Pépite intemporelle n°19 : Outro (2011) de M83

Envie d’air et d’évasion ? On a ce qu’il vous faut sur Five-Minutes, avec une pépite déjà intemporelle malgré son jeune âge. Retour il y a moins de dix ans en 2011 avec Outro de M83.

Outro est tout simplement une petite merveille de 4 minutes qui étale plusieurs phases d’émotions en un seul titre. Tout commence avec une minute pile d’intro planante qui expose le thème principal, qu’on se prendra un peu plus tard en pleine tête, totalement étourdi (mais ça on ne le sait pas encore). Suivent 20 secondes de blanc et de silence absolu : faut quand même oser, en plein titre, planter son auditoire sans un son. Pourtant, le silence ça fait du bien parfois. Et ce que l’on comprendra, c’est le génie de ces 20 secondes de silence, pour mieux nous faire jouir de la suite.

La suite, c’est le thème principal déjà savouré dans l’intro avec d’infimes variations, et surtout une voix et du texte. Un texte si court et si puissant qu’on ne peut que le rapporter ici : « I’m the king of my own land / Facing tempests of dust, I’ll fight until the end / Creatures of my dreams, raise up and dance with me / Now and forever / I’m your king ». Une déclaration de combat à la réalité, qui passe par une volonté affirmée et absolue de prendre les choses en mains en convoquant tout ce qui peuple nos rêves pour s’en entourer et s’en faire un monde.

Puis, à 2’28, c’est la baffe imparable avec le thème principal qui prend toute son ampleur et bouffe tout sur son passage. Une minute pendant laquelle le monde s’ouvre enfin. L’esprit et l’horizon se libèrent, la vie devient possible et ce monde qui sait être dégueulasse et vilain ressemble enfin à quelque chose. Plus rien n’est une frontière, les limites de la réalité explosent en vol et ça brasse au fond des tripes comme jamais. On se sentirait capable de faire à peu près n’importe quoi pendant cette minute. Mais un n’importe quoi qui aurait de la gueule, genre sauter d’une falaise et rester en suspension, à se sentir juste exister. Avant de redescendre et finir dans la plus infime des douceurs d’un piano qui égrène une dernière fois cette mélodie, comme pour se glisser définitivement dans un rêve dont on ne voudra plus jamais sortir.

Outro de M83 c’est tout ça à la fois, et encore un peu plus. On rappellera que M83 est un groupe français fondé par Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau, le premier étant toujours aux commandes après 20 ans d’existence. Puisque oui, M83 a débuté ses activités en 1999. On dira encore que Outro a le bon goût de clore de la plus belle et logique des façons Hurry up, we’re dreaming (2011), l’excellent 6e album du groupe. On rappellera aussi que ce Outro, tout comme bien d’autres titres de M83, a été réutilisé et réentendu dans de nombreux films, séries TV ou encore bande-annonces. Mis à part être le jingle d’entrée des invités sur le plateau de Quotidien chez Yann Barthès, on retiendra que Outro éclaire la fin du trailer de Cloud Atlas (2012), l’absolue merveille cinématographique des Wachowski et de Tom Tykwer. Au passage, si ce n’est déjà fait, jetez-vous sur ce film incroyable qui, lui aussi , redonne espoir en l’homme et la civilisation par son message altruiste et tolérant qui fait voler en éclat toutes les barrières.

Dépêchez-vous de savourer tout ça, on est en plein rêve. Faites profiter vos oreilles et vos yeux. Ne lâchez rien, n’abandonnez jamais rien ni personne à la médiocrité et à la connerie, soyez vous et soyez en vie ! Moi, je retourne sauter de la falaise.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°18: Firestarter de The Prodigy (1997)

Il est des fois des situations tristes qui me guident dans mes choix de pépites

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intemporelles, c’est le cas aujourd’hui avec la mort à 49 ans seulement du chanteur de The Prodigy, Keith Flint… Afin de rendre un modeste hommage à ce chanteur habité et littéralement possédé par une rage inextinguible, je vous ramène en 1997 avec un album qui m’a particulièrement marqué, The Fat of the Land. Porté par un nombre hallucinant de titres hautement addictifs ( Smack My Bitch Up, Breathe, Funky Shit, Firestarter ou Mindfields présent aussi sur la sublime BO de Matrix), cet album est une vraie déflagration sonore qui donne l’impression d’avoir été composé dans un sentiment intense d’urgence vitale. Les sonorités électroniques sont âpres et agressives, le chant est ravageur et vient nous vriller les tympans. Album cathartique et exutoire à ne pas écouter à toute heure de la journée, il m’a toujours fasciné par sa rage sauvage mais pourtant tellement bien maîtrisée. Il mérite d’être réécouté inlassablement tant il recèle des cadeaux surprenants comme la douceur des choeurs féminins de Smack My Bitch Up ou les 9 minutes angoissantes de Narayan. Ce soir, j’ai choisi de vous parler de Firestarter qui résume parfaitement tout ce qui me plaisait chez The Prodigy et Keith Flint, on retrouve le flow aiguisé à la serpe et ces sonorités électroniques qui nous vrillent par vagues inlassables. Des boucles qui s’abattent avec force, qui font vaciller de plaisir… Keith Flint restera pour moi une représentation tutélaire de la rage qu’il aura su brillamment magnifier, à lui seul un véritable firestarter jamais rassasié… qui devrait allumer d’autres feux incandescents là-haut…

Sylphe

Pépite du moment n°23:Alright de Stuck in the Sound (2019)

Hier vient de sortir le sixième opus des français de Stuck in The Sound, Billy Believe, et Stuck in the Soundavoir des nouvelles de José Reis Fontão a souvent le mérite de me donner le sourire. Après des albums mettant en avant un rock assez énervé, Pursuit m’a filé une claque monumentale en 2012 avec des pépites comme Tender, l’addictif Brother ou Let’s go qui mettaient à l’honneur un rock d’une intensité rare m’évoquant des groupes comme Ghinzu.

Flirtant de plus en plus avec la pop, Stuck in the Sound avait envoyé il y a trois mois Alright en éclaireur qui mérite amplement d’être savouré avant l’opus que je risque fort de chroniquer ici. On retrouve l’intensité du chant, l’énergie communicative des guitares et ce rythme survolté qui fait tout le charme du groupe. En plus, le clip est un bijou d’animation sous-titré en japonais qui se marie parfaitement au titre. Enjoy!

Sylphe