Clip du jour n°4 : Le café (2006) de Oldelaf & Monsieur D

En ces temps quelque peu troublés où nous manquons tout à la fois d’un ministre de l’Intérieur et de miel à cause des frelons asiatiques qui dévorent nos chères abeilles (aucun lien de parenté), un aliment ne nous fait, lui, pas défaut : le café. Ce breuvage qui, chaque matin, sauve des milliers d’entre nous incapables de s’arracher à la tiédeur d’un lit pour aller s’enfiler des journées de boulot interminables. Alors que, Five-minuteurs que nous sommes, nous pourrions aisément nous contenter de partager du bon son avec vous !

Justement, petit retour en 2006 avec ce Café d’Oldelaf et Monsieur D : un sympathique titre survitaminé qui accompagne parfois mon réveil, ou éventuellement mon trajet maison-boulot. Un texte plutôt bien enlevé et interprété, soutenu par une petite guitare rythmique qui fait du bien à la plante des pieds. A la plante des pieds ? Oui, parce que ce genre de son à la fois léger et sautillant me fait l’effet d’un coussin d’air à ressorts qu’on glisserait sous moi pour m’alléger le pas.

Les plus attentifs d’entre vous auront noté que nous sommes dans la catégorie « Clips ». Non content de livrer une chansonnette bien troussée et terriblement drôle, Oldelaf y adjoint un clip que j’adore : court métrage d’animation, dans un style graphique rappelant Les triplettes de Belleville qui auraient sniffé de la coke et bouffé des amphétamines à tour de bras. Mais non, notre personnage n’a finalement pris que du café, en quantité certes déraisonnable.

C’est à la fois naïf et audacieux, et c’est surtout un bel exemple de clip s’accordant parfaitement avec l’univers musical du titre. Faut-il voir dans la journée de notre héros une lecture cynique et critique d’un monde moderne où tout n’est plus qu’urgence et hommes pressés ? Un monde où l’on passe pour de dangereux oisifs dès lors que l’on laisse de côté productivité, rentabilité et suractivité ?

Pour ma part, je préfère imaginer une autre façon de boire mon café que comme un stimulant permettant de bosser et tenir le coup jusqu’au pétage de plombs intégral : un café lentement passé, servi dans un mug (rouge de préférence, c’est plus joli) et tranquillement dégusté. Là où il s’écoule, le café plaisir donne à la vie une saveur qui ne ressemble à aucune autre. Note : le joli mug rouge pourra aussi servir à boire un thé vert (à l’amande par exemple), autre petit plaisir simple de la vie.

Raf Against The Machine

Five Titles n°1: The Dog and the Future d’Agar Agar (2018)

Après des débuts tonitruants avec leur premier EP Cardan et une victoire aux Inrocks labAgar Agar en 2016, le duo français Agar Agar composé de Clara Cappagli et Armand Bultheel nous revient plus en forme que jamais avec ce premier opus The Dog and the Future. Ici pas question de se figer et de se retrouver pris dans des tentacules gélifiantes, le groupe continue à explorer avec talent et justifie de faire déjà une date à l’Olympia début décembre. Voici 5 titres qui devraient vous convaincre de faire connaissance avec les français d’Agar Agar

1. Le morceau d’ouverture Made est très subtile dans sa construction progressive. Au synthé angoissant du début qui fonctionnera tout le long comme une ritournelle obsédante viennent se superposer progressivement de nombreux autres synthés et au final la voix chaude de Clara. Cette impression de voir se dessiner sous nos yeux un paysage sonore intemporel est séduisante.

2. Le single Sorry About the Carpet est brillant et la recette est d’une limpidité incontestable. Prenez la nonchalance sensuelle de la voix de Clara, une note de synthé tenue avec une rigueur sans faille (#onaretrouvéDavidGuetta) et un refrain mélodique à souhait et vous obtenez ce beau bijou tout en contrastes.

3. Fangs Out est un morceau, quant à lui, plus tourné vers le dance-floor. Sa construction est plus complexe et destabilise brillamment. Après une entrée lunaire et angoissante marquée par un hurlement de chien (animal qui parcourt tout l’album) qui m’évoque Faithless (le début, pas le chien hein?), les percus prennent le dessus et la rythmique s’accélère. Marqué par les ruptures de rythme, le morceau rappelle les débuts plus électro du duo.

4. Shivers me rappelle d’emblée l’univers du premier opus de Fever Ray. Electro sombre et chamanique, ce morceau nous offre un ciel noir comme l’encre qui ne laisse jamais passer la lumière pop propre au duo. Etouffant…

5. Requiem est un morceau d’une douceur sépulcrale. L’impression d’une musique classique jouée par un orgue robotique qui démontre le potentiel pouvoir cinématographique du duo.

Sylphe

Review n°11: Radiate de Jeanne Added (2018)

Au milieu de tout le battage médiatique qui anime la sortie du nouvel opus de ChristineJeanne Added.jpg and The Queens (bah oui, son album précédent était bon et en plus elle nous joue le changement de pseudo et la carte androgyne à fond, il n’en faut pas plus pour les médias…), on pourrait presque oublier que Jeanne Added vient de sortir son deuxième opus, Radiate. Ici, à Five-Minutes, on défend la veuve et l’orphelin, et surtout le bon son! On va tranquillement laisser Chris choisir ses tenues SM dans son armoire et savourer le bijou Radiate, produit par le duo Maestro.

Le premier opus Be Sensational avait été pour moi une bien belle découverte, révélant les talents d’interprète de Jeanne Added dans des ambiances électro très sombres, illuminées par deux éclairs d’une intensité inouië Look at Them et Be Sensational. Une atmosphère volontiers anxyogène qui risquait de voler en éclats face au succès de Jeanne Added?

La pochette de ce Radiate laisse assez peu la place au suspense et tranche littéralement, Jeanne Added s’affiche sans se cacher derrière un flou artistique et des volutes de fumée sur un fond d’une blancheur angélique. Radiate, album de la rédemption? Dès les premières écoutes, il est évident que l’atmosphère est plus apaisée et plus lumineuse avec une volonté affirmée de mettre davantage en avant la superbe voix de Jeanne Added. Je vous rassure, les démons intérieurs ne sont pas entièrement chassés et on retrouve avec délectation les synthés plus âpres qui révèlent les failles encore présentes.

Remake démontre d’emblée la richesse vocale de Jeanne entre chuchotement envoûtant et voix qui déploie majestueusement ses ailes. Cette ouverture tout en douceur est prolongée par Falling Hearts qui monte joliment en puissance et où le chant m’évoque avec plaisir Natasha Khan de Bat for Lashes. Le début de l’album pourrait paraître angélique mais Radiate vient vite nous ramener sur terre avec son synthé angoissant et entêtant. Ce morceau est une pépite qui monte inlassablement jusqu’à cette impression de saturation sonore finale. Ouf les démons sont toujours là…

Before the Sun et sa rythmique plus électro qui passerait presque inaperçue tant la voix porte le morceau ainsi que le soleil Mutate et son refrain éblouissant résument finalement parfaitement les diverses aspirations de cet album. Loin d’être tiraillée par ces aspirations à première vue opposées, Jeanne Added nous offre sa sérénité et on se laisse guider avec plaisir dans cette deuxième partie de l’album. Alors oui je ne suis pas plus séduit que cela par la rythmique très 90’s d’Enemy ou le dépouillement du classique Harmless mais que dire de la manière d’asséner les mots dans Both Sides ou de la mélancolie de Song 1-2 qui rappelle l’introvertie maladive qu’était Björk à ses débuts…

On me fait signe que Christine a fini de faire son choix face à son armoire et que je me suis encore montré trop bavard, je rends donc l’antenne. Je ne vous ferai pas l’injure de vous dire ce que j’ai pensé de cet album tant la réponse doit vous paraître évidente… Bonnes écoutes à vous!

Sylphe

Review n°10 : L’oiseleur (2018) de Feu! Chatterton

Voilà un album qui, tout comme Amour Chien Fou d’Arthur H, aura profondément et à jamais marqué mon début d’année 2018. Sorti en mars 2018, l’excellent L’oiseleur succède dans la discographie de Feu! Chatterton au déjà très bon Ici le jour (a tout enseveli) (2015), et fait un étonnant écho à la galette d’Arthur H.feu-chatterton-x-sacha-teboul-loiseleur

Peut-être parce que celui-ci a avoué avoir beaucoup aimé ceux-là. Où alors parce que nous avons là deux albums qui portent haut la chanson française. A moins que ce ne soit parce que L’oiseleur et Amour Chien Fou se répondent comme deux êtres complices indéfectiblement liés, deux facettes d’un même amour des mélodies riches et des textes ciselés.

La première chose qui frappe à l’écoute de L’oiseleur, c’est la multitude de sons assez génialement superposés. On y trouve pléthore de synthés et de machines analogiques des années 70 (oui, des années 1970, au 20e siècle, en quelque sorte un autre temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) qui font frétiller les tympans. Je ne te vois plus repose sur des sons tout droit sortis de la BO d’Interstellar, tandis que Grace est truffé de nappes à la Pink Floyd. Mais Feu! va bien plus loin, en convoquant tout un imaginaire et des souvenirs seventies de pop, avec le titre L’oiseleur, ou encore de bandes originales type François de Roubaix, comme dans Ginger. Autre référence, et pas des moindres, qui me vient à l’esprit : Radiohead, pour ce qui est de la construction audacieuse, riche et complexe des morceaux. Enfin, on ne peut passer sous silence (c’est le cas de le dire) la voix d’Arthur Teboul, chanteur de Feu! Il en joue à la fois comme d’un support à ses textes, mais aussi comme d’un véritable instrument émotionnel qui dessine des lignes mélodiques et aventureuses, sans cesses renouvelées. Dans le paysage musical actuel tristement criblé d’autotune et de vocodeur, c’est une bien belle prouesse qu’il convient de signaler.

L’oiseleur, bien plus encore que Ici le jour (a tout enseveli), est une magistrale démonstration de la capacité du groupe à faire naître dans nos petites caboches des histoires visuelles et des courts métrages. A la fois, donc, par ce côté univers de BO, mais aussi à travers les textes, d’une poésie assez terrible reposant sur des mots percutants et justes.

La poésie d’Arthur se manifeste dès l’ouverture de l’album avec Je ne te vois plus. Tiens tiens, au fait… nous parlons bien d’Arthur Teboul, chanteur du groupe, et non de H. Deux Arthur, sacré coïncidence. Notre Arthur T ne cache pas sa passion pour la littérature, et il y contribue de sacrée belle façon avec un sens des mots et de la formule poétique : « Le tendre passé qui nous hante / croît comme un jardin vivant » (dans Grace), « Remangerons-nous le fruit du hasard ? / Cette pomme étrange qui affame quand on la mange ? / Abandonnerons-nous encore nos pas à l’odeur du figuier qui est celle de l’été ? » (dans Sari d’Orcino), « Je serai la rouille se souvenant de l’eau » (dans Anna) n’en sont que quelques illustrations. C’est bien simple, on pourrait citer la totalité des textes, et je pourrais m’en délecter pendant des heures… « A cette heure du jour / A cette heure de la nuit / Quand je fais l’amour / dans l’après-midi ».

Si, toutefois, il me fallait conserver une phrase et une seule de ce lot de flammes sensuelles, ce serait sans doute ces deux lignes, qui m’ont possédé des jours et des jours entiers, m’empêchant parfois de trouver le sommeil, assassines de mes nuits, et qui sont aujourd’hui encore une putain d’énergie lumineuse qui me porte : « Un oiseau chante je ne sais où / C’est je crois ton âme qui veille ». Vous entendrez ces mots offerts par l’incroyable voix de dandy écorché d’Arthur dans le titre Souvenir, et vous y entendrez bien plus : une sorte d’apesanteur mêlée de rage contenue, qui bascule presque dans un second titre à partir d’une autre phrase magique et majeure, « Nous regagnerons la confiance / comme une terre ferme ». Sans doute un de mes titres préférés de l’album, bien qu’il soit très délicat d’en isoler un et de le mettre en avant, même si je reviens plus souvent sur Grace, Ginger, Tes yeux verts et Sari d’Orcino. Ce dernier titre me fait toujours l’effet d’un court métrage, racontant un amour à la fois fugace, intense, et finalement persistant.

En marge de l’album, je ne peux que vous conseiller d’écouter Zoé, titre multicompositeurs élaboré dans le cadre des Récréations Sonores, et disponible sur Spotify. Bien que textes et musiques ne soient pas originellement d’eux, les Feu! les subliment, comme ces mots imparables et bouleversants : « Mais comme un voile de soie blanche ma mémoire courte à la branche de tes doigts pourpres reste accrochée et je me souviens de tes mains comme deux oiseaux libres ». Sublimer le talent des autres : la marque des plus grands parmi les grands.

Ultime plaisir : les Feu! Chatterton tournent actuellement et viendront illuminer notre région orléanaise le 11 octobre prochain, dans la programmation de l’Astrolabe délocalisée à Chécy. Il reste des places, on ne saurait que trop vous inciter à y aller, avec en prime notre Valérian Renault local en première partie. La team Five-Minutes sera de la fête, car là où il se déclenche, le Feu! ne peut rester contenu bien longtemps. J’aurai, pour ma part, un intense bonheur de rouge-gorge picorant une amande à vivre ce concert. Hyper.

Raf Against The Machine

Five Reasons n°3: What Sound de Lamb (2001)

Le succès n’a, ma foi, rien de rationnel et ce n’est pas le groupe du jour qui pourra Lambs’indigner de cette assertion hautement philosophique… A la fin des années 90 et début des années 2000, Bristol voit l’émergence d’artistes (Portishead, Massive Attack, Tricky) qui vont marquer par leur son mêlant avec brio sonorités urbaines et mélancolie dévorante. Le trip-hop pour ne pas le citer -cette dénomination est souvent contestée- prédomine et de nombreux groupes s’empressent de suivre cette mode, certains brillamment (Morcheeba, Zero7, Royksopp), d’autres beaucoup moins… Lamb, duo anglais formé du producteur Andy Barlow et de la chanteuse Lou Rhodes, fait partie de ces groupes résolument marqués par le courant trip-hop et pour qui j’ai un attachement assez fort car je trouve qu’ils n’ont pas eu la carrière qu’ils méritaient. Loin de moi l’idée d’analyser les raisons de cet échec relatif, je vous invite plutôt à aller découvrir ou redécouvrir leur troisième opus, What Sound, après deux premiers albums séduisants Lamb en 1996 et Fear of Fours en 1999.

1. Lamb c’est incontestablement les talents d’interprétation de Lou Rhodes. Une voix toujours sur le fil et à l’émotion palpable, mélancolique dans le sublime I Cry ou d’une fragilité digne de la Emilie Simon des débuts dans Heaven.

2. Des ambiances instrumentales d’une douceur infinie qui font la part belle aux violons (What Sound, Gabriel) et aux sonorités aquatiques qui nous invitent à une forme de rêverie éveillée.

3. Des ambiances downtempo souvent contrebalancées par des rythmiques drum and bass qui font toute l’originalité du groupe. Sweetheart et Scratch Bass surprennent par leur âpreté destabilisante et à mon goût un peu excessive et je préfère les morceaux qui fonctionnent sur un contraste d’atmosphères comme le brillant What Sound.

4. Des univers plus sombres qui évoquent les intouchables Massive Attack (le très beau One) ou un goût prononcé pour une instrumentation plus bruitiste à la Amon Tobin.

5. Un éclair de génie imparable avec le brillantissime Gabriel qui me cueille à chaque fois, malgré les multiples écoutes. Orchestration symphonique digne de Craig Armstrong, rythmiques des drums pour donner du corps au morceau, voix sublime… Imparable, je vous le dis…

Sylphe