Review n°46: InBach d’Arandel (2020)

S’attaquer au XXIème siècle au « père de la musique » Jean-Sébastien Bach n’est pas choseArandel aisée, réussir à lui insuffler un souffle électronique vivifiant relève de la prouesse artistique. En 1968, Wendy Carlos avait déjà marqué les esprits avec son Switched-On Bach où elle jouait des titres de Bach avec le cultissime synthétiseur Moog. Le dernier croisement judicieux -pour moi- des musiques classique et électronique remonte à Aufgang avec en point d’orgue l’excellent album éponyme en 2009. Arandel, collectif anonyme ayant il y a peu levé son anonymat sur un certain Sylvain, propose depuis son concept album de 2010 In D (en hommage au In C de Terry Riley) une musique électronique racée faisant la part belle à une alliance subtile entre instruments électroniques et acoustiques. Je vous invite aussi à aller écouter les albums Solarispellis, Umbrapellis, Extrapellis (#titresmagnifiques) et Aleae qui démontrent toute la puissance mélancolique dégagée par la musique d’Arandel

Pour revenir à l’album du jour, Arandel qui a su s’entourer de nombreux artistes référencés dans leur domaine a réussi le tour de force de créer un superbe album électronique qui reste fidèle au son de Bach tout en lui apportant un souffle aussi novateur que respectueux du maestro. Je vous propose de me suivre pour une humble visite dans un univers brillant par sa précision de métronome.

Le morceau d’ouverture All Men Must Die (en référence au choral Alle Menschen müssen sterben de Bach) est une relecture ambient où les synthés spatiaux enveloppent avec douceur deux voix robotisées psalmodiant en allemand, avec le violoncelle en fond de Gaspar Claus. Cette ouverture assez mystérieuse laisse alors sa place au Prelude No.2 in C Minor qui s’impose comme le premier temps fort de l’album avec une palette de sons électroniques aériens qui ne sont pas sans rappeler l’univers de l’orfèvre électronique Four Tet et le chant de Petra Haden qui monte sans cesse au milieu des choeurs dans une rythmique uptempo savoureuse. Bodyline qui invite Ben Shemie, le chanteur de Suuns, ralentit ensuite le rythme cardiaque dans une alliance subtile entre le vocoder et le piano. Le morceau se développe langoureusement et m’évoque l’univers de Son Lux.

Passacaglia (la passacaille en français) et son ostinato répétitif marie ensuite parfaitement la musique de Bach aux sonorités électroniques pour un résultat plein de modernité et invitant au réveil des corps. L’intermède aquatique de Invention 2 nous amène avec douceur vers le brillant Bluette où le chant mélancolique de Barbara Carlotti démontre la puissance de la chanson à textes inhérente à Bach. La poésie se prolonge avec Aux vaisseaux et la voix d’Emmanuelle Parrenin qui se pose avec délices sur une musique électronique primesautière digne de Thylacine.

La deuxième partie de l’album recèle de pépites elle aussi avec un Hysope résolument tourné vers les dance-floors, un Homage To JS Bach qui s’apparente à une belle fresque épique qui voit les machines prendre inlassablement le pouvoir pour un résultat très intense, un Sonatina plein de grâce et sublimé par le piano à quatre mains de Vanessa Wagner et Wilhem Latchoumia, un Ces mains-là qui me touche tout particulièrement tant le timbre rocailleux de Areski Belkacem est émouvant et colle parfaitement à la musique de Bach et un Conclusio où le Cristal Baschet de Thomas Bloch résonne merveilleusement bien dans une église. Les dernières notes reviendront bien sûr à Bach après quelques minutes de silence où la douce voix d’une enfant vient se poser avec poésie sur le célébrissime Adagio BWV 564.

Incontestablement, Arandel prouve avec ce très bel hommage à Jean-Sébastien Bach que ce dernier n’est pas figé dans la glace (#desolejenaipaspuresister) et qu’il ne demande qu’à vivre intensément à travers la musique électronique du XXIème siècle, enjoy!

Sylphe

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