Review n°31: Drift d’Agoria (2019)

Voilà un album qui m’a beaucoup interrogé… Une première écoute globalement Agoriadécevante avec l’impression (qui demeure toujours en fond) d’un son qui a eu tendance à se standardiser pour succomber aux sirènes commerciales. Après un Impermanence brillant qui s’imposait comme un bien bel hommage sans concession à la techno de Détroit (le garçon avait quand même réussi à faire chanter Carl Craig!), on s’attendait 8 ans plus tard à un album plus racé d’un artiste dont le cv fait rêver entre la création du label Infiné et sa participation active à la fondation des Nuits sonores à Lyon… Maintenant le très bon magazine Tsugi dont je suis un abonné fidèle a fait de cet album son album du mois de mai et m’a convaincu de donner une seconde chance à ce Drift, les mots de Sébastien Devaud s’avérant d’une grande franchise: « On vit tous dans une sorte de schizophrénie où on a envie d’écouter à la fois Rihanna et Aphex Twin. Mais aujourd’hui, la façon de consommer la musique, avec notamment les playlists, fait qu’il n’y a plus de jugement de valeur. Drift, c’est s’autoriser ces dérapages. Cet album est une envie de se faire plaisir et d’assumer mes contradictions et mes choix, peut-être plus commerciaux que ce que j’ai pu faire par le passé. » Force est de constater que j’ai bien fait de donner une seconde chance à cet album que je prends de plus en plus de plaisir à réécouter, une fois accepté le postulat de base que nous nous trouvons face à une playlist quelque peu destructurée…

Le morceau d’ouverture Embrace avec la chanteuse Phoebe Killdeer nous propose d’emblée une électro-pop assez bien sentie avec des synthés planants qui ne sont pas sans nous rappeler des atmosphères aperçues dernièrement chez Blow par exemple. Cependant, dans ce registre, je préfère You’re Not Alone et le flow plus sombre de Blasé qui m’évoquent un croisement plus subtil entre Modeselektor et The Blaze. En tout cas, après deux titres, bien habile serait l’auditeur qui aurait deviné que nous sommes dans un album d’AgoriaArêg vient alors nous rassurer par la richesse de sa structure, on part sur une plage de douceur qui rompt bien avec le morceau précédent avant d’inlassablement monter en puissance avec un sentiment d’urgence obsédant digne des grandes envolées électroniques de Birdy Nam Nam pour finir sur un piano apaisé. Passé le dispensable It Will Never Be The Same et ses 2 petites minutes, Call Of The Wild nous projette de nouveau dans un univers totalement différent avec un son techno plus âpre et le hip-hop de STS pour un résultat plein de caractère qui me séduit amplement (#vivelaguitaredefin).

Le florilège d’influences se perpétue, on a de la techno martiale avec un Dominae très influencé par les premiers albums de Vitalic et des synthés aériens sur le A One Second Flash qui nous rappellent qu’Agoria a été très proche de Francesco Tristano et son ancien groupe Aufgang. (#promisjevaismecalmersurlenamedropping). Le trio final clot superbement l’album: la voix soul de NOEMIE illumine de tout son talent la pépite électro-pop Remedy, Scala en featuring avec Jacques revisite judicieusement le titre sorti en 2013 chez Innervisions pour une électro soignée dont la guitare est juste jouissive et mériterait de figurer chez Thylacine alors que le morceau final Computer Program Reality nous ramène à la douceur d’Arêg et évoque les plaines sauvages de Boards of Canada (#perdupourlafindunamedropping…)

Voilà en tout cas un album très riche qui d’une certaine manière réhabilite les plaisirs coupables de tout passionné de techno et ça c’est déjà une sacrée performance. Enjoy!

Sylphe

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