Pépite du moment n°8: Fever de Balthazar (2018)

Le plat pays n’est pas avare en groupes de rock de très grande qualité, on pense très souvent aux ouvreurs de piste dEUS ou encore aux brillants Ghinzu dont certains titres (Do You Read Me, Cold Love et son clip incandescent, Take it easy ou encore l’anxyogène This war is silent) me font perdre tout contact avec la réalité. Balthazar trace de son côté son sillon depuis le premier opus Applause en 2010 et ne demande qu’à exploser comme ses compatriotes. Le quatrième album intitulé Fever sortira le 25 janvier 2019 et le titre éponyme vient de sortir. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce titre a pleinement sa place dans les pépites du moment.

Illustré par un clip soigné mettant en scène un road-trip des deux têtes pensantes du groupe Maarten Devoldere et Jinte Deprez au milieu d’un paysage sauvage, le morceau dégage un puissant sentiment de coolitude qui s’exprime à travers cette ligne de basse chaude et lancinante qui imprime brillamment le rythme du titre. Ajoutons la voix caverneuse, un refrain entêtant avec ses choeurs, des violons aussi discrets que séduisants et vous obtenez 6 minutes de très haut vol qui m’obsèdent depuis sa première écoute il y a deux jours.

Toutes mes plus plates excuses, addiction en vue, et ceci n’est pas une blague…

Sylphe

Review n°14: Parcels de Parcels (2018)

Chose promise, chose dûe. Je vous avais laissés avec un avant-goût fort en bouche pour Parcelsvous faire patienter, le clip du morceau Withorwithout, mais je ne résiste pas à la tentation de  partager avec vous le coup de coeur qui s’impose à mes oreilles avec le premier opus de The Parcels. Nos autraliens, originaires de Byron Bay et depuis installés à Berlin, auraient pu très bien émerger du côté du Versailles de la french touch des années 2000. Ils sont lookés subtilement, nous offrent un joli florilège de coupes de cheveux surannées et symbolisent les bobos parisiens qui viennent s’encanailler une fois par an en assistant à Rock en Seine, « Cette année j’ai vu PNL, c’était tellement rafraîchissant! ». Trève de plaisanteries et de stéréotypes, ils pourraient être versaillais car Daft Punk et Phoenix sont clairement dans leurs gênes musicaux (Le duo casqué a produit leur premier single et la bande à Thomas Mars leur a permis de faire leur première partie avant même la sortie de leur premier album.). Pour le coup, des influences de qualité, un talent évident pour s’approprier ces influences, un label dénicheur de talents et reconnu comme Kitsuné, ne peuvent aboutir qu’à une conclusion imparable: claque musicale, chef d’oeuvre, pépite…

Depuis la reprise de ce blog en août, c’est clairement le meilleur album que j’ai eu la chance d’écouter avec le dernier opus de Jeanne Added. Cet album devrait être prescrit pour passer l’hiver car il est plus performant que n’importe quelle recette à base de fruits ou de luminothérapie. De la lumière cet album en revend à foison et 51 minutes de pop solaire friande de synthés et d’influences funk sauront vous redonner foi en l’humanité.

Le morceau d’entrée qui s’étale sur deux titres Comedown et Lightenup met tout de suite l’accent sur des ingrédients incontournables de Parcels, des synthés doux à la Phoenix et des choeurs suaves qui fredonnent avec délectation pour nos oreilles gourmandes. Lightenup gagne encore en consistance avec des influences plus funk et un chant plus affirmé. Vous venez d’arriver sur cette plage gorgée de soleil, un cocktail à la main et de l’autre votre planche de surf pour dompter les vagues. Parcels est d’une coolitude infinie et va vous laisser libre de dompter les vagues de l’océan avec la pop plus rythmée de Tape  ou les remous de votre cocktail avec la rythmique plus lente de l’addictif Withorwithout.

Arrive alors une bande de surfeurs paisibles qui viennent partager avec vous ce moment magique car Parcels ça se partage crénom de nom! Everyroad, vaste odyssée de 8 minutes plus expérimentales, s’impose par la richesse de ses propositions. On invoque ici Niles Rodgers, les morceaux plus apaisés du Discovery de Daft Punk (le bijou Night vision en tête), pour aboutir à un morceau qui nous fait voyager loin et démontre la richesse du panel des australiens, des 5 minutes du début qui montent en douceur à la fin plus électro après ce bel intermède porté par les violons. Savoureux… Yourfault est une jolie transition de pop soyeuse avec le bruit des vagues et des oiseaux en fond avant un Closetowhy qui continue de creuser avec délices le sillon de la pop solaire suave et délicate.

Iknowhowlfeel vient alors vous inciter à vous laisser caresser par les vagues et à délaisser momentanément votre cocktail. Des synthés estampillés Daft Punk, une petite mélodie aussi simple qu’évidente, un refrain entêtant, j’ai sincèrement l’impression d’écouter un morceau caché de Discovery. Je me rends compte que les vagues communient avec mon surf et que tout est facile et naturel, ma vision se brouille et je me laisse porter par les éléments au rythme de la pop ingénue d’Exotica. Je me surprends même à oser tenter des vagues plus impressionnantes grâce à la sucrerie pop Tieduprightnow qui s’impose comme un des sommets de l’album.

Les vagues me portent doucement vers le rivage et je m’échoue sur la plage brûlante. Un cocktail semble tomber du ciel pour réconforter mon corps suant, il ne me reste plus qu’à savourer la douceur de Bemyself et le flow funk de Dean Dawson sur le Credits final en me perdant dans le bleu du ciel.

Tenez, voilà un cocktail et un surf, à vous de savourer Parcels désormais…

Sylphe

Pépite intemporelle n°5 : Echoes (1971) de Pink Floyd

Le 31 octobre de chaque année, on peut faire tout un tas de choses pour s’occuper : aller acheter des chrysanthèmes, découper une citrouille, regarder un programme télé confondant de connerie ou un film d’horreur, cuisiner des spaghetti, entasser des kilos de bonbons qu’on finira par s’engloutir puisque finalement aucun enfant n’est venu sonner chez nous, écrire un article sur Five-Minutes (oui, pour les distraits, j’écrivais pile la semaine dernière une pépite du moment)… Bref, les activités ne manquent pas, mais en 1971, les clients de bon son avaient bien autre chose à faire le 31 octobre que de se fringuer en monstre pour fêter l’Hallouine !

Oui, le 31 octobre 1971 est tombé dans les bacs le sixième album studio des Pink Floyd, sobrement intitulé Meddle. Si la galette s’ouvre par l’excellent One of these days et se poursuit par quelques titres sympathiques (dont l’insolite Seamus, co-interprété avec un chien), il faut néanmoins retourner le disque et lancer sa face B pour plonger dans la pépite du jour.

Echoes s’ouvre sur un bip de sonar qui annonce un incroyable chef-d’œuvre. Construit comme une odyssée sonore dans tout ce que les Pink Floyd savent faire à l’époque, le titre est planant à souhait et se déguste la tête entre deux enceintes ou couronnée d’un casque pour en profiter pleinement. Décomposé en quatre temps, Echoes s’ouvre donc sur un sonar des fonds marins tout autant que sur la guitare et les claviers aériens de David Gilmour et Rick Wright, portés par l’incroyable ligne de basse de Roger Waters et les fûts de Nick Mason. Avant de se poursuivre sur un dialogue guitare-claviers dont je ne me remets toujours pas, pour ensuite s’abandonner dans un mouvement psychédélique que n’aurait sans doute pas renié Syd Barrett. Pour s’achever sur un retour au premier thème, bouclant ainsi la boucle.

Echoes dure 23 minutes et une poignée de secondes. Tout autant que la dernière partie de 2001, l’odyssée de l’espace, le film-bijou de Stanley Kubrick. On l’a dit et redit. Il n’empêche que l’expérience est absolument bluffante : lancez votre film et, à l’entrée de la dernière partie, coupez le son côté film pour lancer Echoes et recevoir plein la rétine l’incarnation visuelle du son des Pink Floyd. C’est à la fois d’une évidence flagrante et totalement vertigineux. La quintessence du Pink Floyd.

Là où il s’est posé, Echoes a sans doute marqué à jamais et comme personne ni rien d’autre le 31 octobre. Tout à la fois achèvement d’une époque, moment de jouissance XXL et point de départ d’une nouvelle histoire qui conduira aux quatre albums de folie à venir (Dark side of the moon en 1973, Wish you were here en 1975, Animals en 1977 et The wall en 1979), notre pépite du jour est à écouter sans aucune modération et sans attendre.

Raf Against The Machine

Clip du jour n°6: Withorwithout de Parcels (2018)

Qu’on se le dise d’emblée, le premier opus des australiens de Parcels est un véritable bijou que je ne cesse d’écouter en boucle depuis quelques jours. Le temps de m’en imprégner pleinement et d’en savourer toutes les saveurs et je le chroniquerai avec plaisir sur Five-Minutes. Néanmoins, je ne résiste pas aujourd’hui à vous envoyer un flash étincelant en attendant le probable aveuglement futur avec le clip brillantissime de Withorwithout.

Le titre en lui-même a le pouvoir de figer mon visage et d’y inscrire un sourire béat impossible à réprimer. En cette période un brin chaotique, il est toujours plaisant de trouver une petite plage déserte où brille un soleil réconfortant et c’est exactement le paysage qui me vient à l’esprit en écoutant Withorwithout. Le morceau est un très bel exemple de pop solaire marquée par la douceur des guitares et la suavité des voix. C’est d’une évidence imparable et ça rappelle le sentiment intense de coolitude ressentie sur certains titres du Random Access Memories des Daft Punk. Vous ne serez pas surpris quand je vous dirai que les Daft Punk en personne soutiennent les Australiens depuis le début de leur carrière…

Ce qui est jouissif avec un clip c’est l’art du contrepied et là on touche au sublime avec cette scène de film d’horreur qui va illustrer le morceau. Tous les éléments sont présents, l’ambiance nocturne, le jeu sur le hors-champ et les bruits, les silences angoissants brisés par une respiration haletante, l’inquiétude déclenchée par les membres du groupe qui paraissent déshumanisés sous leur masque bleu et le talent incontestable de Milla Jovovich qui incarne avec brio le personnage central. Interpol avait donné dernièrement à Kristen Stewart un rôle en or pour le titre If You Really Love Nothing, Parcels a offert un rôle brillant pour l’ancienne actrice fétiche de Luc Besson.

En parlant de contrepied, vous ne pourrez que savourer la chute de ce clip… The cherry on the cake…

Sylphe