralda #2 nous embarque dans une chronique nocturne faite d’images mentales et de clichés pris au hasard de la nuit. Avec un énorme clin d’œil à Keep on movin’ (Esmeralda 2nd) de l’album Solo Boys, ou la même nuit vue par un autre personnage. CharlElie est un génial conteur d’histoires, qui sait, en quelques mots et parfois peu de notes, faire apparaître des scènes tantôt photographiées, tantôt dessinées, tantôt sculptées. Plutôt logique pour un artiste multi-supports qui se définit comme multiste et à la recherche de l’Art total.

3. Un album de CharlElie, c’est aussi se livrer à des regards sur le monde du moment et sur soi-même. Faits divers et autres histoires renvoie, avec son texte presque récité, à la litanie des actualités égrenées sur nos multiples chaines d’info, tandis que Nés trop loin #2 raconte la quête et l’espoir d’un monde d’égalité(s). L’introspection personnelle est de mise avec Retourne-toi (#2), sorte de chronique douce-amère de l’adolescence et de sa part d’insouciance, ou Une main dans la mienne qui décrypte en mode piano blues ce que peut être le péril de la solitude et le besoin de l’autre pour ne pas s’égarer soi-même. Quant à Ecrire (littérature), c’est un véritable texte méta récité sur des samples et nappes électros. Une réflexion sur la création doublée d’une sensualité vénéneuse et torride. Sans doute mon titre préféré de cet opus.

4. Musicalement, où en est CharlElie sur ce 23e album ? Clairement dans le blues rock plutôt minimaliste, d’autant que ces versions sont faites pour partir en tournée Solo+ (si c’est possible un jour) sous un format piano-guitare (et parfois quelques invités au gré des dates et lieux de concerts). Du piano blues, du blues rock tendance Chicago blues, mais aussi du blues limite poisseux et ténébreux, à travers notamment Ecrire (littérature) et la nouvelle version de La ballade de Serge K : la déambulation en mode no future du désespéré et nihiliste Serge K qui renvoie autant au Quoi faire ? (1982) qu’à la BO et à l’univers de Tchao Pantin (1983). C’est clairement très bon, les arrangements sont hypnotiques et les 10 titres de l’album sont, textuellement comme musicalement, d’une résonance étonnamment actuelle et contemporaine.

5. Dix titres : tout à une fin, même les meilleures choses, et ce Trésors cachés & Perles rares en fait partie. Il se clôt avec Il neige sur Oxford, une sorte de profession de foi/manuel d’utilisation de l’album qui n’arrive qu’à la fin. Les 9 morceaux précédents dessinent, sans que l’on s’y attende au départ, une vision globale et cohérente de notre époque. Néanmoins, chacun d’eux nous sort de cette réalité par touches poétiques, comme autant de moments d’évasion pour mieux supporter le monde actuel tout en le regardant à travers le prisme CharlElie. Dans cette chanson, le personnage qui s’éveille en hiver, alors qu’il pensait être en juillet, c’est chacun de nous : l’auditeur de ce disque est rattrapé par ce « Me revoilà dans la réalité » : « On sait tous que la raison peut tuer l’imagination / Alors inventons des poèmes à tiroirs / Des morceaux de musique en forme de poire / Des histoires pleines d’espoir / Pour faire s’envoler l’esprit des grands et des petits ». Avec Lewis Carroll en référence appuyée, ce titre referme intelligemment et avec grande élégance Trésors cachés & Perles rares. En donnant immédiatement envie d’y retourner.

Après un mois d’octobre musicalement marqué par le brillant S16 de Woodkid, novembre et son flot de sorties débute de la plus belle des façons avec ce nouvel album de CharlElie. Trésors cachés & Perles rares porte bien son titre. Cette galette tombe à point nommé et réussit la double performance de parler pleinement des sensations de notre époque tout en nous permettant de nous en extraire. C’est assez brillant, et il n’y a aucune raison que cet album perde en qualité avec le temps, puisqu’il s’agit justement de titres parfois anciens repris/remaniés qui affichent toujours une sensibilité très actuelle. En attendant les (possibles) autres pépites à venir dans le mois, on remet CharlElie sur la platine et on s’évade. Sans retenue.

Raf Against The Machine

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