Five Reasons n°1 – 24 heures dans la nuit d’un faune (1996) de Hubert-Félix Thiéfaine

Retour au siècle dernier, position 1996 : Thiéfaine (HFT) publie La tentation du bonheur. Plus fort encore, HFT donnera en 1998 un frère jumeau et miroir à cette Tentation du bonheur, intitulé Le bonheur de la tentation. Dans le cadre de l’année Thiéfaine et de la célébration de ses 40 ans de carrière, on a droit à une réédition vinyle complète des albums studios, et ce mois de septembre voit la sortie de Bonheur & Tentation, réunion des volets blanc et noir d’une même aventure musicale. C’est cette réédition que j’aurais dû vous reviewer ici-bas ici-même. Mais là où il se pose, le mois de septembre nous laboure de son rythme implacable : impossible de chroniquer rapidement cette double perle sur un coin de table sans saloper le tout.

Chers Five-Minuteurs, vous patienterez donc, le temps que votre serviteur peaufine son papier. Néanmoins, en guise d’apéro, je vous propose 5 bonnes raisons de mettre dans vos oreilles le morceau d’ouverture de La tentation du bonheur. Pourquoi donc écouter ces 24 heures dans la nuit d’un faune ?

  1. Parce que le titre est du pur Thiéfaine que l’on peut retourner dans tous les sens, telle la fille des 80 chasseurs avec laquelle on se serait enfermé dans les cabinets, pour en saisir toutes les subtilités. 24 heures dans une seule nuit, ça n’existe pas, sauf dans le Thiéfaine Monde.
  2. Parce que ce premier morceau est rock et déluré à souhaits. On retrouve l’ambiance barrée et poétique qui nous avait un peu manquée avec les deux albums précédents enregistrés aux States.
  3. Parce que Thiéfaine convoque de nouveau Tony Carbonare à la production et aux arrangements, déjà aux manettes sur les tous premiers albums porteurs de pépites comme L’agence des amants de Madame Müller ou La Maison Borniol.
  4. Parce que, au cœur du texte, cette putain de phrase « J’commençais à viser les gones quand t’as saisi ma crosse / En me disant ‘Chéri tu vois pas qu’ce sont des gosses’ / J’t’ai répondu ‘Mon amour tu vois pas qu’j’suis un serbo / croate en train d’rêver d’un weekend à Sarajevo' ». 1996 : on est alors en plein traumatisme de la guerre en ex-Yougoslavie, faut quand même oser. Si ça c’est pas de la rock attitude…
  5. Parce que ces 24 heures dans la nuit d’un faune sont annonciatrices d’une sacrée poignée de titres complètement incroyables dispersés sur deux albums (et 4 galettes), que nous explorerons ensemble sous peu en taxiphonant d’un pack de Kro (rappelons que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé).

 

Raf Against The Machine

Pépite du moment n°5: Love Is Magic de John Grant (2018)

On ne remerciera jamais assez les membres du groupe folk Midlake d’avoir aidé l’ancien leader du groupe The Czars à lutter contre ses démons et remonter la pente afin de créer le bijou de folk Queen of Danemark en 2010. Deux opus, Pale Green Ghosts en 2013 et Grey Tickles, Black Pressure en 2015, n’ont fait que confirmer le talent de John Grant qui casse les codes de la folk avec mélancolie. Le 12 octobre sortira le quatrième album intitulé Love Is Magic dont est tiré le titre éponyme du jour.

L’ambiance de ce titre est volontiers saturée de synthés qui viennent envelopper d’un voile de mélancolie une voix toujours aussi expressive. La rythmique lancinante s’imprime subrepticement en nous et vient appuyer la beauté du texte. Et que dire du clip? John Grant aime surprendre et nous offre un regard empreint de bienveillance sur des dresseuses de chiens, férues de concours. Il fallait bien un titre de John Grant pour que je me surprenne à ressentir une forme de sympathie envers de telles passionnées du monde canin. En tout cas, si vous êtes intéressé(e)s par les viagers vous savez désormais où vous diriger et si vous êtes un homme ne désespérez pas, vous pouvez tout de même participer aux concours canins!

Trêve de plaisanteries je vous laisse avec la douce mélancolie de John Grant pour commencer cette nouvelle semaine…

Sylphe

Review n°5: Souldier de Jain (2018)

Fin d’année 2015, un petit bout de femme d’une vingtaine d’années nous inflige uneJain détonante dose de fraîcheur avec son premier opus, Zanaka (enfance en malgache). Jain, en référence à la religion du jaïnisme que je vous invite à découvrir dans le brillant roman Pastorale américaine du regretté Philip Roth , nous illumine avec une pop spontanée et humaniste qui s’inspire des multiples séjours à l’étranger (Dubaï, Congo, Abu Dhabi) de l’artiste. Cette facilité à entremêler les musiques du monde pour créer une pop aussi personnelle que faussement simple permet à Jain de connaître un succès immédiat, lui permettant de gagner la Victoire de l’artiste féminine en 2016. Les débuts sont idylliques et, en écoutant ce deuxième opus Souldier, j’espère que le voile de la spontanéité ne va pas se déchirer et que je vais pouvoir rester dans le monde idéalisé cher à Jain.

Les premières notes de On My Way surprennent d’emblée, l’ambiance paraît plus sombre et plus électro et la voix beaucoup plus affirmée. J’ai l’agréable impression de découvrir un trip-hop moderne tout en subtilité et originalité, comme le prouve la surprenante fin orientalisante. Flash (Pointe-Noire) et son introduction portée par les cuivres digne d’un Wax Tailor nous ramène dans des terres qui nous sont plus habituelles, une pop plus facile d’accès et particulièrement recherchée dans l’instrumentation (ahhh ces violons…). Alright, un de mes morceaux préférés, reste dans cette veine d’une pop addictive qui allie le phrasé plus hip-hop de Jain à un univers digne de Bollywood. Oui l’image peut paraître surprenante mais Jain a pour objectif de briser les barrières de manière assez évidente. Mon sommet de l’album est le très émouvant Oh Man porté par les percussions et les ruptures de rythme que je vous laisserai savourer dans la vidéo ci-dessous.

L’objectif n’est bien évidemment pas de vous résumer l’album en entier mais je constate avec plaisir l’évolution du chant de Jain qui sait se faire protéiforme. Puissant dans le plus classique Feel It que ne renierait pas une Sia, c’est dans un flow plus hip-hop que Jain me suprend, évoquant Nneka ou Selah Sue dans Inspecta ou encore Adu Dhabi. Comparé à Zanaka, ce Souldier gagne en diversité dans les atmosphères, allant de la douceur downtempo du très beau titre éponyme Souldier à la rythmique âpre du plus dispensable Star. Cette diversité aboutit cependant à une belle homogénéité et confirme qu’il va falloir compter sur la pop du monde de Jain pour les années à venir. Et puis franchement lorsque l’on se permet d’attaquer un morceau sur l’air d’Inspecteur Gadget c’est bien là une manière de nous convaincre que l’enfance de Jain est, pour notre plus grand plaisir, loin d’être finie…

 

Sylphe

Pépite du moment n°4 : Dix ans de nous de Ben Mazué (2017)

Comme un prolongement de la review love Arthur H de la semaine dernière, je vous propose une pépite du moment. Certes de 2017, mais du moment tout de même puisque ce morceau ne cesse de me revenir au corps à intervalles réguliers. Un morceau découvert par hasard et pas rasé, en échangeant de bons conseils musicaux : là où il se trouve, le bon son mérite d’être partagé comme une figue fraîche arrosée de lait d’amande.

Je confesse avoir découvert Ben Mazué avec ce titre Dix ans de nous voici quelques mois, alors que le garçon œuvre depuis bien des années : premières parties de Anis, Tété et Hocus Pocus (on fait pire comme références), ainsi que des singles/EP/albums depuis 2007. Cruelle sensation d’être passé depuis des années à côté d’un vrai talent auteur-compositeur-interprète, que je voudrais atténuer en mettant en avant ce titre extrait de son troisième et dernier album à ce jour, La femme idéale.

Une pépite musicale et textuelle qui, sur un lit piano-voix des plus émouvants et doux, tente une définition de ce que pourrait être l’amour au sein d’un couple. Des mots simples mais si justes pour un constat plein d’humilité et de lucidité. A quoi ça tient ? Pourquoi et comment ça dure (ou pas) ? Comment on entretient les choses dans ce monde qui voudrait nous vendre une putain d’idée frelatée du bonheur ? Qu’est-ce qui importe et qu’est-ce qu’on peut attendre de l’autre et d’un « nous » ? C’est quoi aimer ?

Je vous laisse y songer en déversant dans vos oreilles ce vibrant Dix ans de nous. En écho, on appréciera également le titre pop qui clôt cet album : Nous deux contre le reste du monde.

Raf Against The Machine

Pépite intemporelle n°1: D.A.N.C.E. de Justice (2007)

A l’occasion de la parution de Woman Worldwide, équivalent du Alive 2007 des Daft Punk, la tentation est grande de jeter un regard rétrospectif sur la carrière du duo emblématique du label français Ed Banger Records composé de Gaspard Augé et Xavier de Rosnay. Déjà une bien belle liste de tubes imparables qui mettent à l’honneur une électro au son  que je qualifierai d’épique ( Genesis, Phantom, Civilization, Audio, Video, Disco, Safe and Sound)  mais j’ai choisi de vous parler aujourd’hui de la pépite D.A.N.C.E. qui me suprend toujours au sein de la discographie de Justice. Ce titre qui s’affirme comme un hommage avéré à Michael Jackson (à vous de retrouver les références!) et s’appuie sur une instru inspirée du titre de Britney Spears Me Against The Music est brillant et réveille toujours en moi le démon de la danse. Mélodiquement axé sur le dance-floor, son clip est tout aussi brillant. Elu meilleur clip aux MTV Europe Music Awards en 2007, il est porté par le travail du graphiste So Me qui illustre avec brio et humour les tee-shirts du duo. C’est coloré et addictif, à savourer sans modération en ce jour de rentrée!

Sylphe